lundi 20 juillet 2026

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J'aime bien cette petite boutique de café, juste en face du cinéma où je vais souvent. Une toute petite échoppe aux allures japonisantes, du café snob, du matcha pour bourgeois parisiens et touristes émerveillés. Le café y est bon, en tout cas nettement meilleur qu'au ciné. Alors souvent, je m'y arrête avant de m'asseoir dans les fauteuils tendus de velours rouge et plonger dans les histoires des autres.

Il est doté de petits bancs sur lesquels on peut attendre sa commande ou la boire sur le trottoir.

Hier, j'y ai pris un cappuccino et, hérésie, un cookie. Oui cette chose du diable est pleine de sucre que je dois éviter, mais il était 11 heures, j'avais deux films à voir et pas le temps de caler un déjeuner même rapide entre les deux. Alors cookies et puis merde, quoi, à la fin.

Une vieille dame était assise sur la moitié d'un banc, je lui demande si je peux occuper l'autre, sans projet de lier connaissance, mais en vue de ménager mes articulations douloureuses.

Et nous voilà tout de même à deviser. À propos du cinéma, des cinémas indépendants, des films qu'on allait voir (L'Odyssée pour elle, Notre histoire - Chroniques du Caire et Le héros de Berlin pour moi[1]). De sa fille, qu'elle attendait.

J'ai partagé mon cookie avec elle, il était délicieux. J'ai ri à l'idée que sa fille allait la gronder car non seulement elle parlait avec des inconnues dans la rue, mais en plus elle acceptait de la nourriture de leur part.

On a parlé ensuite des jeunes féministes, de la drague de rue disparue au profit des nez dans les smartphones et du triste état du monde, du FMI et du réchauffement climatique, de mes enfants, des Suds (Ouest, Est, tiens, on ne parle jamais du sud du centre ?).

Le soleil s'est mis à chauffer un peu plus, je me suis mise à l'abri des coups de soleil à la Fnac voisine, le temps que le cinéma ouvre (comprendre, j'ai acheté quelques bouquins, bien sûr) et nous avons bien fait de nous saluer chaleureusement quand je suis partie puisque nous ne nous sommes pas recroisées dans le cinéma, la longueur des films que nous avons vus ne permettant pas une deuxième rencontre furtive.

Oui, j'aime bien ce microscopique café.

L'affiche du film "Notre histoire - Chroniques du Caire"

Note

[1] Le premier est une petite pépite dont la douceur va me rester dans le cœur un long moment, le second n'apporte pas grand-chose au livre, en moins bien, j'ai trouvé, sans non plus passer le pire moment de ma vie;

lundi 15 juin 2026

Crash test

En pleine réflexion sur l'idée de "la part" que chacun fait dans un groupe (fût-ce un groupe de deux), j'en suis venue à me demander si ma stratégie consistant à "viser les trous", lorsqu'il s'agit de me déplacer dans une masse compacte d'humains, venait de ma manie d'en faire souvent plus que nécessaire. J'ajuste ma trajectoire sinueuse constamment en évitant les heurts. Est-ce que je peste contre ceux qui me foncent dessus "sans me voir" ? Un peu. Disons que j'ai nettement conscience que ça n'est agréable pour personne de se déplacer dans une foule plus ou moins dense, comme, exemple pris au hasard, dans une gare parisienne à l'heure de pointe.

Cette question ne sortait pas de nulle part. Sur un trottoir, je suis le plus souvent celle qui s'efface d'un pas ou d'une épaule pour faciliter le croisement. (Un fait observé et documenté : ce sont majoritairement les femmes qui s'écartent parce que les hommes sont chez eux dans l'espace public et pas nous, triste statistique, similaire à celles qui décrivent l'occupation des cours de récré). Il y a un truc de grosse, aussi. On ne veut pas déranger, on ne veut pas être accusée de prendre trop de place. Et ça arrive souvent, tellement, dans une vie qu'on développe une sorte de réflexe de minimisation physique pour ne pas offenser le confort des gens normaux. Personne ne s'en rend compte, sauf les gros. Bref.

Comme je n'ai rien de mieux à foutre, je me suis lancée dans un protocole expérimental, un soir de la semaine dernière.

Je suis entrée dans la gare Saint-Lazare, comme souvent, par la rue d'Amsterdam, près des voies qui desservent la Normandie (et une fois de temps en temps, chez moi, allez comprendre). Et mon défi donquichottesque consistait à marcher droit devant, sans tenir compte des mouvements des autres.

Un exercice plus compliqué qu'il n'y semble, mon cerveau m'a hurlé dessus en continu pendant la durée de la traversée.

Je me suis donc fait heurter une dizaine de fois en quelques dizaines de mètres.

Dont une par une femme qui s'est retournée indignée, alors je me suis retournée indignée, elle m'a dit : « mais j'allais tout droit », j'ai répondu « moi aussi ».

Fin de l'expérience, c'est très désagréable de traverser une gare comme si on remontait un terrain de rugby, ballon sous le bras.

Je ne sais pas si je suis beaucoup trop people pleaser pour mon bien-être ou si je suis dotée de rares super-pouvoirs qui permettent à une infime partie de l'humanité de tenir compte de la présence d'autres humains mouvants.

Je m'en fous.

Je ne veux pas qu'on m'envoie valser d'une épaule quand j'essaie d'aller prendre mon train.

Un point, c'est tout.

(Oui, évidemment, dans le doute, j'ai choisi l'option super-pouvoir).

Hall de la gare Saint Lazare, un soir de printemps 2026

J'ai hésité entre deux chansons pour illustrer, donc vous aurez les deux, au fond, ça ne coûte pas tellement plus cher.

et

Ni l'une ni l'autre ne nous rajeunissent, l'une encore moins que l'autre, si j'ose dire.

mardi 2 juin 2026

La femme et la porte bleue

D'abord une forme pleine de couleurs dans ma vision périphérique. Un fragment de seconde, je pense "si toutes les teintes de ses vêtements se mélangent, elle sera caméléon sur la porte bleu clair, là-bas".

Et puis je me suis souvenu que mon fils m'a dit que Max Bird avait expliqué que ça ne fait pas ça, les caméléons.

Puis le mouvement l'emporte, le pas vif de ses longues jambes, l'allure pressée, la trajectoire nette pour couper la rue d'un trottoir à l'autre.

Enfin mon regard se pose sur sa tête, penchée.

Est-elle habituée à se voûter à cause de sa grande taille ? Est-ce la porteuse infatigable, mère sherpa d'une tribu pour qui il faut charrier le sac de sport, les crayons de couleur, les goûters ? Ou juste le réflexe de dissimuler son visage aux passants.

Peut-être même que parfois les larmes coulent sur ses joues, pendant qu'elle marche, tôt le matin, là où on attend sa présence.

Une femme noire à tenue audacieuse, bleu jean, jupe vert pâle, sac vert vif, s'apprête à passer devant une porte bleu clair. on la voit de 3/4 dos.

dimanche 3 mai 2026

Les gens (d'avril)

Il a été compliqué à sortir, ce billet, d'abord parce qu'il y a dedans quelques photos prises au smartphone et je trouve qu'elles sont assez dégueu, en qualité, en couleurs. Et puis j'avais ma sélection, avec ses qualités et ses défauts, mais du mal à trouver le fil rouge.

C'est assez frustrant quand on a, d'habitude, 5 idées à écrire d'urgence dans la tête. Finalement, en dormant dessus, en laissant poser, c'est arrivé. C'est assez inhabituel pour moi de partir des images pour raconter l'histoire, on dirait que le process dans l'intérieur de ma tête n'est pas le même du tout.

Comme quoi on en apprend tous les jours, y compris sur soi.

Donc voilà. Des gens. Dits d'avril mais il y a une ou deux photos de mars, et puis la série des bulles date de vendredi, donc de mai. Mais nous ne sommes pas là pour pinailler.

Demain c'est la rentrée.

Youpi.

Et la transcription de ce qu'il y a dans la vidéo, un peu nettoyée, avec des notes de bas de page en bonus.

Il y a, je trouve, beaucoup de difficultés à vivre avec les gens. Souvent, on est chacun dans sa bulle, sans prêter vraiment attention à ce qui nous entoure.

Il y a les gens en concert, tu sais, ceux qui sont deux fois plus grands que toi et qui ne te laisseront jamais voir l'artiste que tu es venu voir, ou qui disent que ce n'est pas parce qu'on est grand qu'on n'a pas le droit à une place devant[1].

Il y a les gens qui pilent dans la rue, il y a les gens qui veulent voir l'étiquette de l'expo avant toi, il y a les gens qui pensent que leur place est plus prioritaire dans les transports, dans la queue, dans tout ce que tu veux.

Et puis parfois, il y a des petits moments de grâce. On en a vécu un, vendredi, avec Lomalarchovitch.

On sortait du cinéma, nous avions vu Vivaldi et moi[2], et on est passés par le jardin Nelson-Mandela, où on est tombés sur un vieux type sur un... Vous savez, les scooters à vieux, les trucs à quatre roues super stables, qui permettent de se déplacer plus facilement quand on n'a pas la capacité de le faire avec ses deux pieds ?

Le mec avait du vieux rock des années 50 à fond, et les gens, soudainement, se sont mis à danser autour de lui. Ils l'accompagnaient le temps de quelques pas de danse, sur son itinéraire, et c'était hyper cool.

Moi, qui trouve souvent, par exemple en concert, que les gens surjouent leur joie (alors par contraste, je suis hyper intérieure, donc il ne faut peut-être pas prendre ça comme référence) là c'était naturel, spontané, c'était pas regardez comme je danse, je me donne à fond.

Et puis après ça, on est tombés sur un mec qui faisait des bulles, et les gens, les petits, les grands, étaient tout autour, ils regardaient émerveillés, comme si on avait tous quatre ans.

Et ce jour-là, les gens, je les aimais bien.

Un type sur un gyropode argenté avec un manteau assorti regarde les bulles, de loin. Des gens arrivent de son côté, je prends la photo du mien.

Notes

[1] C'est vrai, techniquement, mais n'avoir aucune considération pour les personnes derrière, je ne sais pas, ça me dépasse. Moi qui me retourne dix fois pour être sûr que si une ou un "petit" comme moi est derrière, il ou elle voit, et qui tend à infiltrer les plus courtes personnes d'entre nous près de moi quand je tiens une bonne place... bref. Chacun se regarde dans le miroir de son choix.

[2] Primavera en VO

mercredi 18 mars 2026

Les fins de journées dans le 9e

Juste pour archiver quelque part.

Et je colle ici la transcription de ce que je raconte pour les allergiques au son allumé (dommage, j'aime bien ma voix, vous loupez !)

Hier, j'avais rendez-vous avec une amie pour dîner. Alors, on a dîné tôt, mais j'étais à 10 minutes de mon bureau. Il était peu question que j'y reste jusqu'à l'heure fatidique. Donc, je me suis promenée. Je suis passée par la rue La Bruyère, où il y a cet atelier avec des sculptures de Florence Séchaud qui m'attirent toujours un peu quand je passe par là. Et donc là, j'ai pris le temps de me poser, de les regarder. C'est au 44 rue La Bruyère, si vous souhaitez aller voir de plus près. Et puis j'ai fait des rencontres, comme ce copain, qui m'a fait une fête bon faire quelques secondes après. Il faut dire que j'ai eu du succès avec les chiens parisiens, eu égard à mes fortes odeurs de chat. Passer devant le musée de la Vie Romantique, dans lequel je n'ai jamais foutu les pieds, je le confesse, j'en ai honte. C'est à 8 minutes de mon bureau, j'irai, promis.

Et puis la rue Chaptal, où on avait rendez-vous, et qui est piétonne sur ce tronçon là, parce qu'il y a une sortie d'école notamment, donc c'est une magnifique illustration de ce que ça fait, la rue aux enfants. Et là, j'ai tout traité en noir et blanc, en plus parce que ça, forcément, ça rappelle les clichés anciens des maîtres de la photo de rue, et des enfants qui jouent, mais il y avait quelque chose. On sait évidemment que les gens qui sourient, qui vivent, qui sont là, et qui ont l'air heureux ne le sont pas forcément ou pas complètement, ou qu'ils ont des sujets graves aussi. On est dans un quartier plutôt bourgeois où la vie matérielle n'est pas forcément très difficile, mais il y a d'autres formes de souffrances.

Et pourtant, tout ce qu'il y avait de palpable dans cette rue, c'était ce petit air printanier, ces enfants joyeux, ces familles contentes de se retrouver. Et moi, j'ai fait des photos un peu crado. J'avais peur de m'approcher trop, j'avais peur de prendre les enfants en photo, etc. Finalement, je passais totalement inaperçue, y compris devant ce grand parleur à côté de qui je me suis établie finalement.