Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

vendredi 31 janvier 2025

La solitude du parent solo

T'as beau te souvenir à quel point c'était difficile, cette année solo avec l'aîné, c'est comme la plupart des trucs très difficiles de la vie : on oublie suffisamment pour que la suite soit possible. Et puis on rationalise. La dernière fois, c'était un enfant en maternelle, désormais majeur et assez autonome. Là, le plus petit, il a dix ans et des, il est collégien, ça va être plus simple à gérer.

Foutaises.

C'était sans compter sur le génie du benjamin pour résister à toute forme de contrainte, ses états d'âme parfaitement justifiés (je sais, j'ai eu les mêmes longtemps, et j'ai encore des rechutes) à avoir l'impression d'être un alien, son impression qu'il sait déjà l'essentiel de ce qu'on essaie de lui apprendre au collège, sa passion envahissante pour les jeux vidéos. Et puis le fait que, même s'il se fait bien, de l'extérieur, à rejoindre ses aînés dans le club des gosses à parents séparés, il doit gérer un ajustement à une nouvelle façon de vivre.

L'aîné est en première année de médecine et donc n'est plus dispo pour grand chose (loin de moi l'idée de le blâmer, c'est violent, cette première année, qu'il reste concentré et on verra en mai).

Moi ? Je vieillis, j'ai moins de patience, envie de vivre aussi des trucs pour moi, la saturation facile.

Alors je prends sur moi, évidemment, cet enfant m'illumine, il mérite toute l'attention du monde. Lui et son aîné donnent un sens à ma vie rien que par leur existence. Mais putain ce qu'il est chiant, aussi.

Qui plus est : je suis obligée de le pousser pour qu'il s'autonomise, qu'il soit fiable dans ce qu'il fait. Ca n'est pas reposant.

Hier il était "malade", comprendre, il a vraiment été malade et ça va mieux mais bon, je suis trop faiiiiible et j'ai la nausééééeee ( = je ne veux pas aller au collège).

Parfois je reste de marbre, parfois, quand je sens qu'il en a vraiment gros, je me laisse faire. Sauf que moi, hier, j'avais un rendez-vous au bureau auquel je ne pouvais pas me soustraire. Alors je me suis dit, dix ans et demi, ça va, son frère est dans sa grotte du fond de l'appartement, au pire il pourra faire appel à lui. Il se fera tej, mais il ne mourra pas seul. Ok, vas-y, je lance un rice-cooker pour son déj, il peut passer la journée à la maison.

Bon, je ne vous cache pas que mon tuto sur la cuisson du steak (son parrain lui a appris l'an dernier, mais là il avait l'obstacle de la congélation à surmonter, en plus de la cuisson standard) au téléphone sur l'open space a fait rigoler mes collègues. Ainsi que mon angoisse face au fait qu'il n'a jamais, par la suite, confirmé avoir coupé le feu sur la gazinière.

Et non je ne m'angoisse pas pour rien, il en est capable, il l'a déjà fait. Plusieurs fois. Alors à quoi ça sert de cuire un steak si on fait cramer la maison après, hein ? Je vous le demande.

Alors voilà, mon petit gars qui est super autonome d'un côté et bébé de l'autre, c'est compliqué pour plein de trucs. Et si bien sûr son père n'est pas loin, ça implique une logistique complexe (réceptionner l'appel du collège, passer l'info, rappeler le collège, vérifier que le plan s'est passé comme prévu, non je ne lâcherai pas prise tout de suite là dessus, c'est mon fils, pas un colis qu'on peut laisser traîner dans la nature). Et puis c'est moi qui suis en lead, comme toujours, depuis toujours.

Bref, ces derniers temps il a des coups de mou. Alors j'essaie d'être là, plus présente, plus dispo. Parfois il n'en fait rien et c'est ok. Parfois il vient se lover contre moi et me parle pendant des heures. Savoir qu'il se sent mieux après, c'est la plus belle récompense du monde. Ca compense légèrement pour toutes les fois où je me dis que j'ai fait de la merde.

(Oui, je me rappelle que c'est mon choix. Que je savais. Ca ne rend pas le quotidien plus simple 10 jours sur 12, alors j'ai bien le droit de me plaindre un peu, bordel. Et oui, je sais, ça ira.)

(Qu'est-ce que je l'aime, ce relou).

dimanche 26 janvier 2025

Oui

En ce moment je dis majoritairement "oui" aux propositions qui surgissent, signe assez certain que, bon an, mal an, les choses ne vont pas trop mal.

C'est ainsi que sur un décision qui datait de quelques heures, j'ai retrouvé samedi quelqu'un qui est très important pour vous. Hein ? Pour nous ? vous exclamez vous de votre côté de l'écran. Oui. Il existe quelqu'un qui vous relie tous et que vous ne connaissez pas, aucun d'entre vous.

C'est celle que j'appelais ma "marraine de blog", il y a quelques années. Celle que j'ai lue un jour, puis deux, en y revenant sans cesse, au début des années 2000. Celle qui a fait le lien entre l'idée de blog et de "tiens, si moi aussi, j'essayais ?"

Pourquoi ? Nos vies étaient assez différentes, à l'époque, mais il y avait en elle comme en moi ce mélange de tourbillon d'émotions, d'incertitudes sur l'usage qu'on devait leur réserver, et un humour qui me fait toujours rire, 22 ans et quelques après.

Et, comme vous le savez, elle a changé ma vie. En écrivant sur internet, j'ai non seulement économisé une fortune en psys de tous genre, mais aussi trouvé à quelques clics des gens avec qui j'arrivais à fonctionner, avec qui on se disait "oh ! moi aussi". J'ai rencontré des gens, plein, dont un nombre certain fait toujours partie de ma tribu, certain(e)s de façon très rapprochée. Mes amis, ma famille d'élection.

C'est curieux parce qu'avec elle, on ne se connait finalement pas tant que ça et pourtant on est liées depuis presque la moitié de nos vies par ce fil. Alors oui, peut-être, si je ne l'avais pas croisée elle, l'envie serait venue autrement. Ou alors pas du tout et ma vie serait alors très différente d'aujourd'hui. Comme j'aime bien ma vie, quand je pense à elle, je pense "merci". Et j'aime penser qu'elle était la seule à pouvoir faire ça.

On s'est retrouvées après une longue absence et je lui dois encore un merci d'être venue me débusquer.

Et puis surtout, on a passé un bon moment (on est entrées dans un monde où quand tu achètes des livres, on t'en offre d'autres, ce qui est mon monde préféré entre tous ou presque).

Au moment où elle est repartie j'ai constaté que j'avais un message de ma "cousine" (pas du tout de mes cousines germaines qui crèveraient plutôt que de m'adresser la parole, et vu ce qu'elles ont dans la tête.... je leur retourne le compliment, non, donc, pas MA cousine, mais la femme du cousin de mon ex).

Une cousine pas cousine mais avec qui on s'entend bien et on a décidé de garder le titre quoi qu'il arrive. Elle était de passage à Paris, je n'en étais pas encore repartie, un coup de tête, un de ligne 4 - et deux déclarations (un hommage de style à une nonagénaire, et une de quasi amour à une femme splendide qui aurait presque pu me convaincre de m'intéresser de plus près à la grande cause lesbienne), nous voici dans un café à rattraper, là aussi, les dernières nouvelles.

Et c'est donc trempée par la pluie parisienne, puis banlieusarde que je suis rentrée chez moi, treize mille pas et plus de douze heures après en être sortie.

J'aime bien, quand la dernière minute vient mettre de la joie dans la vie.

vendredi 24 janvier 2025

Le cahier

J'ai retrouvé un cahier. Enfin il n'était pas perdu, j'avais juste complètement oublié son existence, bien que rangé au bas d'une étagère, à portée d'œil et de bras de mon bureau et de mon lit.

Ce matin je l'ai vu, vraiment vu, attrapé, ouvert.

Mandieu, mandieu quelle horreur.

En fait c'était comme un blog, mais dans un cahier. Ca évoquait notre quotidien d'étudiantes, Tante O et moi, j'y trouve mentionnés des gens dont je me souviens, d'autres pas du tout.

C'est tarte, misère.

Enfin, au moins, j'étais contente de dire au moi d'il y a trente ans que j'avais résolu la question de "celui avec qui on peut être soi".

Ne pas attendre de celui. S'en foutre, tant qu'on ne blesse pas, des avis des autres sur qui on est et vivre, point barre, comme on disait à l'époque.

Ah, aussi, j'avais une jolie graphie, quand j'écrivais beaucoup à la main.

Voilà, case closed. Pour le moment je l'ai planqué dans un coin, coming soon, la poubelle.

Est-ce que quand j'aurai 80 ans, si je les ai un jour, je regarderai mes vieux blogs avec le même mélange 1/4 attendrissement, 3/4 envie de me hurler dessus de fermer ma grande gueule ? (Probable) (C'est déjà le cas avec les billets d'il y a 20 ans). (Au secours).

mardi 21 janvier 2025

Dans la lumière

Je sors d'un tunnel joyeux et social. Mes parents, de passage à Paris, venus déjeuner deux fois, deux jours de suite. L'an dernier à la même époque, on avait peur de perdre ma mère, elle est bien chez nous, chez les vivants. Je ne saurais dire à quel point sa présence sur mon canapé me met en joie. Et puis 4 films de Lynch pendant le week-end, saisie d'une envie de saluer son départ comme ça[1].

De la cuisine, des rires, et puis plus tard une virée chez Ikea, un dîner avec des camarades de médecine de Cro-mi, joyeux aussi. Il faut dire qu'avec les ami(e)s de mon aîné, je suis chargée de raconter des horreurs à table, ce qui me réjouit hautement.

"Je n'ai pas débranché le câble pour ton imprimante, mon cœur, il fallait se mettre à genoux sous mon bureau et ça me rappelle de mauvaises heures de ma carrière". Genre.

Hier des hommes, des hommes, des hommes, celui du midi, les deux du soir, mon estomac m'indique qu'il est au bord du burn-out mais les moments ont été bons. Quand je pense que certains trouvent que je mène une vie calme.

Jusqu'à ce que je me retrouve sur le coup de 22h20 sur le quai de la 14 à Chatelet et qu'au moment où j'ai posé les pieds sur ledit quai, la mémoire me revienne. En semaine, la 14 s'arrête à 22 heures à cause détravo. Quels travaux, pourquoi encore ? Il semble que létravo soit un phénomène né avec les transports en commun et que personne ne comprenne exactement leur étendue ou durée.

Retraversée (à, ce que j'aimerais décrire "grand pas" mais qui dans la vérité de la vie doit être "ridiculement petits pas") de l'immense gare pour choper la 1 en vue d'attraper la 13. C'est plein de marches et long et mon genou hurle qu'il n'aime pas le froid, mais encouragée par les messages joyeux de mes camarades de soirée, j'avance, optimiste, résolue, confiante en mon destin.

(Interlude à lire ici).

Ca doit être une toile de fond de ma vie en ce moment. Foncer dans le tas avec confiance, menton levé, comme si le monde m'appartenait.

Note

[1] Toutefois, un conseil, ne regardez pas Eraserhead avant de dormir, ça donne des effets étranges. Oui, même si vous l'avez déjà vu. Plusieurs fois.

mercredi 8 janvier 2025

La vie, terre de contraste

Je ne sais pas de quelle humeur je suis, ces jours-ci.

Très en colère, côté mère de famille, contre le collège. Ils viennent taper dans plein de trucs essentiels chez moi. Heureusement je suis fort bien contenue par mon interlocutrice de la DDEN, une personne formidable, qu'elle soit louée pour son calme et sa détermination. Pour la première fois de ma déjà longue carrière de mère d'élève, j'envisage de sécher avec détermination et résolution les réunions diverses et variées qui jalonnent l'année scolaire. A quoi bon, ce qu'ils ont à me dire n'est que pipeau et mensonges.

(Lomalarchovitch va bien, lui.)

Sur le seuil de quelque chose de nouveau, côté pro. Mais sans changer de boulot. Changement d'équipe, de chef (je le connais déjà, il est tout jeune mais je crois qu'on va bien fonctionner ensemble). Je ne perds pas complètement mes anciens collègues qui seront toujours mes voisins, mais nous n'aurons plus de rituels de réunions ensemble. Très pleine de choses mêlées. En digestion, donc.

Et puis voilà, envie de choses qui ne se produisent pas juste en les souhaitant. Contente du programme de concerts à venir. En construction d'un programme de sorties à faire avec Lomalarchovitch pour les prochaines vacances qui seront là très vite. Un peu triste d'une attente qui me semble toujours trop longue.

En quête de pâte à bois pour boucher des trous assez petits, donc peu compatibles avec les tubes conventionnels. En questionnement sur le remplacement de mon imprimante. En perpétuelle recherche de recettes rapides et faciles et qui changent et qui plaisent à chacun de nous trois.

Envie de construire de jolies choses (pas des travaux manuels, hein). Mais quoi ?

Repris dignement la tradition de n'avoir jamais la fève.

Heureuse d'avoir constaté qu'il fait encore au moins un peu jour en sortant du bureau quand je pars tôt. Ca va dans le "bon" sens.

Un peu de tout, un peu de rien. Vraiment, je ne sais pas. Croisée de chemins brumeuse.