Les aventures de Lomalarchovitch

jeudi 22 janvier 2026

L'épique pizza

Lomalarchovitch a, il y a une quinzaine, décrété qu'il ferait une pizza maison, dans le but avoué de devenir le maître de la pizza de notre maison.

Ainsi soit-il.

Il se lance dans un bouquin de recettes, m'écrit une liste d'ingrédients à acheter, fait le marché avec moi, joue un peu longtemps, malgré mes alertes répétées sur le temps nécessaire à faire la pâte, à additionner le temps de levée.

Puis prend un plat trop petit, fout de la farine et de l'eau partout.

Noie ma balance dans un litre d'eau sur le plan de travail.

Avant de constater qu'on n'aura jamais une pizza prête pour le déjeuner.

On se dit que la pizza sera pour le soir et je me débrouille pour qu'on ait à déjeuner.

Il se trouve, à sa décharge, qu'il me restait de la levure fraîche un peu vieille, ce qui la rend rageuse. Entendre, ça monte bien.

L'après-midi, il joue un peu trop longtemps malgré mes alertes répétées sur le temps de réalisation des étapes nécessaires, à ajouter au temps pour cuire la pizza.

Finit par s'attaquer à l'œuvre de sa jeune carrière de pizzaiolo.

J'oublie de lui dire que sa pâte a beaucoup beaucoup beaucoup levé et qu'il peut n'en mettre qu'une partie. Et que le temps de cuisson est corrélé à la quantité de pâte.

Il enfourne.

La pizza cuit.

Le four sonne.

À vue d'œil c'est très très très épais. Pas complètement moche. Ça sent bon.

À la découpe, ça manque clairement de cuisson.

J'essaie de masquer autant que possible mon fou rire.

Je relève les points positifs. Principalement : c'est super, tu as appris plein de choses !

On goûte. Mon fou rire vire au hoquet. C'est vraiment dégueu, la pâte mi-cuite goût levure.

Cro-Mi disparaît aux toilettes et vomit à bruits outranciers.

Je retiens ma nausée.

Lomalarchovitch est déçu, forcément, petit chou. Vexé comme un pou. Je l'encourage, je lui explique qu'on a tous loupé, et qu'on loupe tous encore, que c'est comme ça qu'on retient ce qu'il faut faire et ne pas faire.

Je le laisse digérer sa déception et nous retenterons, ensemble, cette fois. Histoire qu'il puisse voir qu'il a foiré, mais de si peu, que la prochaine sera délicieuse.

Comme dirait son frère : au moins, il sait où est la cuisine.

(Oh putain que cette pizza était immonde.)

L'épique pizza. Enfin un tout petit morceau de cette épique pizza.
L'épique pizza. Enfin un tout petit morceau de cette épique pizza., janv. 2026

vendredi 31 janvier 2025

La solitude du parent solo

T'as beau te souvenir à quel point c'était difficile, cette année solo avec l'aîné, c'est comme la plupart des trucs très difficiles de la vie : on oublie suffisamment pour que la suite soit possible. Et puis on rationalise. La dernière fois, c'était un enfant en maternelle, désormais majeur et assez autonome. Là, le plus petit, il a dix ans et des, il est collégien, ça va être plus simple à gérer.

Foutaises.

C'était sans compter sur le génie du benjamin pour résister à toute forme de contrainte, ses états d'âme parfaitement justifiés (je sais, j'ai eu les mêmes longtemps, et j'ai encore des rechutes) à avoir l'impression d'être un alien, son impression qu'il sait déjà l'essentiel de ce qu'on essaie de lui apprendre au collège, sa passion envahissante pour les jeux vidéos. Et puis le fait que, même s'il se fait bien, de l'extérieur, à rejoindre ses aînés dans le club des gosses à parents séparés, il doit gérer un ajustement à une nouvelle façon de vivre.

L'aîné est en première année de médecine et donc n'est plus dispo pour grand chose (loin de moi l'idée de le blâmer, c'est violent, cette première année, qu'il reste concentré et on verra en mai).

Moi ? Je vieillis, j'ai moins de patience, envie de vivre aussi des trucs pour moi, la saturation facile.

Alors je prends sur moi, évidemment, cet enfant m'illumine, il mérite toute l'attention du monde. Lui et son aîné donnent un sens à ma vie rien que par leur existence. Mais putain ce qu'il est chiant, aussi.

Qui plus est : je suis obligée de le pousser pour qu'il s'autonomise, qu'il soit fiable dans ce qu'il fait. Ca n'est pas reposant.

Hier il était "malade", comprendre, il a vraiment été malade et ça va mieux mais bon, je suis trop faiiiiible et j'ai la nausééééeee ( = je ne veux pas aller au collège).

Parfois je reste de marbre, parfois, quand je sens qu'il en a vraiment gros, je me laisse faire. Sauf que moi, hier, j'avais un rendez-vous au bureau auquel je ne pouvais pas me soustraire. Alors je me suis dit, dix ans et demi, ça va, son frère est dans sa grotte du fond de l'appartement, au pire il pourra faire appel à lui. Il se fera tej, mais il ne mourra pas seul. Ok, vas-y, je lance un rice-cooker pour son déj, il peut passer la journée à la maison.

Bon, je ne vous cache pas que mon tuto sur la cuisson du steak (son parrain lui a appris l'an dernier, mais là il avait l'obstacle de la congélation à surmonter, en plus de la cuisson standard) au téléphone sur l'open space a fait rigoler mes collègues. Ainsi que mon angoisse face au fait qu'il n'a jamais, par la suite, confirmé avoir coupé le feu sur la gazinière.

Et non je ne m'angoisse pas pour rien, il en est capable, il l'a déjà fait. Plusieurs fois. Alors à quoi ça sert de cuire un steak si on fait cramer la maison après, hein ? Je vous le demande.

Alors voilà, mon petit gars qui est super autonome d'un côté et bébé de l'autre, c'est compliqué pour plein de trucs. Et si bien sûr son père n'est pas loin, ça implique une logistique complexe (réceptionner l'appel du collège, passer l'info, rappeler le collège, vérifier que le plan s'est passé comme prévu, non je ne lâcherai pas prise tout de suite là dessus, c'est mon fils, pas un colis qu'on peut laisser traîner dans la nature). Et puis c'est moi qui suis en lead, comme toujours, depuis toujours.

Bref, ces derniers temps il a des coups de mou. Alors j'essaie d'être là, plus présente, plus dispo. Parfois il n'en fait rien et c'est ok. Parfois il vient se lover contre moi et me parle pendant des heures. Savoir qu'il se sent mieux après, c'est la plus belle récompense du monde. Ca compense légèrement pour toutes les fois où je me dis que j'ai fait de la merde.

(Oui, je me rappelle que c'est mon choix. Que je savais. Ca ne rend pas le quotidien plus simple 10 jours sur 12, alors j'ai bien le droit de me plaindre un peu, bordel. Et oui, je sais, ça ira.)

(Qu'est-ce que je l'aime, ce relou).

lundi 16 décembre 2024

On va rigoler

Jeudi soir, c'est la remise de bulletin de Lomalarchovitch, point d'orgue (pas moins) de son premier trimestre au collège.

J'ai une assez bonne idée de ce ce qu'on va m'y dire : bonnes notes, le soin est déplorable, il y a un gros travail sur la gestion des émotions, faut mûrir, il est "différent".

J'attends ce moment en me frappant virtuellement la paume de la main avec la batte de base-ball.

Parce qu'il lui est arrivé ça, à Lomalarchovitch, au cours de ce premier trimestre.

Et que non seulement il a trouvé le courage d'en parler mais aussi de s'en sortir, sans aucune aide du collège. Enfin le médiateur a fini par le recevoir un jour, le gamin avait déjà fait connaissance avec Emmanuelle Piquet et ses sbires et lui a calmement dit "je vais me débrouiller tout seul".

Dont acte. Avec une équipe resserrée composée de sa mère et d'une fantastique psy, une série de tests de plus en plus probants, une séance de peaufinage de "flèche" et il s'est débarrassé de ses nuisibles, le môme.

J'ai trollé le collège avec un mot à ma boucle de destinataires silencieux habituels pour signaler que j'étais très fière de lui et que le cabinet faisait aussi des interventions en milieu scolaire. Devinez quoi ?

Pas de réponse, bien sûr.

Enfin, si, sous forme de... silence : personne n'est revenu me parler de cette putain de commission éducative de merde pour l'aider à gérer ses émotions.

J'attends, donc, avec impatience, le moment où on va m'expliquer que les cahiers mal tenus, quand même, c'est grave, et que je vais pouvoir en regarder un dans le fond des yeux en lui demandant si c'est pire que d'avoir été mis en danger au sein de l'établissement sans aucun soutien de l'équipe éducative.

Jeudi soir je braque la banque. Et joyeux Noël Thérèse.

(Oui, je vais faire gaffe car il a encore 11 trimestres à faire dans cet établissement)

Le cul sec déter

mardi 26 novembre 2024

Comment savoir que votre fils est un garçon

Je me lamente beaucoup, en ces lieux, sur l'âme chaotique de Lomalarchovitch, qui sème une quantité improbable d'objets sur son passage, a une mémoire à 30 secondes en ce qui concerne les contraintes et, globalement, cherche les limites de ma patience sur une base quotidienne.

Il faut pourtant lui reconnaître un grand coup d'éclat depuis ce début d'année scolaire : pas une fois il n'est arrivé en retard au collège alors que, trois fois par semaine, il se lève et se prépare seul, pendant que je sirote mon café, seule et sereine, sur le rooftop du bureau.

Enfin, sereine.

Sauf quand il m'envoie un message en mode alerte maximale sur son état de santé une minute avant son départ sur le collège ("j'ai le nez qui coule je suis atrocement malade je ne veux pas aller au collège s'il te plaît s'il te plaît s'il te plaît").

Après quelques montées d'adrénaline, je lui ai expliqué qu'il était impossible de me prendre en otage de la situation, à devoir prendre une décision à distance et en quelques secondes.

Il s'y plie de plutôt bonne grâce.

Mais depuis je reçois, quasiment toutes les semaines, des SMS de type :

"J'ai le nez qui coule mais je pars 'quand même dans 1 minute".

"J'ai le nez qui coule, mal à la tête et ma température est de 0.3[1] mais je pars quand même dans 3 minutes".

"Je suis habillé mais j'ai mal au ventre et à l'épaule gauche, j'y vais quand même[2]."

Comme ils m'ont dit avec beaucoup de sagacité en salle d'accouchement : vous avez un garçon en pleine forme, Madame. Enfin en pleine forme, avec des rhumes d'homme, quoi.

Mon fils, ce martyr.

(Voyons le bon côté des choses, si je vais encore réchauffer le climat à force de soupirs, vous en avez pour quelques années à rigoler grâce à lui).

Lomalarchovitch aux rhumes d'homme
déc. 2023

Notes

[1] Comprendre, 0.3 degrés supérieure à sa norme personnelle, que personne ne panique, il n'est pas mort.

[2] Haha, en plus on peut jouer à Docteur House grâce à lui : douleur à l'épaule gauche et mal au ventre, c'est soit un lupus, soit une scolarite aiguë ! Commencez les traitements, s'il ne meurt pas, c'est que j'ai raison !

mercredi 16 octobre 2024

Enfiler l'armure à nouveau

Voilà.

On a à peine le temps de se poser et de se dire que là, tout va plutôt bien, qu'on s'en prend à nouveau une sur la tronche.

A peine l'idée que la rentrée en sixième, malgré son lot de roumègueries à cause du caractère trop organisé de mon fils, ne se passe pas si mal que la nouvelle tombe.

Lomalarchovitch a deux abrutis sur les côtes depuis plusieurs semaines.

C'est passé de remarques blessantes à insultes, des insultes aux coups. Et comme ces abrutis sont malins et que Lomalarchovitch se défend, c'est lui qui se fait punir. Feu vert du collège au harcèlement : les petits cons sont bien tranquilles, celui qui subit, même s'il n'est pas innocent de ses ripostes, a des ennuis.

J'ai été bonne élève, j'ai suivi leurs consignes : premier signalement à l'équipe de médiation il y a trois semaines. Redite en réunion avec le prof principal la semaine dernière. Message à ce dernier + la CPE + l'équipe médiation hier : rien n'a bougé.

En attendant, fiston va au collège bien stressé, fait donc : n'importe quoi. Et on me propose une commission éducative pour l'aider à gérer ses émotions.

Alors je ne suis pas contre mais c'est comme la fille à qui on reproche sa jupe trop courte et d'avoir cherché les ennuis : si on commençait par LE problème ?

Est-ce qu'on ferait mieux que lui, nous, adultes, si on prenait des remarques humiliantes, insultantes et/ou des coups tous les jours ? Je ne crois pas, non.

Je documente, archi consciente que ça va être difficile (la CPE hier m'a appelée et la seule réaction à mon message du matin était : "on a des problèmes de violence exceptionnels cette année, même les sixième ont intégré la violence physique et verbale comme moyen de communication acceptable". Super rassurant. Mon fils était à côté d'elle quand elle parlait... Aujourd'hui ? Elle ne travaille pas.) Ce matin j'ai pris des photos de bleus sur son corps, au cas où.

Je ne blâme pas le collège lui-même, l'école publique n'est plus que le fantôme de ce qu'elle a été, il manque des heures, des gens, des euros partout. Je blâme le monde qui fait qu'on en arrive là.

Et je me retourne dans mon lit à longueur de nuit en espérant trouver la solution miracle qui n'existe pas. Seule ou à peu près.

Je vais fermer les commentaires sous ce billet. Je n'ai pas envie d'en discuter ici, à vrai dire, j'ai envie d'effacer le problème. Là j'ai juste besoin qu'on me prenne dans les bras et qu'on me rappelle que j'ai encore de la force pour gérer ça, et où je l'ai rangée. Et qu'on va trouver des solutions. Qu'il va aller bien. Que ça va s'arrêter. Et que je suis une adulte bienveillante qui ne peut pas aller péter des genoux à des gamins qui s'en prennent à mon fils malgré l'envie qui me démange.