Je vous préviens, ceci est un faisceau de pensées entremêlées sans grande conclusion. Vous vous aventurez dans ce billet à vos risques et périls.
J'ai lu la semaine dernière, grâce à S. et son mari, Le photographe inconnu de l'Occupation de Philippe Broussard. Récit d'une enquête qui a duré plusieurs années sur l'auteur d'un millier de photos de Paris (et sa proche banlieue) pendant l’Occupation allemande, entre 1940 et 1941.

La prise de photos à l'extérieur et depuis chez soi était interdite pendant cette période, la valeur historique de ces clichés est importante (et leur valeur artistique aussi, d'ailleurs, pour nombre d'entre eux).
Evidemment les incessants débats sur la photo de rue, ce qu'on a le droit, techniquement, de faire ou pas, mais aussi l'importance de cette pratique dans le fait de documenter une époque. Comment les gens s'habillent, se déplacent, interagissent dans l'espace public. Sans les grands patrons de la photo de rue et de la photo humaniste, nos idées sur le sujet seraient moins nettes, probablement. (Et je ne dis pas ça comme un prétexte urgent à acheter un bouquin consacré à Brassaï qui a croisé ma route il y a quelques jours, non non non. Ou juste un peu.)
Et puis la visite d'une expo, enfin, samedi dernier, consacrée à Denise Bellon. Photographe humaniste, amie des surréalistes, juive, elle a dû fuir Paris pendant la guerre pour des raisons évidentes. Elle a passé une partie de la guerre à Lyon. (Allez voir cette expo.)
Enfin bref. Tout ceci convergeait dans ma tête sur la puissance de l'image (la vraie, pas celles fabriquées par des IA), alors même que le temps d'attention que nous leur prêtons est minime. Le scroll, les supports de diffusion de plus en plus répandus nous ont accoutumés à "voir" par les yeux de quelqu'un d'autre, un paysage inconnu, un point de vue étonnant, une archive qui parle. Et, comme le dit justement Alain, le vrai est de plus en plus difficile à distinguer du faux.
Par ailleurs je pensais à cette question d'interdiction de photographier et je la liais avec l'arrêt d'Internet en Iran, comme mesure de répression. Et à ce qui se passe aux États-Unis avec, notamment, les meurtres commis par les agents de l'ICE.
Comme il serait "pratique" que ces interventions fatales ne soient plus visibles par le monde.
Bref, je n'ai pas de conclusion à vous offrir, à vous de finir le boulot !
Plus sérieusement, je crois que si quelque chose ressort de toutes ces pensées qui se lient entre elles, pour moi, c'est : si on réentraînait notre regard. Qu'on crée des images, ou qu'on regarde attentivement celles qui nous sont proposées. De façon critique, artistique, mais aussi intellectuelle. Que me raconte cette photo / ce tableau / cette vidéo ? Qui regarde ? Que veut-il ou veut-elle me dire ? Pourquoi ? Comment ?
(D'ailleurs ne nous limitons pas aux images, les textes, les sons, tout devrait faire l'objet de plus d'attention. Moins de consommation, plus de concentration.)



Commentaires
Exactement l'inverse de ce que les grands acteurs de réseaux sociaux veulent.
Mais oui, il le faut. Redonner de la valeur à ce qu'on voit, lit, écoute, touche.
Tomek voilà. Dans mes bras, camarade !
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