T'imagines ?

Déjà on est tout petits sur cette minuscule planète au milieu du grand vide.

Et en plus personne ne se souviendra de nous.

Même pour les plus cultivés, les plus savants d'entre nous, les derniers noms qu'on garde en tête comme l'humain(e) qui a régné sur l'Égypte, qui a inventé quelque chose de très utile, tué untel, composé cette musique inoubliable ont, au plus, quelques milliers d'années.

Et les milliards d'humains qui ont précédé ? Le prénom de celle qui a laissé sa main sur la paroi d'une caverne ? L'étourdi qui a inventé le savon en faisant tomber le gras du mammouth dans de la cendre ? Ou même une personne aléatoire qui a conçu un système drôlement pratique, il y a dix ans ou dix mille.

Celles et ceux ni plus ni moins oubliables que toi, moi, ou lui, morts sous des bombes, tués dans des guerres, anonymes pour tous leurs contemporains, à quelques dizaines près.

Talent ou pas, gentillesse ou pas, foi ou pas.

Vertigineux.

Et nous, on est là, à s'inquiéter d'être incompris, vus.

Certains, paniqués par l'idée d'invisibilité, de mortalité, veulent démontrer qu'ils sont plus forts, plus puissants et perdent complètement de vue leur triste condition humaine...

You and me both, on y passera, on sera oubliés, et c'est ainsi qu'ira l'humanité jusqu'au bout.

Quelques noms resteront un tout petit peu plus longtemps. Quelques décennies, quelques siècles pour les plus mémorables. Ceux-là dureront un peu plus que la mémoire de leur descendance.

Et tout ce qu'on aura trouvé de si important à leur transmettre, à ceux qui nous suivent, évaporé avec.

Souvenirs, puis ombres parmi les ombres, comme dirait l'ami Desnos[1]. Puis rien.

Il y a des gens pour qui c'est une pensée insupportable. Pour moi, elle dit que le temps de vivre, vibrer, aimer, c'est maintenant.

Mon ombre, soleil dans le dos, tournée vers l'ouest de Paris, un matin d'avri 2026

Note

[1] Que je n'ai bien sûr pas connu, mais hey. Les surréalistes sont l'ombre sous laquelle j'abrite la peau claire de ma vie.

Commentaires

1. Le jeudi 23 avril 2026, 10:13 par Pep

Je crois avoir été expulsé dans ce monde avec cette conscience déjà présente, intégralement formée.

Forcément, je me dis donc que ça me convient parfaitement.
Mais ne serait-ce pas parce que je ne suis qu'un spectre depuis toujours ?

2. Le jeudi 23 avril 2026, 10:36 par Orpheus

J’aime beaucoup ta conclusion… So true…
(Et pour les gens qui angoissent de laisser une trace, je ne peux m’empêcher de penser : « faut-il qu’il y ait encore des gens pour se souvenir… ». Pessimiste, réalisme, ou coping mechanism pour me satisfaire de ne rien laisser de durable derrière moi ? Va savoir… )

3. Le jeudi 23 avril 2026, 10:39 par Catherine

Ah, la voilà cette belle ombre !

4. Le jeudi 23 avril 2026, 10:57 par Sacrip'Anne

Pep même essence. Et c'est une hypothèse avec laquelle je pourrais vivre. Je trouve ça très libérateur, d'une certaine façon.

Orpheus moi je trouve ça très apaisant de savoir que quoi qu'il nous arrive, il n'en restera pas grand chose, pas longtemps. Aucune souffrance ne peut être si grande qu'elle ne s'efface dans l'oubli.

5. Le jeudi 23 avril 2026, 10:57 par Sacrip'Anne

Catherine merci beaucoup !

6. Le jeudi 23 avril 2026, 11:01 par Matoo

Considère sans cesse combien de médecins sont morts, après avoir tant de fois froncé les sourcils sur les malades ; combien d’astrologues, après avoir prédit, comme un grand événement, la mort d’autres hommes ; combien de philosophes, après s’être obstinés à discourir indéfiniment sur la mort et l’immortalité ; combien de chefs, après avoir fait périr tant de gens ; combien de tyrans, après avoir usé avec une cruelle arrogance, comme s’ils eussent été immortels, de leur pouvoir de vie et de mort ; combien de villes, pour ainsi dire, sont mortes tout entières : Hélice, Pompéi, Herculanum, et d’autres innombrables ! Ajoutes-y aussi tous ceux que tu as vus toi-même mourir l’un après l’autre. Celui-ci rendit les derniers devoirs à cet autre, puis fut lui-même exposé par un autre, qui le fut à son tour, et cela en peu de temps ! En un mot, toujours considérer les choses humaines comme éphémères et sans valeur : hier, un peu de glaire ; demain, momie ou cendre. En conséquence, passer cet infime moment de la durée conformément à la nature, finir avec sérénité, comme une olive qui, parvenue à maturité, tomberait en bénissant la terre qui l’a portée, et en rendant grâces à l’arbre qui l’a produite.

Livre 4 – XLVIII des Pensées pour moi-même de Marc-Aurèle

7. Le jeudi 23 avril 2026, 11:32 par Sacrip'Anne

Matoo oui, bon, du coup, je me sens un peu faiblarde du texte en comparaison mais OUI !

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