Les aventures de Lomalarchovitch

lundi 2 novembre 2026

Son œil

Il y a, dans mes photos, du 10 mai 2015 quelques clichés d'un pique-nique avec la bande à Dotclear et un Lomalarchovitch de dix mois.

Parmi ces photos, il y en a une de l'ami Pep qui tient mon bébé-fiston assis contre lui, en train de lui montrer avec un sourire attendri son appareil photo. Je ne mets pas la photo, il vous faudra imaginer, mais le souvenir qui va autour est très doux pour moi (même si sur le coup j'ai trouvé qu'il y avait un grand inconscient parmi nous, à mettre dans des petites pattounes maladroites un objet aussi précieux).

Lomalarchovitch à dix mois, (enfin) endormi dans sa poussette.
Une autre photo de ce jour précis, pour vous donner une idée., nov. 2026

Les petites pattounes ont bien grandi, elles sont encore souvent maladroites et constamment sales. Mais Lomalarchovitch avait un devoir à rendre en arts plastiques pour aujourd'hui. Un devoir assez chouette, au demeurant, un thème à fixer et dix illustrations (dessin, peinture, sculpture, collage, photo...) à produire autour.

Alors je lui ai proposé de lui prêter un de mes appareils photos[1], de choisir son thème et d'en faire l'occasion d'une promenade tous les deux.

Il a choisi "Paris" comme thème, et pendant deux jours et 25 000 pas, nous avons arpenté des bouts de la capitale, à la chasse aux images.

À la vérité, il avait fini le devoir dès le premier jour, mais à la faveur d'une visite d'une expo programmée le lendemain, il m'a demandé s'il pouvait reprendre l'appareil. Bien sûr, j'ai dit oui.

J'ai eu l'impression, aux premiers déclenchements, que ça lui plaisait. Il confirme du verbe qu'il a aimé, en effet, j'espère que ça n'est pas parce qu'il pense que c'est la réponse que j'attends, je ne crois pas.

Il s'illumine quand son œil cherche à être attrapé. Il voit des choses intéressantes. Il a des milliers, des milliards de clichés à venir, s'il en a envie, pour apprendre, chercher, s'améliorer, mais le plaisir a été là, immédiat.

Je frémis d'une joie que j'essaie de garder discrète, je ne veux pas peser sur lui, l'influencer d'une manière qu'il n'aurait pas choisie.

Mais si vous saviez comme c'était bien, de marcher ensemble, de regarder, de s'arrêter le temps de fabriquer une image, de se montrer, de se parler de comment on voyait ce qui nous entoure.

Lomalarchovitch qui me prend en photo.

Note

[1] Je n'en ai que deux, n'allez pas imaginer des choses !

vendredi 10 avril 2026

Génétique

Hier matin, j'ai rencontré la folle du bus.

Et ça s'est mal passé. Mais on en reparlera, pas aujourd'hui.

En revanche ça fait quelques jours que je me dis qu'il faut absolument que je vous enseigne comment détecter un lien de parenté entre deux individus sans test ADN.

Il suffit de deux tickets de cinéma.

Prenons, par exemple, un presque adolescent, qui a vu la bande-annonce de Plus fort que moi (le titre en VO : I swear!, est tellement plus savoureux) et manifesté l'envie de le voir.

Prenons une séance de lundi de Pâques dans un ciné indépendant de Paris, notoirement connu par la moyenne d'âge de ses spectateurs (autour de 80 ans quand je suis là, disons).

Prenons quelques minutes d'attente avant que la salle se vide des spectateurs de la séance précédente.

Et le gamin de glisser à l'oreille de sa mère dans la file d'attente : "J'ai l'impression d'être dans Jurassic Park".

Eclat de rire de la mère, bien sûr.

ADN identifié, c'est bien mon fils.

L'hilarant Lomalarchovitc

Longue vie, bien sûr, à ce ciné qui restera ouvert encore longtemps, j'espère.

Quant au film, Lomalarchovitch a beaucoup aimé. Il a ri, pleuré. Et résumé l'accent écossais en ; on dirait des faux russes qui parlent anglais. Parfait.

mardi 24 février 2026

Le petit homme dans ma vie

Il est désormais rare que je parte avec mes deux enfants. L'aîné a son rythme universitaire, pesant, ses contraintes, son agenda non lié aux vacances scolaires et, disons(le nettement, sa vie, celle dans laquelle je n'ai plus un rôle prépondérant. Et c'est ainsi. J'aime qu'il se sente libre, j'aime aussi comme il vient aux nouvelles tous les jours ou presque, pour une mise à jour domestique, une pensée, ensemble à distance.

En revanche j'essaie d'aérer le "petit" (ceux qui l'ont vu en 3D savent que ça n'est pas le mot qui lui est le plus adapté) plusieurs fois par an. Et j'aime beaucoup ces moments partagés, juste lui et moi le temps du trajet, et puis avec les amis chez lesquels on débarque, couverts de quotidien et de pollution parisienne, heureux de s'ébrouer à leur contact.

Il n'est toujours pas complètement diplômé en organisation, mais on avance, il fait désormais son sac seul - en me proposant une liste de choses à mettre dedans. En oublie régulièrement une partie (dans la liste, puis dans le sac à dos. Pas les mêmes oublis, d'ailleurs, ou pas forcément). Il lui est arrivé de partir avec du linge sale au lieu de propre. Je prends presque toujours deux chargeurs, parce que devinez quoi.

Je râle, je soupire, je vitupère, je fais des lessives et des courses mais, bon an mal an, il progresse et on apprend à voyager ensemble. Il arrive même à être prêt à partir à l'heure à laquelle je lui dis que je veux partir, une sorte de petit miracle.

Une fois arrivés, il marque son territoire pré-adolescent d'une attitude rebelle qu'il n'a pas au quotidien (tiens, cette fois, il n'a pas essayé) et puis vit sa meilleure vie dans un coin à lui, à s'occuper exactement de la même façon qu'à la maison : le nez sur son PC, ou une console. On arrive parfois à lui faire prendre l'air, dans ces moments il nous inonde de son bavardage infini.

Il est drôle, tellement, un peu étonnant, aussi ; la pommette et le nez ronds encore très enfantins, la stature en progression constante, les pensées s'étalant du registre le plus immature à la sagesse ancestrale. Et une sorte de ferveur qui le tient quand il parle des choses qu'il aime, de celles qu'il trouve injustes.

Et puis, toujours, son regard bleu presque gris qui illumine toute chose quand il pose les yeux dessus.

Lomalarchovitch dans une belle veste bretonne jaune, de profil, sur fond de bord de mer.

L'une de ses chansons préférées quand il était tout p'tit (et déjà grand pour son âge)

jeudi 22 janvier 2026

L'épique pizza

Lomalarchovitch a, il y a une quinzaine, décrété qu'il ferait une pizza maison, dans le but avoué de devenir le maître de la pizza de notre maison.

Ainsi soit-il.

Il se lance dans un bouquin de recettes, m'écrit une liste d'ingrédients à acheter, fait le marché avec moi, joue un peu longtemps, malgré mes alertes répétées sur le temps nécessaire à faire la pâte, à additionner le temps de levée.

Puis prend un plat trop petit, fout de la farine et de l'eau partout.

Noie ma balance dans un litre d'eau sur le plan de travail.

Avant de constater qu'on n'aura jamais une pizza prête pour le déjeuner.

On se dit que la pizza sera pour le soir et je me débrouille pour qu'on ait à déjeuner.

Il se trouve, à sa décharge, qu'il me restait de la levure fraîche un peu vieille, ce qui la rend rageuse. Entendre, ça monte bien.

L'après-midi, il joue un peu trop longtemps malgré mes alertes répétées sur le temps de réalisation des étapes nécessaires, à ajouter au temps pour cuire la pizza.

Finit par s'attaquer à l'œuvre de sa jeune carrière de pizzaiolo.

J'oublie de lui dire que sa pâte a beaucoup beaucoup beaucoup levé et qu'il peut n'en mettre qu'une partie. Et que le temps de cuisson est corrélé à la quantité de pâte.

Il enfourne.

La pizza cuit.

Le four sonne.

À vue d'œil c'est très très très épais. Pas complètement moche. Ça sent bon.

À la découpe, ça manque clairement de cuisson.

J'essaie de masquer autant que possible mon fou rire.

Je relève les points positifs. Principalement : c'est super, tu as appris plein de choses !

On goûte. Mon fou rire vire au hoquet. C'est vraiment dégueu, la pâte mi-cuite goût levure.

Cro-Mi disparaît aux toilettes et vomit à bruits outranciers.

Je retiens ma nausée.

Lomalarchovitch est déçu, forcément, petit chou. Vexé comme un pou. Je l'encourage, je lui explique qu'on a tous loupé, et qu'on loupe tous encore, que c'est comme ça qu'on retient ce qu'il faut faire et ne pas faire.

Je le laisse digérer sa déception et nous retenterons, ensemble, cette fois. Histoire qu'il puisse voir qu'il a foiré, mais de si peu, que la prochaine sera délicieuse.

Comme dirait son frère : au moins, il sait où est la cuisine.

(Oh putain que cette pizza était immonde.)

L'épique pizza. Enfin un tout petit morceau de cette épique pizza.
L'épique pizza. Enfin un tout petit morceau de cette épique pizza., janv. 2026

vendredi 31 janvier 2025

La solitude du parent solo

T'as beau te souvenir à quel point c'était difficile, cette année solo avec l'aîné, c'est comme la plupart des trucs très difficiles de la vie : on oublie suffisamment pour que la suite soit possible. Et puis on rationalise. La dernière fois, c'était un enfant en maternelle, désormais majeur et assez autonome. Là, le plus petit, il a dix ans et des, il est collégien, ça va être plus simple à gérer.

Foutaises.

C'était sans compter sur le génie du benjamin pour résister à toute forme de contrainte, ses états d'âme parfaitement justifiés (je sais, j'ai eu les mêmes longtemps, et j'ai encore des rechutes) à avoir l'impression d'être un alien, son impression qu'il sait déjà l'essentiel de ce qu'on essaie de lui apprendre au collège, sa passion envahissante pour les jeux vidéos. Et puis le fait que, même s'il se fait bien, de l'extérieur, à rejoindre ses aînés dans le club des gosses à parents séparés, il doit gérer un ajustement à une nouvelle façon de vivre.

L'aîné est en première année de médecine et donc n'est plus dispo pour grand chose (loin de moi l'idée de le blâmer, c'est violent, cette première année, qu'il reste concentré et on verra en mai).

Moi ? Je vieillis, j'ai moins de patience, envie de vivre aussi des trucs pour moi, la saturation facile.

Alors je prends sur moi, évidemment, cet enfant m'illumine, il mérite toute l'attention du monde. Lui et son aîné donnent un sens à ma vie rien que par leur existence. Mais putain ce qu'il est chiant, aussi.

Qui plus est : je suis obligée de le pousser pour qu'il s'autonomise, qu'il soit fiable dans ce qu'il fait. Ca n'est pas reposant.

Hier il était "malade", comprendre, il a vraiment été malade et ça va mieux mais bon, je suis trop faiiiiible et j'ai la nausééééeee ( = je ne veux pas aller au collège).

Parfois je reste de marbre, parfois, quand je sens qu'il en a vraiment gros, je me laisse faire. Sauf que moi, hier, j'avais un rendez-vous au bureau auquel je ne pouvais pas me soustraire. Alors je me suis dit, dix ans et demi, ça va, son frère est dans sa grotte du fond de l'appartement, au pire il pourra faire appel à lui. Il se fera tej, mais il ne mourra pas seul. Ok, vas-y, je lance un rice-cooker pour son déj, il peut passer la journée à la maison.

Bon, je ne vous cache pas que mon tuto sur la cuisson du steak (son parrain lui a appris l'an dernier, mais là il avait l'obstacle de la congélation à surmonter, en plus de la cuisson standard) au téléphone sur l'open space a fait rigoler mes collègues. Ainsi que mon angoisse face au fait qu'il n'a jamais, par la suite, confirmé avoir coupé le feu sur la gazinière.

Et non je ne m'angoisse pas pour rien, il en est capable, il l'a déjà fait. Plusieurs fois. Alors à quoi ça sert de cuire un steak si on fait cramer la maison après, hein ? Je vous le demande.

Alors voilà, mon petit gars qui est super autonome d'un côté et bébé de l'autre, c'est compliqué pour plein de trucs. Et si bien sûr son père n'est pas loin, ça implique une logistique complexe (réceptionner l'appel du collège, passer l'info, rappeler le collège, vérifier que le plan s'est passé comme prévu, non je ne lâcherai pas prise tout de suite là dessus, c'est mon fils, pas un colis qu'on peut laisser traîner dans la nature). Et puis c'est moi qui suis en lead, comme toujours, depuis toujours.

Bref, ces derniers temps il a des coups de mou. Alors j'essaie d'être là, plus présente, plus dispo. Parfois il n'en fait rien et c'est ok. Parfois il vient se lover contre moi et me parle pendant des heures. Savoir qu'il se sent mieux après, c'est la plus belle récompense du monde. Ca compense légèrement pour toutes les fois où je me dis que j'ai fait de la merde.

(Oui, je me rappelle que c'est mon choix. Que je savais. Ca ne rend pas le quotidien plus simple 10 jours sur 12, alors j'ai bien le droit de me plaindre un peu, bordel. Et oui, je sais, ça ira.)

(Qu'est-ce que je l'aime, ce relou).