Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

mercredi 5 août 2026

Like animals

Ce changement de climat qui nous fait savoir à quel point il n'y aura pas de demi-tour (pas de notre vivant, en tout cas, a priori), m'amène souvent à penser aux animaux — autres que les humains.

Ceux qui crèvent depuis des décennies dans une extinction de masse qu'on fait mine d'ignorer.

Ceux qui vivent encore mais pour combien de temps ?

Ceux qui sont tués dans des catastrophes environnementales de plus en plus brutales, de plus en plus frappantes.

Ceux à qui on a appris à vivre avec nous en prenant la responsabilité de compenser ce qu'on leur enlève en les coupant de la nature.

Je ne crois pas qu'il y ait l'humain d'abord, l'animal ensuite, le végétal après. Pas par conviction antispéciste, pas par sensiblerie. Mais déjà parce que, une fois encore, nous sommes des animaux. Et qu'ensuite, tout le vivant est connecté. Si le végétal meurt, on meurt. Si les animaux meurent, on est déjà en train d'agoniser.

Ça n'est pas plus compliqué que ça.

Il y a beaucoup de mépris pour les gens qui aiment les animaux profondément, et ce mépris me dit beaucoup des gens qui l'exercent. Non on ne remplace pas des enfants, des relations humaines par d'autres espèces. Mais on ne s'attache pas puissamment à un être vivant, comme on le fait avec nos animaux plus ou moins domestiques, simplement pour faire joujou ou parce qu'on a le cœur trop sensible.

Cet attachement prend des formes plus ou moins.... folkloriques, mettons. On prend plus ou moins bien soin des animaux à qui on s'attache, aussi. On leur prête trop souvent des caractéristiques humaines en oubliant leurs vrais besoins.

Mais toutes celles et ceux qui ont déjà éprouvé la perte d'un compagnon non humain savent que ce deuil non humain coûte. Peut-être que ça n'a pas toujours été le cas, peut-être qu'on avait autrefois une vision plus utilitaire des bêtes qui vivent avec nous, mais il y a aussi des histoires qui nous viennent de loin et qui évoquent ces liens, des ossements humains enterrés avec ceux de chats ou de chiens, les familiers des sorcières. Les chevaux et l'apprivoisement mutuel nécessaire à la coopération.

Il y a quelque chose de vraiment bouleversant à gagner la confiance d'un animal.

J'ai vécu avec des chiens, je n'en ai plus parce que j'ai eu la garde des chats et que je sais que c'est plus que ce que je ne peux donner en ce moment de faire ce qu'il faut pour qu'un chien soit pleinement épanoui avec moi, pas pour des questions d'appartement mais parce que je ne saurai pas lui trouver le temps et la patience de sortir une heure, ou deux, avec lui, le soir une fois rentrée du boulot. J'en croise souvent qui aiment me renifler (je sens bon le chat), je leur tends la main à flairer mais ne les caresse que s'ils me montrent expressément qu'ils en ont envie (cette façon de s'appuyer sur vous du flanc ou du cul, de se positionner "sous la main" qui me fait rire à chaque fois).

Je m'entends bien avec les chats parce qu'on fonctionne pas mal pareil : des temps de grands câlins mais aussi des temps où ne pas y risquer une patte. Pour le coup, ce sont les miens qui me harcèlent de coups de boule pour que je les caresse, d'appels au jeux. J'ai trié et rangé les friandises cambriolées par Obi-Wan l'autre jour et les ai mises en vrac [1], il vient tous les soirs se coller là où elles étaient puis là où elles sont maintenant pour me dire qu'il est l'heure de chasser la canne à pêche puis de manger sa proie (les friandises, donc).

J'ai suffisamment côtoyé de chevaux pour savoir que ce n'est pas parce qu'ils semblent ne pas se souvenir qu'ils sont beaucoup plus lourds et courent beaucoup plus vite que nous qu'il faut se coller sous leur nez et les caresser comme si on avait élevé les cochons ensemble.

Bref.

Je crois qu'il y a une raison toute simple à l'amour qu'on peut avoir pour eux.

Dans la relation qu'on fabrique avec eux, il n'y a pas de triche, de masque social, de semblants. Il n'y a pas de mensonges, de malentendus. Nos mots d'amour pour eux ne sont presque rien, ce sont les actes qui comptent.

Ils nous prennent absolument comme on est, sans jugement. Qui on est ça leur va, tant qu'on assure avec eux. Et franchement, il n'existe pas beaucoup de relations humaines aussi exemptes de reproches, d'attentes déçues, de déceptions. L'amour inconditionnel.

Alors je crois qu'il y a cette légende sur les amateurs de chiens vs chats. Étant parfaitement bilingue de naissance, sur le sujet, je ne prendrai pas partie. Il me semble que peut-être, les chiens sont capables de plus s'adapter à la façon qu'on a de les traiter, dans une certaine mesure, alors que pour le chat il faut être prêt à ce qu'il fasse respecter à la lettre ses moments de consentement... et les autres.

Il me semble qu'il est important, malgré tout, de se souvenir qu'ils sont des animaux pas si loin d'être sauvages, avec des besoins, prismes, réactions, instincts qui ne sont pas les nôtres. Mes chats vivent dans un monde parallèle au mien, qui est leur version de mon appartement. Ce qu'ils font et qui me contrarie n'est pas fait pour me faire chier mais suit une logique et une suite de réactions, d'alertes, qui leur est propre.

Tout ça pour dire que tout est, d'abord, une question de respect, pour un individu d'une espèce qui n'est pas la nôtre, n'obéit pas à notre logique. Qu'on prive d'une partie de ses ressources, alors il faut assurer. Faire en sorte de mériter la confiance qu'ils nous donnent.

Et se servir de l'attachement qu'ils forment pour la forme de nous la plus mammifère, la plus dénuée d'artifices pour apprendre à s'aimer mieux, sans doute.

J'essaie de ne pas juger trop fort les gens qui prennent leurs animaux pour des poupées, ou n'arrivent pas à comprendre que leur besoin est une notion très différente de : notre intérêt.

Je n'y arrive pas vraiment avec les humains qui, sous prétexte que c'est mignon, que c'est leur plaisir, foncent direct sur une bestiole pour leur imposer un contact. Que ce soit un animal domestique parfaitement sociable ou l'éléphant au zoo, le dauphin qu'il est pourtant interdit de toucher, panneaux faisant foi, ou le cheval qui tire la cariole à touristes sur les sites à visiter.

Quand je vous dis que le contact avec les animaux met à nu qui on est... (pas toujours pour le meilleur).

D'abord ça me paraît être un très mauvais pari sur les réactions des animaux face à un contact non consenti. Et surtout un mépris total du reste du monde (au sens : non humain) autour d'eux. (Putain, imagine, on prendrait le métro des lions et ils seraient sans arrêt à nous faire gouzi gouzi parce qu'on est trop mignons et que ça leur fait une expérience mémorable ! Bougez pas, j'achète le pop-corn.)

Peut-être que ce sont les canicules, puis les incendies de ce début d'été qui me font penser à ça. Et puis on est en pleine saison des abandons, les refuges sont saturés de chiens trop chiants pour partir en vacances et de chats qui se sont mis à trop vomir en voiture.

Peut-être qu'aussi j'en ai un peu marre, de beaucoup d'humains, ces derniers temps.

Mais bon. Pour faire valoir ce que doit.

Avec des pensées pour Jody, Job, Ouno, Baloo, Cléo, Kitty, Ulysse, Badger, Excel, Ohio, Willow, Maïa (Leonard Cohen), Obi-Wan (David Bowie) et Blacky qui ont accompagné des moments plus ou moins longs de ma vie, et à ceux que j'ai croisés quelques heures ou quelques jours pleins de bons moments.

Des chats en train de jouer.

Note

[1] Tant pis, les parfums fromage et sardine sont mélangés, mes psychorigides s'en remettront !

samedi 25 juillet 2026

Oui mais du cou

Or donc ma cheville gauche va globalement mieux, mon genou droit aussi, bien que gonflé, toujours. Mon avant-bras ne proteste pas, le coude auquel il est attaché toujours, en revanche.

Et surtout.

Surtout.

À force d'avoir mal partout, je suis tellement détendue que je me suis fabriqué une sciatique du cou. Je connaissais déjà celle du cul, avec qui j'ai des rapports peu amicaux. Celle du cou est pire.

Je ne peux pas m'asseoir sans avoir un trait de douleur brûlant dans tout le bras. Voilà. Youpi tralala.

Ça m'est tombé dessus dimanche dernier, lundi et mardi j'ai fait la meuf qui gère, jusqu'à ne plus pouvoir. Et depuis j'ai un arrêt de travail et du paracétamol codéiné.

Ce qui implique que je coupe les concombres pour ma salade du midi avant de prendre mes médicaments, avec le bol que j'ai, il y aura au moins un endroit où je n'aurai pas mal, à savoir le doigt qui a fini dans la salade (oh ! des knackis, quelle bonne idée !).

J'ai décidé que mercredi je serai guérie. Voilà. Quitte à ne plus l'être jeudi, rien ni personne ne m'empêchera de passer une bonne journée mercredi.

En attendant, le frémissement de liberté de ce mois de juillet sans responsabilités parentales en a pris un bon coup dans la tronche. Sans parler de quelques appoggiatures pour faire joli qui viennent agrémenter la mélodie de mes gémissements.

Mercredi, je vous dis.

Et que personne ne vienne me dire que dans quelques années, mon fils le médecin s'occupera de moi. Il est en plein stage infirmier à horaires décalés, quand il ne dort pas chez sa pote qui habite plus près, et me jette des yeux torves quand on se croise avec même pas un "ça va mieux ?", je pense que je l'ai insulté d'une façon ou d'une autre, allez comprendre.

Bref. Pas bavarde, ça fait vite mal de taper. Mais ça n'est pas grave non plus, juste pénible.

La belle vie à vous, les gars.

La putain de plaque d'égout sur laquelle ma cheville a tourné. Oui je suis retournée sur les lieux du crime. On ne voit pas bien comme ça mais il y a quasi deux centimètres de décalage entre la plaque et la cuvette dans le sol qui a accueilli ma maléole. C'est donc : pas moi le problème.
La putain de plaque d'égout sur laquelle ma cheville a tourné. Oui je suis retournée sur les lieux du crime. On ne voit pas bien comme ça mais il y a quasi deux centimètres de décalage entre la plaque et la cuvette dans le sol qui a accueilli ma maléole. C'est donc : pas moi le problème., juil. 2026

lundi 20 juillet 2026

Partager son cookie

J'aime bien cette petite boutique de café, juste en face du cinéma où je vais souvent. Une toute petite échoppe aux allures japonisantes, du café snob, du matcha pour bourgeois parisiens et touristes émerveillés. Le café y est bon, en tout cas nettement meilleur qu'au ciné. Alors souvent, je m'y arrête avant de m'asseoir dans les fauteuils tendus de velours rouge et plonger dans les histoires des autres.

Il est doté de petits bancs sur lesquels on peut attendre sa commande ou la boire sur le trottoir.

Hier, j'y ai pris un cappuccino et, hérésie, un cookie. Oui cette chose du diable est pleine de sucre que je dois éviter, mais il était 11 heures, j'avais deux films à voir et pas le temps de caler un déjeuner même rapide entre les deux. Alors cookies et puis merde, quoi, à la fin.

Une vieille dame était assise sur la moitié d'un banc, je lui demande si je peux occuper l'autre, sans projet de lier connaissance, mais en vue de ménager mes articulations douloureuses.

Et nous voilà tout de même à deviser. À propos du cinéma, des cinémas indépendants, des films qu'on allait voir (L'Odyssée pour elle, Notre histoire - Chroniques du Caire et Le héros de Berlin pour moi[1]). De sa fille, qu'elle attendait.

J'ai partagé mon cookie avec elle, il était délicieux. J'ai ri à l'idée que sa fille allait la gronder car non seulement elle parlait avec des inconnues dans la rue, mais en plus elle acceptait de la nourriture de leur part.

On a parlé ensuite des jeunes féministes, de la drague de rue disparue au profit des nez dans les smartphones et du triste état du monde, du FMI et du réchauffement climatique, de mes enfants, des Suds (Ouest, Est, tiens, on ne parle jamais du sud du centre ?).

Le soleil s'est mis à chauffer un peu plus, je me suis mise à l'abri des coups de soleil à la Fnac voisine, le temps que le cinéma ouvre (comprendre, j'ai acheté quelques bouquins, bien sûr) et nous avons bien fait de nous saluer chaleureusement quand je suis partie puisque nous ne nous sommes pas recroisées dans le cinéma, la longueur des films que nous avons vus ne permettant pas une deuxième rencontre furtive.

Oui, j'aime bien ce microscopique café.

L'affiche du film "Notre histoire - Chroniques du Caire"

Note

[1] Le premier est une petite pépite dont la douceur va me rester dans le cœur un long moment, le second n'apporte pas grand-chose au livre, en moins bien, j'ai trouvé, sans non plus passer le pire moment de ma vie;

mercredi 15 juillet 2026

Lupin, désastre, incongruïté

Les chats sont ravis de m'avoir à la maison presque en continu, depuis la semaine dernière. Ils vivent à moins d'un mètre de moi l'essentiel de la journée. Maïa ne m'en veut même pas de notre chute, pas en apparence, du moins. ObiWan fabrique du poil en continu et me laisse presque dénouer ses dreadlocks.

Une chose manque à leur vie, cependant. Pendant des semaines les sacs de transports étaient dans ma chambre, grand ouverts - et bonne chance pour faire entrer Maïa dedans la prochaine fois qu'il faudra, leur mémoire est diabolique. Pour leur montrer tout l'agrément à entrer dedans, je jetais, comme si de rien n'était, quelques friandises chaque jour, gourmandises qu'ils avaient tôt fait d'avaler sans jamais mettre plus d'une patte et un museau dans le piège.

Les sacs sont rangés et les friandises moins quotidiennes.

Pour pallier mon manque de générosité, les chats se transforment donc en voleurs habiles. Car - leur mémoire est diabolique - ils savent parfaitement que dans le "tiroir" de ma table de chevet[1] se trouve une planque à friandises, ce tiroir était un de ces trucs en tissus, ils savent tout à fait l'ouvrir. Pas grave, me disais-je l'autre nuit dans un demi sommeil, ils ne savent pas ouvrir les sachets... et n'en ont pas besoin, leurs griffes lacérant parfaitement l'emballage.

J'ai donc deux chats qui se prennent pour Arsène Lupin, et un sachet de friandises qui s'est réparti dans la laine qui se trouvait dans une boîte, dessous, boîte qu'ils se sont débrouillé pour "ouvrir" un peu, des fois que j'aurais planqué des trucs dedans. Maintenant, c'est le cas.

L'intelligence du chat est concentrée sur la bouffe et la sécurité. Et la bouffe.

(ObiWan me fixe de ses yeux ambre, pendant que j'écris. Je lui dis "Viens là, Bibi" en tapotant la place à côté de moi. Il me fait attendre, deux, trois secondes, puis arrive comme par hasard et s'installe contre moi de tout son long. Ok, je suis peut-être un peu médisante.)

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Si je remonte le fil, je crois que le premier signe de changement qu'on ne pouvait pas ignorer, c'est l'incendie qui a ravagé l'endroit où habite mon frère en 2021.

J'ai passé tous les étés de ma vie (sauf un) dans le Var. J'ai été éduquée au risque d'incendie, on ne faisait pas de barbecue, les fumeurs devaient être ultra vigilants avec leurs mégots (jamais jetés dehors, encore moins depuis la fenêtre ouverte d'une voiture). À ce qu'on devait faire si ça se produisait (c'est comme ça que je sais qu'on apporte les tuyaux d'arrosage dans la maison avant de s'y enfermer). J'ai un souvenir tenace de cauchemar où j'avais 6 ou 7 ans et je devais descendre mon frère, en conduisant la voiture de mon père (cet objet sacré entre tous) à la plage. Ce qui est complètement con vu qu'elle est à moins de 200 mètres de la maison.

Bref, des incendies, en été, j'en ai connu toute ma vie. Ça fait peur.

Mais celui-là, ce feu qui sautait, que les pompiers n'arrivaient pas à dompter, encore moins à éteindre, il faisait encore plus peur parce qu'il ne se conduisait pas comme d'habitude.

Ce mois d'août 2021, mon frère a débarqué dans son camion avec sa femme, ses deux enfants, ses quatre chiens et ses deux chèvres. On s'est débrouillés, la maison était ratapleine, avec mes parents, leur chienne, nous cinq, à l'époque.

Pendant qu'on ne pouvait rien faire, que mon frère et mon ex-belle-sœur se rongeaient d'inquiétude pour leur maison (leur terrain a sérieusement brûlé et le feu est passé plusieurs fois à proximité dangereuse de la baraque), je tentais d'occuper les mômes, les divertir aussi de leur inquiétude, pour les petits évacués, on a passé du temps dans la mer à rire et chahuter. Sur la plage, on sentait le feu, le ciel était voilé de fumée, les canadairs passaient. Sous le regard absent, indifférent, des bronzeurs professionnels. On ne va quand même pas se gâcher les vacances, on a payé. Ce ne sont pas quelques milliers d'hectares, une faune entière dévastée qui vont nous faire bouder notre bon plaisir, quand même.

Moukmouk me le disait à l'époque, que ces "super-feux" étaient liés au réchauffement climatique. Et bon, je l'ai mal entendu. Parce que oui, on a toujours eu des feux dans la région. Mais pas des comme ça.

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Cet été je pense à lui très fort.

Il avait raison, bien sûr.

Cet été marque un point de non-retour, il me semble. Un endroit à partir duquel il est impossible de se dire "non mais ça va" ou "il a toujours fait chaud en été".

Trois canicules en un mois et demi, il reste un demi juillet, août, peut-être encore septembre. L'été n'est plus vacances mais menace. La chaleur est menaçante. Les humains meurent, les animaux aussi. Fontainebleau flambe (et que l'origine soit humaine ne change rien à l'affaire, la sécheresse, la chaleur le rendent difficilement "fixable".

On a chaud comme jamais et pourtant, on refuse l'idée que ça n'est que le début.

On se réjouit des températures qui baissent un peu. On ne fera pas le lien, cet hiver, quand les légumes, la viande, les œufs, seront chers. Y a qu'à manger moins de viande, les saints vertueux nous feront la leçon. Mais qui ne mange pas déjà moins de viande ? Qui a encore le luxe d'en manger tous les jours, comme ça se pratiquait dans mon enfance ? Les mêmes que ceux qui, jusqu'au bout, auront les moyens de retarder leur échéance personnelle...

Je ne suis pas taillée pour ce monde où chacun se dit qu'il est moins pire que le voisin, qu'il fait déjà au mieux sans sacrifier ce qui compte pour lui. Ça va être un carnage. Non. Le carnage a déjà commencé. Les plus fragiles, les plus solitaires, encaissent déjà.

Les plus militants ironisent sur l'éco terrorisme, les moins engagés se plongent dans le déni.

Et personne ou si peu ne compte sur un tout petit peu de courage, de solidarité et d'humanité pour s'entraider. Essayer de tenir, au mieux. D'inventer. D'être un peu mieux que notre version quotidienne pour faire face à ce qui nous dépasse.

"Personne ne veut voir parce que ça fait peur."

J'ai écrit ça l'autre jour, dans une conversation.

Oui, ça fait peur. Changer de quotidien, vraiment. Crever de chaud, et de ses conséquences. Ne pas savoir si nos enfants, nos petits-enfants auront la même espérance de vie que nous, ou que les boomers qui nous précédent. Le confort, ça c'est réglé, ils ne l'auront pas.

Je désespère, je me sens inutile, impuissante et seule. Si peu de voix en écho.

Le combat des présidentielles et les "de gauche pour de vrai" contre les "de gauche pour de faux" a déjà commencé, personne ne gagne, dans ces duels, jamais.

Désastreux monde. Et toute sa beauté, naturelle ou créée, qui va disparaître avec nous.

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Il faut vivre, malgré, tout.

J'ai investi quelques dizaines d'euros pour poser du film anti-chaleur sur les fenêtres de ma cuisine, qui n'a pas de volets. La vague de chaleur précédente, on pouvait à peine y entrer, ce côté de l'appartement est exposé Nord-Est et le soleil y tape dès les petites heures du matin.

Oui, ça fonctionne, il n'y a plus cet effet four en entrant (et la porte est à la cave, donc c'est un four communiquant), la température est restée sous 29 tout le long de ces jours de chaud, même quand il faisait 36 ou 37 dehors.

Du coup, de l'extérieur, on ne voit plus, fenêtres fermées, l'intérieur de la cuisine. J'habite au 9e donc le passage est réduit, et je me promène à poil sans trop penser à la tour d'en face, de toute façon.

Mais.

Ce matin, je me suis levée juste avant le soleil.

Les fenêtres étaient ouvertes toute la nuit, pour faire entrer le frais, et du couloir j'ai vu du reflet joli sur le film. Alors je suis allée chercher mon appareil photo, juste vêtue de ma coudière, de ma genouillère et de ma chevillière, pour essayer d'en faire un truc.

(Il en existe deux versions, mais ma préférée a servi de "bonjour" pour un préféré, désolée).

Ça n'est pas parce qu'on se frotte à ce qui fait peur qu'il n'existe plus de joli.

L'immeuble d'en face et le lever du soleil reflété dans les filtres anti-chaleur des fenêtres de ma cuisine.

Note

[1] Ma table de chevet est une colonne Ikea posée sur le côté, j'ai donc 1,80 m linéaire de place pour ma pile à lire, et des tiroirs pour du bazar en quantité.