Samedi, je cuvais une contrariété pas gravissime mais qui touche au cœur, sur le chemin entre la sortie du métro et l'entrée du ciné. À hauteur du Starbucks, un SDF m'accoste et me demande si j'ai de l'argent pour un café et un truc à manger. Pas de liquide, comme souvent, mais café et truc à manger, je veux bien lui acheter. On entre ensemble dans ce temps du capitalisme américain, le type hésite une plombe entre pain au chocolat qu'il n'y a pas, croissant qu'il veut peut-être et finit par fixer son choix sur un cookie. Quitte à être là, je me prends un cappuccino et m'indigne devant l'absence du cookie tout chocolat, la seule chose qui ne soit pas totalement overrated dans ce lieu de perdition.

Y en aura plus, me répond-on. Comme dans : plus jamais, on arrête. J'avais bien besoin d'une contrariété de plus.

Pendant les transactions habituelles dans ce commerce, prénom pour les gobelets[1], paiement, voilà mon nouveau meilleur ami qui me demande si je suis. Arrière-grand-mère. Bim. 35-40 ans direct sur la gueule en une seconde.

Je suis au courant que dormir dehors n'est pas extrêmement bon pour la santé, ni physique, ni mentale, je prends donc sur moi, mais ça commence à ne plus vraiment m'amuser.

En attendant nos cafés, le gars en verve de contact social (et ça se conçoit) me demande si j'ai une grande famille, parce que lui, il a une très grande famille. Et, je ne sais pas, il a dû voir à ma tête que c'était forcer un peu sa chance, la conversation sur les enfants, il a attrapé son café, son cookie, a tourné les talons en me disant qu'il me souhaitait beaucoup d'amour.

Alors je ne vais pas faire la fine bouche, de l'amour, j'en reçois, parental, filial, amical. Mais bon. Ça revenait un peu, dans l'instant, à demander à une personne amputée si elle avait des douleurs fantômes. Le mec n'étant pas devin, je ne lui en veux pas, mais je crois que c'est le café-cookie que j'ai payé le plus cher de ma vie entière (pas en euros - encore que).

J'ai enfoui le cookie-pépites, une trahison au tout-choco, si vous voulez mon avis, dans la poche de mon perfecto, le temps de rejoindre la salle.

Et puis Sorrentino m'a consolée, le reste de la journée a été dense, beau, je suis rentrée chargée de livres, de belles images, de vibrations.

C'était chouette.

Jusqu'à ce que ça le soit moins, aux environs de 21 heures. Rien d'insurmontable, ça aussi, ça passera.

Et puis neuf heures d'art, d'émotions qui élèvent, il ne faut jamais cracher dessus.

Un danseur de rue place Stravinsky. Si vous ne le savez pas, la place Stravinsky est l'un de mes endroits préférés de Paris - bon, ça n'est pas le moment, entre le centre Pompidou en travaux, la fontaine derrière des barrières, elle n'est pas à son meilleur moment. Mais ce danseur, je me suis assise sur un plot un moment pour le regarder, le prendre en photo. Il se passait quelque chose et j'étais contente d'être là pour le saisir.

Note

[1] Ils ne font jamais de faute à mon prénom, ce qui est assez logique, à part l'écrire sans e, ça me donne des envies horribles de leur dire que je m'appelle Hyacinthe ou Aglaë, juste pour qu'il y ait un peu de sport dans l'affaire.

Commentaires

1. Le mardi 3 février 2026, 09:43 par Pep

Ou Glawdys.
Je t'imagine bien en Glawdys.
Mais ne viens surtout pas me demander pourquoi : pas la moindre fichue idée !
:-*

2. Le mardi 3 février 2026, 09:53 par Sacrip'Anne

Pep il y a une raison que tu ne peux pas connaître (liée au monde pro) pour laquelle ça serait à la fois hyper drôle et pas du tout !! Mais oui, carrément. Merci, je savais qu'on pouvait compter sur toi dans les moments de doute ! Des bisous.

3. Le mardi 3 février 2026, 09:56 par Acanthe

Il y a des jours plus lourds à porter que d'autres.
Magnifique vidéo, au début j'ai eu l'impression de voir la constellation d'Andromède, sans doute était-ce voulu ?

4. Le mardi 3 février 2026, 10:07 par Sacrip'Anne

Acanthe pour avoir la réponse à cette question, il faudra demander à Weyes Blood elle-même, je n'ai joué aucune part dans sa réalisation !

5. Le mardi 3 février 2026, 10:13 par Orpheus

En ce qui me concerne, j’essaye de stériliser les contrariétés quotidiennes en me disant que demain une autre chose viendra me pourrir la journée. Une façon de relativiser comme une autre. 😔
Mais je compatis quand même… C’est rude cette remarque… soutine.

6. Le mardi 3 février 2026, 11:15 par Sacrip'Anne

Orpheus c'était le moins dur à encaisser de la trilogie des contrariétés, et le plus drôle à raconter j'ai passé une très bonne journée, entre chaque :)

7. Le mardi 3 février 2026, 11:35 par Kozlika

Franck et moi avions nos habitudes chez un traiteur libanais du quartier. Il se trouve que nous y allions l'un et l'autre seuls.

Un jour, nous y sommes allés ensemble. Un eureka se forme dans la tête de la dame, qui jusque là n'avait pas pu faire de rapprochement. Tout sourire de sa découverte, elle s'exclame avec un geste de la tête vers Franck « Ah je n'avais jamais réalisé : c'est votre fils ? »

J'te raconte pas le temps qu'il m'a fallu pour m'en remettre. Remarque, j'ai dû faire une vraiment drôle de tête car, mortifiée de sa bévue, elle nous a offert la moitié de nos achats et rajouté quelques paquets de pain par dessus. Mais bon.

Solidarité, donc.

8. Le mardi 3 février 2026, 12:23 par Alain Korkos

Dans le même genre, les gens qui veulent me céder leur place dans le bus. Encore hier matin, en banlieue parisienne. NAN MAIS ! J'ai douze ans ET DEMI, moi Madame. Douze ans ET DEMI !
Les banlieusards manquent vraiment d'éducation, moi j'dis.

9. Le mardi 3 février 2026, 12:53 par Catherine

Même solidarité, par cette anecdote : je devais avoir près de quarante-sept ans alors. Je sortais d'un Monoprix et fus accostée par un jeune homme de moins de trente ans. Très directement, il me proposa un moment sympa, plutôt chez moi, car voilà, il était à la rue où presque. A ses yeux, j'avais, quoi, cinquante - cinq ans, c'était bien ça ? - il saurait me rendre heureuse, blablablaa. Sidérée, vexée d'avoir pris quelques années d'un coup, j'écourtais notre rencontre en lui filant une pièce, m'excusant de ne pas avoir plus à lui donner. Je me suis sentie vraiment triste après coup. Particulièrement choquée de la débrouille désespérée du gars, qui pouvait tomber sur n'importe qui. Et évidemment, de l'image qu' il avait eue de moi, outre le fait d'être une grasse pigeonne à ses yeux. Plus tard, cette situation s'est renouvelée, dans un chemin creux de banlieue, un gamin a mendié une relation, très cru. Je l'ai houspillé vertement, en colère : envol des mésanges affolées dans le ciel mouillé. Et il y a deux saisons, différemment, le gars était ferré. Chaque fois, l'âge et la différence créent des situations bancales, dérangeantes.
J'aime mon âge, mon passé, ce qu'il a défait et fait de moi, mais pour autant, que l'on me laisse vivre tranquillement le futur qui se tisse au réel. Sans outrer ma mine ni télescopage violent.

10. Le mardi 3 février 2026, 13:52 par Sacrip'Anne

Kozlika mais quel élémentaire manque de diplomatie commerçante (dit celle qui un jour demand à sa future patronne – sans savoir quel le serait – "c'est pour bientôt ?" Bon, elle avait accouché six mois avant.)

Alain K exactement !! (Sauf que j'accepte avec grâce et remercie copieusement. Et puis si ça se trouve ils se disent que je suis enceinte, pas vieille !)

Catherine le mien, à l'odeur et au discours, n'était pas complètement dans un état normal, j'ai vérifié depuis et je n'ai pas du tout la tête d'une dame de 80 ans ! (Mais oui, pareil, en paix avec mon âge et le vieillissement mais quand même faut pas charrier.)

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