C'est quand même une chose étrange que la vie. J'ai traversé 20 ans de blogs en me foutant royalement des journalistes et des auteurs publiés qui nous toisaient, nous autres blogueurs du quotidien, nous traitaient de narcissistes. Je suis, depuis bien avant les blogs, enthousiaste des petits bonheurs et des grands sourires qui se nichent un peu n'importe où, de leur observation. Et le fait de les avoir mis en mots m'a gagné plein d'amis. Si ça les a fait sourire ou émus une paire de fois, alors tout le monde a gagné.
Et maintenant que tout le monde s'en fout, des blogs, figurez-vous que je suis sur le point de vous parler d'une expo, comme les blogueurs et blogueuses culture d'il y a quelques années, l'élite, la royauté, celles et ceux qu'on pouvait lire sans se sentir trop sales.[1] Si c'est pas ça, avoir le sens de la contradiction ! Après avoir parlé d'un bouquin pas plus tard que dans un intervalle de moins de 12 mois. La dé-ca-dence.
Bref, la semaine dernière, je suis allée voir avec une copine l'expo Julia Margaret Cameron au musée du Jeu de Paume (où j'ai abondamment fait sonner les portiques à l'entrée, mais ça n'a rien à voir).
Je ne savais à peu près rien d'elle à part cette histoire de flou et c'est donc l'esprit grand ouvert - et parfois un peu moqueur - que j'ai découvert l'œuvre de la dame, qui un jour, à 48 ans, s'est découvert une passion pour la photo. Bien placée pour dire que c'est un bon âge pour... tout.
Nous avons ri et nous sommes un peu agacées des textes explicatifs, souvent très tirés par les cheveux, voire d'une mauvaise foi crasse pour traduire les intentions de l'artiste. Et pas très inspirés. Ah, pardon, on dit érudits !
Nous avons admiré quelques clichés en particulier. Trouvé des explications techniques à d'autres. Un peu pouffé.
C'est curieux, je suis sortie de cette expo en ayant pas tellement de certitudes sur le fait d'avoir ou pas aimé les photos. Mais ce qu'elles m'ont dit, en creux, de la photographe, ça, ça m'a plu !
Imaginez un peu, passionnée, visiblement d'une mauvaise foi absolue (non parce que le flou "volontaire", hein, moi aussi, je suis cap' !). Très légèrement autoritaire, du genre à vous attraper par la manche et à vous faire poser des heures dans une posture étrange après vous avoir forcé à vous laver les cheveux...
Bref, une femme pas très loin de ma grand-mère paternelle, dans l'esprit. (Qui a dit en rigolant bêtement que ça lui faisait penser à quelqu'un d'autre ??).
Elle m'a donc plutôt fait rigoler, la Julia qui se dessinait derrière ses photos et je l'ai trouvé fort sympathique, dans le genre attachiante.
Avouez, à ce stade, vous n'avez vous-même aucune idée de votre propre envie d'aller voir l'expo, hein ? Je sais, c'est contagieux.
Si on se ressemble un peu, allez-y avec quelqu'un de sympathique, et essayez de vous laisser attraper entre deux photos floues par le fantôme d'une sacré bonne femme. Au pire, il vous restera la librairie à piller !
Note
[1] Oui, j'exagère et oui, je rigole.

