Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

lundi 15 juin 2026

Crash test

En pleine réflexion sur l'idée de "la part" que chacun fait dans un groupe (fût-ce un groupe de deux), j'en suis venue à me demander si ma stratégie consistant à "viser les trous", lorsqu'il s'agit de me déplacer dans une masse compacte d'humains, venait de ma manie d'en faire souvent plus que nécessaire. J'ajuste ma trajectoire sinueuse constamment en évitant les heurts. Est-ce que je peste contre ceux qui me foncent dessus "sans me voir" ? Un peu. Disons que j'ai nettement conscience que ça n'est agréable pour personne de se déplacer dans une foule plus ou moins dense, comme, exemple pris au hasard, dans une gare parisienne à l'heure de pointe.

Cette question ne sortait pas de nulle part. Sur un trottoir, je suis le plus souvent celle qui s'efface d'un pas ou d'une épaule pour faciliter le croisement. (Un fait observé et documenté : ce sont majoritairement les femmes qui s'écartent parce que les hommes sont chez eux dans l'espace public et pas nous, triste statistique, similaire à celles qui décrivent l'occupation des cours de récré). Il y a un truc de grosse, aussi. On ne veut pas déranger, on ne veut pas être accusée de prendre trop de place. Et ça arrive souvent, tellement, dans une vie qu'on développe une sorte de réflexe de minimisation physique pour ne pas offenser le confort des gens normaux. Personne ne s'en rend compte, sauf les gros. Bref.

Comme je n'ai rien de mieux à foutre, je me suis lancée dans un protocole expérimental, un soir de la semaine dernière.

Je suis entrée dans la gare Saint-Lazare, comme souvent, par la rue d'Amsterdam, près des voies qui desservent la Normandie (et une fois de temps en temps, chez moi, allez comprendre). Et mon défi donquichottesque consistait à marcher droit devant, sans tenir compte des mouvements des autres.

Un exercice plus compliqué qu'il n'y semble, mon cerveau m'a hurlé dessus en continu pendant la durée de la traversée.

Je me suis donc fait heurter une dizaine de fois en quelques dizaines de mètres.

Dont une par une femme qui s'est retournée indignée, alors je me suis retournée indignée, elle m'a dit : « mais j'allais tout droit », j'ai répondu « moi aussi ».

Fin de l'expérience, c'est très désagréable de traverser une gare comme si on remontait un terrain de rugby, ballon sous le bras.

Je ne sais pas si je suis beaucoup trop people pleaser pour mon bien-être ou si je suis dotée de rares super-pouvoirs qui permettent à une infime partie de l'humanité de tenir compte de la présence d'autres humains mouvants.

Je m'en fous.

Je ne veux pas qu'on m'envoie valser d'une épaule quand j'essaie d'aller prendre mon train.

Un point, c'est tout.

(Oui, évidemment, dans le doute, j'ai choisi l'option super-pouvoir).

Hall de la gare Saint Lazare, un soir de printemps 2026

J'ai hésité entre deux chansons pour illustrer, donc vous aurez les deux, au fond, ça ne coûte pas tellement plus cher.

et

Ni l'une ni l'autre ne nous rajeunissent, l'une encore moins que l'autre, si j'ose dire.

mercredi 10 juin 2026

Portes ouvertes à l'infini

Samedi dernier j'étais en vadrouille ciné - solo - puis duo - photo - discussions. Pardon pour la voix, j'ai fait ça quasi au saut du lit, sinon je ne sais pas si j'aurais fait (manque de temps, petit questionnement sur la nécessité de partage).

Pour celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas mettre le son, voici ce que j'y raconte :

Samedi, je sortais du Forum des Halles où j'avais vu The Plague, et où j'ai dû en catastrophe m'acheter une casquette parce que j'avais rendez-vous Place du Châtelet et qu'il pleuvait. Et puis, à peine dehors, j'ai évidemment sorti mon appareil photo. J'aime bien, en photo de rue, ne pas chercher forcément la photo extrêmement spectaculaire, mais juste attraper ce qui m'attrape, l'œil à moi.

Et parfois c'est tendre, parfois c'est moqueur, parfois c'est documentaire, parfois c'est raté, parfois c'est réussi. Il y a deux photos[1] dans cette série que j'aime vraiment beaucoup, que je suis contente d'avoir faites.

Évidemment j'ai jeté celles que je n'aimais pas du tout. Je ne vous ai pas infligé la soirée diapo façon années 70, enfin je n'espère pas.

Il faisait les quatre saisons, il a fait gris, pluie, puis grand soleil, puis des nuages. Et comme vous l'avez aperçu, on avait émis l'idée avec la personne avec qui j'avais rendez-vous d'aller voir la caverne de JR sur le pont Neuf. Pour quelqu'un qui aime bien se lancer des défis sur l'exposition, j'ai été abondamment servie puisque j'ai vu... la caverne avec abondance de soleil, puis un gris plombé, puis entre les deux. Va pour mon grand projet de bien exposer à la prise de vue, de façon à avoir le moins de développement possible à faire, car je suis une feignasse, il faut le savoir, et ça vaut en photo comme pour le reste.

C'est évident dans la théorie, dans la pratique, c'est un petit exercice... pour lequel il faut accepter de se planter beaucoup. Et parfois, de temps en temps, de sortir à peu près ce qu'on avait envie de sortir. En tout cas, c'était une très chouette promenade sous tous les temps. On a parlé d'art pas mal. Je vais aller plus loin dans le billet en dessous de la vidéo. Tout le monde s'en fout, donc ne lisez pas si vous ne voulez pas.

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L'art, donc.

Je crois qu'au-delà des œuvres même, ce que je cherche c'est le regard singulier de l'artiste sur le monde. Pour plein de raisons. D'une part je n'en peux plus de ce monde où on se conforme le plus possible pour avoir l'impression de mériter sa place. J'aimerais que les gens n'aient pas besoin de croire en une idée dominante pour chaque instant de leur vie. J'aimerais les voir scintiller (ou pas) tels qu'en eux-mêmes, chacun guidés par l'acceptation que l'autre n'a pas besoin d'être comme nous pour que la vie fonctionne. Juste, qu'on fasse gaffe les uns aux autres et qu'on se donne le loisir d'être, tout bêtement.

En attendant, les artistes. Leur regard. Je crois qu'il y a quelque chose de l'ordre de la reconnaissance, dans ce qui me porte. Ah. D'autres weirdos qui ont dû se sentir seuls plus souvent qu'à leur tour. Et puis une façon de ne pas chercher la reproduction de la réalité, mais une interprétation personnelle, emplie de tout ce qu'ils sont.

Mon rapport à l'art, il y a dedans ce qui me tient debout, mais il tient aussi de la faim impossible à rassasier. Chaque œuvre qui m'attrape est une porte ouverte vers d'autres, à l'infini. Ces dernières années j'ai pu pour la première fois de ma vie explorer, découvrir, rattraper avec avidité, sans freins autres que le temps et les euros.

Mais : ça isole. Je vois bien que la plupart des gens ont un rapport à la culture qui tient du divertissement. Les gens qui te demandent une idée de film ou de livre mais "pas trop intello" ou "cérébral".

Ça se trouve comment, l'équilibre entre savoir fonctionner avec les gens de la vraie vie et ce à quoi on aspire, l'envie de partager, de s'enthousiasmer à plusieurs ?

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Je réfléchissais hier à ma conversation de samedi avec ma compagne de promenade. Art, famille, amour. Famille. Occupation du moment. Je repensais à Father, Mother, Sister, Brother de Jim Jarmusch. Ce film, il raconte quelque chose de très fin sur le moment où les enfants ont avec leurs parents des rapports adultes. Comment cet amour éperdu qu'on a pu, si on a de la chance, avoir eu pour eux, nos seules boussoles, nos points d'ancrage, peut continuer quand on se rend compte qu'ils ne sont que des humains, avec leurs névroses, leurs angoisses, leurs loupés. Ce que ça nous a fait. On a envie de les aimer avec la même pureté, on s'agace qu'ils nous en empêchent. Ou au contraire, on a des comptes à régler. Ou on leur planque qui on est, comme on a l'impression qu'ils ne nous ont pas dit tout sur eux.

Ce film, c'est curieux, il continue à infuser en moi, des mois après et là, de retour du boulot, j'étais posée avec un chat sous chaque main, je regardais le merveilleux documentaire, Rolling in Paris, que Léa Rinaldi a consacré à la partie parisienne du film.

Et paf, la révélation.

La gardienne d'immeuble dans le film de Jarmush, c'est Françoise Lebrun, Veronika dans La maman et la putain, que j'ai vu très récemment. Dans le mauvais ordre pour l'identifier chez Jarmusch. Enfin ce regard triste, cette voix qui a un peu changé, mais pas tant, oui, ça m'évoquait quelque chose quand j'ai vu le plus ancien des films, mais bon. Je n'ai pas cherché plus loin et plus de cinquante ans ont passé entre les deux. Elle a changé. Pas tant.

Et mon Jim (je l'aime tellement que oui, une fois de temps en temps, c'est "mon Jim") de la remercier d'avoir mis ses molécules dans le film.

Un univers s'ouvre à moi. Je prends pleinement mesure de l'amour du cinéma de ce mec, je me rends compte qu'il y a tant de minuscules hommages que je n'ai pas vus, encore, en plus de ceux que j'ai déjà reconnus. J'ai envie de re-revoir tous ses films, d'examiner tous les plans, d'y chercher les pépites presque invisibles. Le montré/caché, en plus, ça me parle tellement. Combien de personnes font le lien ? (Ne vous moquez pas, les vrais cinéphiles pas dilettantes, dotés de savoir et de mémoire. Rien n'abimera la merveille qu'était cette révélation, hier soir.)

Plus je lis, vois, écoute, plus je me rends compte que c'est minuscule à côté de ce qu'il y a à lire, voir, écouter. Ça fait plus que me tenir en vie, ça m'excite, ça me donne envie. Et tant pis si la tâche est impossible à finir, tant pis si je meurs avant d'avoir fait le tour.

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Lundi, au bureau, pour des raisons que seul le monde du travail en 2026 peut expliquer (et encore), je me suis retrouvée à manger des chipolatas sous la pluie, habillée de blanc. En résumé. Juste avant on avait fait un Burger Quiz à 500, dans le théâtre en face.

J'ai vu pas mal de gens dégaîner ChatGPT pour tenter de répondre, en se plaignant que les questions étaient cheloues.

Mal au monde, mal au monde, mal au monde. ChatGPT versus l'intelligence débile de l'humour absurde de Chabat et ses auteurs.

Envie de soupirer : ça n'est pas un jeu pour gagner, c'est un jeu pour pétiller des neurones, et rire.

Merde.

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Heureusement, samedi, hier soir, l'art.

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J'allais vous mettre un morceau de SQÜRL parce que mon Jim. Lien logique. Mais j'ai écouté ça, hier soir. C'est beau. Cadeau.

Mouse

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(Et après un billet fleuve et décousu, la meuf trouve que ça ne vaut plus la peine d'écrire, tellement, vu que personne ne va lire ce billet jusqu'au bout, ou le trouver bizarre, enfin bref.)

Note

[1] Je vous laisse deviner lesquelles !

mardi 2 juin 2026

La femme et la porte bleue

D'abord une forme pleine de couleurs dans ma vision périphérique. Un fragment de seconde, je pense "si toutes les teintes de ses vêtements se mélangent, elle sera caméléon sur la porte bleu clair, là-bas".

Et puis je me suis souvenu que mon fils m'a dit que Max Bird avait expliqué que ça ne fait pas ça, les caméléons.

Puis le mouvement l'emporte, le pas vif de ses longues jambes, l'allure pressée, la trajectoire nette pour couper la rue d'un trottoir à l'autre.

Enfin mon regard se pose sur sa tête, penchée.

Est-elle habituée à se voûter à cause de sa grande taille ? Est-ce la porteuse infatigable, mère sherpa d'une tribu pour qui il faut charrier le sac de sport, les crayons de couleur, les goûters ? Ou juste le réflexe de dissimuler son visage aux passants.

Peut-être même que parfois les larmes coulent sur ses joues, pendant qu'elle marche, tôt le matin, là où on attend sa présence.

Une femme noire à tenue audacieuse, bleu jean, jupe vert pâle, sac vert vif, s'apprête à passer devant une porte bleu clair. on la voit de 3/4 dos.

lundi 1 juin 2026

L'usure

De loin, il n'y a rien qui ne va pas, enfin un peu d'incongruité. Que fait-elle là, dans la rue, pas à sa place, seule de son espèce ?

Si le regard fait plus que passer dessus, si l'œil s'arrête vraiment, alors, en s'approchant, apparaissent les trous. Pas très graves, seulement pas très beaux.

L'assise défoncée de trop d'usure.

Pas vraiment hors service. Rien qu'un peu de soin ne pourrait réparer.

Mais elle n'est plus au goût du jour et pas assez uniquement antique pour valoir le temps ni le coût de la réparation.

Et puis elle est seule, la solitude, ça ne plaît pas, de nos jours. Ça effraie, ça repousse.

Une chaise un peu trop usée abandonnée sur un trottoir parisien.

lundi 25 mai 2026

Ce que l'art met en lumière

Hier, j'étais au Grand Palais pour visiter avec une amie l'expo Nan Goldin.

Mon amie étendue au sol face à la projection. La pièce est obscure et la lumière de l'écran l'éclaire.

J'avais à peine posé un pied sur le quai du métro, lui-même au pied du bâtiment, qu'une rame y entrait, coup de bol, pour la bonne branche qui plus est. J'ai donc mis environ 16 minutes à arriver à moins de deux kilomètres de chez moi. Où j'ai constaté que le prochain bus ne passerait pas avant 62 minutes.

J'allais reprendre le métro en sens inverse pour repartir de Saint-Lazare vers chez moi en train, d'où je peux rentrer plus rapidement à pied et, au vu de la chaleur d'hier, le plus d'ombre, le moins de marche, c'était le meilleur combo. J'ai quand même vérifié le passage d'une autre ligne de bus à la station d'avant la mienne, bingo, ça s'enchaînera bien, modulo quelques petites minutes d'attente.

Me voici donc, remontée d'une station, à vérifier que je suis au bon arrêt pour le bon bus qui est bien à quelques minutes de moi. J'avais noté du coin de l'œil une sèche femme, assise au sol, en train de fumer. 34 degrés à l'ombre, moi en plein soleil, me voici à vérifier compulsivement l'arrivée du bus sur l'appli dédiée. Espoir déçu, il a tardé sur le trajet. Et de ma vision périphérique, je note la femme qui gesticule, elle s'est attrapé le sexe de la main qui ne tenait pas sa cigarette et semblait me parler avec une véhémence qui m'échappait, sous mon casque. Pensée saugrenue, je me dis que ma robe longue est peut-être trouée, c'est tout à fait mon genre, quand le son de ses mots me parvient enfin.

— Toi tu es tellement grosse que tu confonds ta chatte et ton cul, quand tu chies, tu ne sais même plus d'où ça sort, obèse !

(Ma robe n'était pas trouée. En plus elle a tort et aucune preuve de ce qu'elle avance.)

La violence de sa haine me gifle, avant même d'avoir complètement saisi ce qu'elle me dit.

Et puis je bafouille en retenant sur mes lèvres un "tu veux que je te chie dessus pour qu'on vérifie ?"

Pas la peine.

Ça n'est pas un dialogue. Elle a manifestement une santé mentale fragile et quelque chose au niveau de l'inhibition qui ne fonctionne pas. Et je vais me haïr quelques heures après d'avoir déversé ma colère sur cette femme. Pas pour elle, pour moi.

Je remets mon casque, tourne le dos pour lui montrer mon gros cul, et vois un très jeune homme arriver et lui gueuler dessus. Il lui dit des conneries, que je suis belle et que moi, au moins, j'ai des sous, je ne me traîne pas assise par terre à encombrer le trottoir pour rien. Je le remercie, lui dis "on va mieux qu'elle, ça ne sert à rien, mais merci, encore."

La meuf commence à lui expliquer que je suis grosse et qu'elle est mince et que c'est mieux puis s'en prend (verbalement) à sa bite, en lui demandant s'il s'en sert ou s'il est puceau. L'échange semble sur le point de dégénérer et puis s'éteint. Mon bus arrive, je remercie encore le p'tit gars, monte dedans.

Je souris fugacement à penser au petit Roche, dans Eureka Street. Oui, elle aurait sa place dans un roman de Robert McLiam Wilson, il saurait montrer l'outrancier mais aussi ce qu'il y a derrière, ce qui fait que parfois, on en arrive là. Avec une formule qui attrape, par le rire ou la rage. "Does your dick reach your ass?"

Ou à Almodovar, roi du scabreux.

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Nan Goldin n'a pas une approche très abstraite ou esthétique de la photographie. Elle est très documentaire, jusqu'à l'extrême, documentaire scabreuse, pour le coup. Plans innombrables, cadrés comme ça tombe sur du quotidien empreint de sexe dangereux, de drogues, de souffrance à vivre, de déclassés. L'accumulation de clichés sans grand intérêt crée le sens entre ceux qui vous marquent la mémoire à jamais : poignet coupé jusqu'à l'os, corps marqués de coups, déformés par la violence, les substances. Elle appartient au début de la génération SIDA, celle qui a vu tomber par dizaines ses amis.

Et puis aussi l'art de capter un sourire rayonnant, un regard. De relier des ponts entre l'art et son art, ses émotions et celles qu'elle offre.

J'ai pleuré à quelques portraits, magistraux, d'une faune queer arrogante et fière mais dont le regard traqué dit plus long que l'allure. J'ai ri, parfois, frémi, à l'unisson avec les autres spectateurs.

Des spectateurs à l'expo Nan Goldin. Pris dans la lumière et la fascination.

Je me suis dit que oui, le portrait me manquait un peu. Ce moment où l'on cherche à représenter ce que l'on voit de l'autre, c'est lui le sujet mais nous qui sommes aux commandes pour montrer ce qu'on en voit.

Peut-être que j'en suis à nouveau un peu plus proche, si les circonstances s'y prêtent.

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Ce n'est que ce matin que j'ai réalisé. Cette femme, à l'arrêt de bus, je crois que j'ai eu envie de la photographier. Ses gestes vulgaires, la haine dans son regard et sa bouche tordue. Pas belle, pas facile, pas enviable, répugnante, mais encore très vivante à l'endroit où elle pose son cul ; saisissante, répugnante, impossible à ignorer.