J'étais à deux, trois mètres de cette porte, et derrière elle se trouvaient mes souvenirs.
C'est faux d'ailleurs.
Si cette porte avait été ouverte, si j'avais eu le droit de la pousser, j'aurais vu derrière de nouvelles couleurs, d'autres meubles, d'autres odeurs.
Il n'y aurait pas eu le fauteuil de mon papy, l'odeur de pipe, il n'y aurait pas eu ma grand-mère dans la cuisine, il n'y aurait pas eu, l'étage au-dessus, mon lit et son édredon, comme ceux des jeunes filles d'antan, ni l'eau de Cologne sur la tablette de mon labavo.
Il n'y aurait pas eu les rires, Monocle et SaNiaise dissertant sur Carmen, Papy tonnant que lui, il apprendrait l'allemand quand ça serait une langue morte. Il n'y aurait pas eu de puits d'amour ou de ficelle fraîche, il n'y aurait pas eu Papa qui m'apprend à faire du vélo sans roulettes dans la rue devant.
Il n'y aurait pas eu mon frère petit, maman, il n'y avait pas mes cours de cuisine, ma grand-mère montée sur une chaise à cause d'une souris dans le garage, les têtards au fond du jardin, les promenades à vélo.
Ils sont dans ma tête, ces souvenirs. Nombreux, accentués, ravivés encore par ce passage sur les lieux où ils se sont fabriqués.
Et la meilleure façon de les faire vivre, c'était de les raconter à Cro-Mi, devant la porte, et tout au long du weekend. Les miens, et ceux des autres qu'on m'a transmis.
Et maintenant qu'elle sait où j'ai appris à casser des oeufs ou à faire du vélo sans roulettes, ou son grand-père, son arrière-grand-père, son arrière-arrière-arrière grand-mère on laissé des empreintes qui vivent dans nos souvenirs, elle est heureuse.
Elle me l'a dit ce matin encore. entre sa fierté d'avoir 7 ans et son essayage de cadeaux, entre un câlin du matin et un rire. Elle est contente de connaître nos souvenirs et d'en avoir vu un bout de décor.
