C'est un drame de ma vie.
(Prononcer cette phrase d'un ton grave autant que pénétré, le front ridé par le sérieux de la situation).
J'aime la photo. Je veux dire : j'aime regarder des photos, quand l’œil du photographe me touche. C'est un mode d'expression qui me parle, qui m'émeut, me fait parfois penser, et tout ce qui s'essuie ensuit.
Photo sensible, donc.
A intervalles réguliers, je me dis que ça serait drôlement chouette si, moi aussi, je faisais de bien jolies photos.
Sauf que : rien à faire. Mes photos sont moches.
Ah ! Que j'envie ceux qui de l’œil composent, perçoivent la lumière, le mouvement. Ceux qui cadrent et ceux qui déclenchent à l'exact moment.
Ceux qui d'un cliché vont raconter une histoire.
Mes photos, elles sont moches. D'abord y a toujours un truc qui gêne dans le cadre. Et puis je ne sais pas. Il semblerait qu'à l'instant où j'appuie sur le bouton, la raison pour laquelle je me suis dit que l'instant était photographiable s'est envolé. Il réapparaît, potentiellement, dès que j'ai remisé l'appareil, d'ailleurs.
A intervalles réguliers, je me dis qu'avec un bon outil je serais motivée pour prendre de jolies photos. Apprendre. Me promener, gagner en patience, essayer, beaucoup rater, et parfois, une à sauver.
Généralement je ricane dans la foulée à me dire que ça serait bien du gâchis.
Et je suis frustrée. C'est un sujet pour lequel j'ai l'impression que ça se travaille, mais ça ne s'apprend pas, vous voyez ce que je veux dire ?
Au moins il me reste le plaisir d'admirer les photos des autres...
(Une que, quand même, j'aime bien...)



