Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

mardi 18 juin 2019

Déroulage dans ma tête

J'aimais le temps où je trouvais quasiment tous les jours le chemin de l'écriture pour le plaisir, le chemin de ce blog.

Malheureusement, je me suis pris de plein fouet la malveillance d'une "surveillance ciblée". Avec le corollaire de l'élimination de tous les sujets sur lequels je ne voulais (veux) pas que la surveillance fasse ses petites fiches. Y compris sur le blog privé, qui a été rapidement infiltré.

Si on enlève aussi tout ce qui pourrait avoir trait à la vie pro car sait-on-jamais, il nous reste les chats, les vélos, quelques livres et l'herbe qui pousse, mais de moins en moins bien.

Pourtant cet exercice me manque, même si je n'arrive plus vraiment à me rappeler comment je trouvais le temps. La mutation des modes de commentaires (déportés sur les réseaux sociaux, remplacés par un like, un cœur) aussi, font que les blogs ne sont plus les joyeux lieux de conversation que nous avions.

Même si la nostalgie existe, la vie est la vie et il faut bien faire avec.

Mais quand même. Prenons quelques minutes pour laisser les mots suivre leur cours, comme mes pensées pédalantes du matin.

Ce matin je roulais assez tranquillement (la différence de temps de pédalage entre tranquillement et toniquement est d'ailleurs suffisamment minime pour que... bref, on s'en fout).

Je pense que j'avais besoin de ce temps où le cerveau déroule, j'écoutais le podcast de Popopop avec Aurélien Barrau - qui m'a fait penser à un autre cerveau musclé et gentil de ma connaissance.

Ca fonctionnait bien ensemble, l'idée de décroissance, de changement social pour changer l'environnement et la communion avec la nature, le rythme régulier des pédales.

Je vais, je pense, me procurer son livre pour creuser un peu [1]. Ca m'a touché de simplicité et d'humanité, ce qu'il disait avec conviction et gentillesse, mais en même temps un monde où on prendrait aux riches pour empêcher les enfants de mourir, wouah. Ils ne vont pas se laisser faire.

Et puis tout d'un coup la sortie de la zone tranquille, le retour à la "civilisation" (c'est-à-dire le port industriel de Nanterre, autant vous dire que les guillemets à civilisation sont pensés).

Déjà ? Petit choc émotionnel aussi. J'étais bien, seule avec mes pensées et les siennes.

Je me demande vaguement ce que sera la tonalité du trajet de ce soir. Chantant (faux et à tue-tête) pour libérer les énergies contenus ? Méditatif (pédaler est une forme de pleine conscience assez puissante, pour peu que le revêtement soit inégal) ? Prospectif ? Ou juste défoulatoire ?

Il sera chaud, en tout cas, me dit météo france. Et, en soi, c'est une bonne nouvelle. C'est de nouveau la saison pour rouler robe au vent, le vent (réel ou relatif) en rafraîchisseur, le temps des marques de mitaines sur les mains et de traces des lanières de sandales sur les pieds.

Il faut savoir savourer les petits bonheurs où ils sont.

Note

[1] Je vous tiens au courant quand je l'aurai lu !!

mercredi 15 mai 2019

Petite vitesse, grande lenteur, mais pas tant que ça

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Quand on en vient à parler de "combien de temps ça me prend" de venir à vélo, j'ai la minute complexée qui surgit facilement.

Pourquoi ? Parce que je suis entourée de collègues et de copains qui roulent fort (l'expression veut dire rouler vite sans avoir l'air de se préoccuper de vitesse comme les bagnolards :-D), notamment !

Mais tout de même ! Mon premier trajet de 9 kilomètres et demi, je l'ai fait en 52 minutes. Un an et quelques après je suis souvent autour de 38 minutes.

Et vous savez quoi ? Finalement, rouler autour de 15 à l'heure, avec mon âge, mon poids, mon vélo, et ben c'est : normal. Et ça répond à mon besoin.

Donc j'ai ravalé mes complexes de rouleuse moins rapide et je savoure mon rythme qui va bien.

Et comme j'ai surtout le sens de la compétition avec moi-même, je savoure et me félicite de mes records.

Ce matin c'en était un et je suis fière de moi, car c'est également la première fois que je vais trois jours de suite au bureau à vélo, sans pause au milieu. 17 putains de kilomètres par heure et un temps de 33 minutes fesses en selle !

Ça m'encourage pour le troisième soir de retour avec gros vent de face prévu (en plus on est mercredi, il y aura sur ma route moults chiens et enfants en bas âge, ça ne sera pas un trajet à records).

Donc si vous vous posez la question : oui vous pouvez :)

Arrivee15052019.jpg

mardi 5 mars 2019

De pixels ou de papier, lire

Longtemps j'ai résisté à la liseuse. Rapport au toucher, à l'odeur du papier, au livre qu'on peut prêter (et certainement ne jamais voir revenir), et à des tas d'autre chose qui font que ma maison se trouve là où sont mes livres (et mes enfants, mon amoureux et chats).

Et puis l'hypothyroïdie et ses insomnies matinales venant, j'ai fini par craquer pour pouvoir lire sans réveiller ledit amoureux aux petites heures de la nuit.

Très vite l'objet m'est devenu indispensable et à un moment au point que j'ai eu peur de larguer mes bons vieux livres en papier.

Du coup, depuis quelques années je me suis fixé une règle de gestion simple. Quand il fait jour, je lis du papier, quand il fait nuit, je lis du pixel.

Ca me permet de lire deux livres à la fois comme du temps de ma folle jeunesse (avec des coups d'accélérateur sur la version papier le week-end quand j'ai le temps de prendre un loooong bain :D)

Et comme j'avais un peu envie de hasard dans mes lectures (au moins papier), je me suis abonnée au Ptit Colli qui m'envoie tous les mois deux livres de poche, une gourmandise et un petit cadeau (et de belles boîtes qui me servent à ranger tout un tas de bazar dans la maison ou à faire des emballages pour des cadeaux !)

Ca doit faire un an que j'y suis abonnée et j'ai eu une mauvaise suprise et beaucoup de pépites découvertes.

Tout ceci, ainsi que les généreux dons des Pères et Mères Noël et des étrennes de Nouvel An, me permet d'apaiser l'angoisse existentielle numéro 1 : ne rien avoir sur la Pile à Lire (là, je suis servie, j'en ai encore au moins trois d'avance).

jeudi 27 décembre 2018

Vélo de nuit

A peine sortie de la cave ce matin, premier check : ça glisse ou pas ?

Ça ne glisse pas. Ouf. Bonnet bien enfoncé, mitaines moufles refermées, premier tour de pédale, c'est parti dans la lueur des lampadaires de la rue.

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C'est un peu journée sans voitures permanente, en ce moment, j'en profite pour esquiver mon rallongi tranquille de la maison de retraite et prendre le nouveau double sens cycliste[1] qui va tout droit sous la voie ferrée. Avec ma grosse lampe, les rares voitures me voient bien et tout le monde (moi comprise) joue le jeu de ralentir et de se serrer sur le côté, ça passe crème. On se salue d'un merci souriant à chaque fois. En revanche quand le 235 passe, on ne se croise pas, fort heureusement c'était à hauteur pour moi d'un endroit où j'ai pu me tasser sans gêner.

Je passe sous la voie ferrée, je remonte le long du collège, arrive au bout de la rue pile pour le passage du feu au vert et traverser le boulevard de Valmy désert. Ce coin-là, déserté par les ados et les voitures, c'est étrange, ça vibre de silence, presque. Je me faufile entre les trous jusqu'au petit chemin qui borde l'A86. Même là c'est moins bruyant que d'habitude.

La traversée du carrefour pour rejoindre l'Ile Marante se fait au tintement joyeux des bonjours échangés avec une collègue cycliste et puis je passe la barrière anti 2RM et je me laisse glisser jusqu'à la Seine - enfin je m'arrête avant d'y être immergée :D

Petite montée pour se chauffer les cuisses et franchir la deuxième barrière qui m'attend grande ouverte (oh yeah). C'est le noir, la Seine brille, le silence est total. Il y a Popopop avec Stephan Eicher à côté de mes oreilles et je me prends à chanter "Tu ne me dois rien" à tue-tête. Ca doit faire marrer les piétons que je croise ou double de ci de là. Et les lapins et les rats qui traversent dans mon halo.

J'arrive au pont de Bezons, me dit "oh, déjà la moitié !"

Je lance un "Salut Bilook ! Bientôt ton tour !!" avant de passer dessous [2]. J'ai un peu froid aux cuisses et la flemme de m'arrêter pour mettre les rainlegs, bien chaud aux mains-pieds-tête, et c'est l'heure de passer sur le bout de chemin fraîchement refait. Ça roule tout doux, pas un trou, ça permet de prendre le temps d'admirer la lune qui décroît avant de passer sous les arbres pour la petite descente après la barrière ouverte (C'est un jour faste).

L'horizon commence à rosir un peu, la Seine qui s'écarte autour de l’île des Impressionnistes prend des teintes étranges, par endroit, ce reflet presque violacé qui n'est pas encore le jour.

Je roule tout tranquillou, d'abord parce qu'il fait froid et que ça pompe de la ressource, ensuite parce que je goûte tellement ce calme parfait et la douce régularité du pédalage que je ne suis pas pressée d'arriver.

Passage du chantier du RER, petite montée raide et gravillonneuse qui redescend tout de suite, c'est assez casse-gueule, j'y vais peinard. Dommage, c'est les vacances du chantier, pas de grue [3]sur la plateforme sur le fleuve.

Après ça file avec des zones aménagées, ça roule tout seul (d'autant qu'on a gentiment bouché deux des trois caniveaux, ce dont mon coccyx encore sensible est très reconnaissant). Y a juste à profiter du halo rose de l'horizon qui monte de plus en plus haut dans le ciel et de Stephan Eicher. Ravie de son intelligence, de sa gentillesse, de sa culture, de sa musique. Je rigole avec lui et Antoine de Caunes et il est déjà l'heure de la

...

...

...

barrière fermée.

J'ai pas le jus pour pousser avec les pieds, je descends donc pour la franchir en pestant et en pensant à Gilda qui les trouve si malines. Crois-moi que le jour où je t'emmène je choisis un mercredi de juillet où elles sont toutes fermées, va, tu vas les trouver moins bien conçues !! :devil:

Là c'est mitigé. Je suis tout près de la Seine, peu d'arbres. Il y a de l'éclairage urbain donc on y voit pas mal, mais le revêtement est nettement plus rustique , ça a l'air de glissouiller un peu et c'est blanc craquant sur l'herbe au bord.

Trop tard pour faire demi tour, je suis aux trois quart de la route !

Le bon côté des choses c'est que la probabilité d'un freinage d'urgence est très très faible. Du coup j'y vais encore plus tranquille. Finalement ça passe très bien, j'ai même le temps de saluer ces feignasses de cygnes qui se réveillent à peine.

Franchissement de la bonne vieille barrière à l'ancienne et là j'arrête de vous vendre du rêve, on est au port de Nanterre et la population principale, c'est du camion.

A cette heure-ci ils sont, la plupart du temps, arrêtés, mais l'extrême prudence est de mise.

Fort heureusement, comme on est sur bout de route qui "coupe" la Paris-Londres, ils sont très habitués aux cyclistes, travailleurs ou randonneurs, et généralement hyper attentifs à la bonne cohabitation, mais il suffit d'une fois.

Hop je remonte jusqu'au croisement, hop à droite dans la rue de la fourrière. Ces deux rues sont défoncées par les engins lourds, on zigzag entre les trous, mais il y a de la place et peu de trafic, ce matin c'est deux voitures qui me dépassent - bien au large - en tout et pour tout. C'est la magie de Noël du partage de la route.

Au feu je me pose bras bien tendu pour préparer mon éventuel suiveur qu'il sera bien aimable de prendre en compte ma direction. Mais en fait y a personne.

Du coup, au lieu de prendre par le trottoir je m'offre le petit luxe déjà expérimenté lundi de prendre par la route. C'est gérable moins de dix jours par an, ne boudons pas notre plaisir.

Evidemment au bout de quelques mètres j'entends la présence d'un camion derrière moi. Mais il reste bien loin, bien calme, et je ne l'entends accélérer que quand j'ai déjà tourné dans la rue du bureau. Magie de Noël, je vous dis. (Ou alors il admire mon cul qui clignote en rouge en plus du feu du vélo, allez savoir ?)

Le premier truc que je pense arrivée dans le local, c'est "déjà ?!" [4]

Le froid aux cuisses est oublié, Je suis bien réveillée malgré les nuits raccourcies du moment. J'aurais bien continué au lieu d'aller travailler, en fait !

Dans quelques dizaines de minutes le soleil dépassera l'horizon dans mon dos, assise à mon bureau.

C'était chouette ce matin.

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Notes

[1] Sens unique pour les voitures / double sens pour les vélos

[2] Encore une barrière ouverte ! Je suis joie !! C'est la galère de se les franchir quand elles sont fermées ! Merci les ouvreurs de barrières !!

[3] de chantier, la grue, pas l'oiseau

[4] Et, ne nous mentons pas, à couper Strava

jeudi 13 décembre 2018

Un nouveau au 3 bis

Je me rends compte que, coupable de paresse bloguienne, ou bien de trop plein d'autres choses qui me tiennent loin du clavier, je n'avais pas écrit sur un épisode marquant de notre vie familiale.

Réparons.

Depuis un moment je me demandais si ça ne serait pas une bonne idée pour Maïa-Chat d'avoir un compagnon, histoire de jouer à la poursuite et d'éviter de faire trop de gras. Et puis de s'ennuyer quand on part en vacances.

A la rentrée, on a vu un adorable chaton blanc sur le site de la SPA d'à côté de chez nous.

Dès le lendemain j'y précipitai une équipe.

Qui est rentrée avec un adorable chaton (mais plus vieux) roux.

Et c'est ainsi qu'ObiWan est rentré dans nos vies.

Cats.jpg

Juste pour le plaisir de prononcer des phrases du type "ObiWan Kenobi, enlève ta patte de ce yaourt !" ça valait la peine.

Je suis maintenant à la tête d'un cheptel félin qui a la particularité d'avoir ses correspondances dans mon cheptel d'enfants.

On a une brune pas super câline, parfois un peu distante, rigolote et dont la gourmandise est très ciblée. Et puis on a Maïa qui lui ressemble de couleur de poil comme de caractère.

On a un blond vénitien éperdu d'amour, jaloux et possessif, goulu joyeux et extraverti. Et puis on a ObiWan qui lui ressemble de couleur de poil comme de caractère.

On a une brunette qui a bien grandi mais qui finit sa croissance plutôt sur un modèle "gabarit moyen" (et Maïa pareil).

On a un pâlichon géant qui est nettement plus grand déjà que sa frangine au même âge, et le diable sait où ça s'arrêtera (et ObiWan pareil).

Obi (que j'appelle parfois Bibi et j'adresse toutes mes excuses mentales à Tellinstory pour ça !) a pris toute sa place et même un peu celle de Maïa qu'il boute hors de notre lit quand il veut sa place. Les deux jouent un peu à se battre et font la sieste à proximité, ont des heures de folles poursuites quasi fixes et nous font marrer souvent.

Cro-Mi et Lomalarchovitch aussi.

(Du coup il nous faut un troisième chat pour incarner le Lutin)

(Nan je rigole).