Le dernier grand ménage dans mes bouquins date d'il y a quatre ans et demi.
Quand je dis grand ménage, la jauge est précise : le volume d'un carton de lave-vaisselle familial est sorti de la maison.
J'avais l'impression d'avoir été drastique mais à chaque fois que je regardais sur les étagères, je tombais sur une merde infâme.
Mais bon, la flemme.
Eu égard à ma dévotion pour la Qualité, j'ai combattu cette dernière au cours de duels épiques.
(En réalité : plusieurs semaines de mise en route sur l'air de "Je pourrais quand même mettre (insérer ici un auteur ou type de livres) à la boîte à livres, puis un jour, dans un sursaut imprévisible d'énergie, saisir les ouvrages en question, les mettre dans le caddie à courses en prévision du prochain tour au marché. Rentrer avec le sentiment du devoir accompli et tomber nez à nez avec une merde infâme sur mes étagères. Rinsee and repeat.)
Ça donne d'ailleurs de drôles de scènes. Quand je vide mon caddie dans la boîte à livres, une antique personne se pointe généralement. Souvent elle vient déposer, aussi. Et chacune des parties en présence tente de fourguer à l'autre le contenu de son chariot. Parce qu'on préfère donner nos livres (même les merdes infâmes) que de se douter que la bouquinerie, installée sur le marché à trois pas d'ici, vient se servir allègrement à gratos pour revendre nos trésors merdes infâmes à 1 €, ou 2.
Je suis ravie de vous annoncer que les miens ont une durée de vie en boîte assez courte ; ils doivent faire les beaux jours de la caisse à sous en métal de la bouquinerie.
Bref, ces rencontres occasionnent parfois des scènes épiques. Pas plus tard que samedi, je me retrouve avec un papy féroce négociateur (dans un genre "ayez pitié de moi"). Est-ce que j'ai mis dans mon chariot ses deux Tahar Ben Jelloun contre la promesse ferme qu'il ne tenterait même pas de se débarrasser de ses CD-ROM neufs, vierges, encore emballés, auprès de moi. Bien sûr les bouquins n'ont jamais quitté mon chariot et seront déposés dans la boîte à la prochaine occasion. Pourquoi ces salamalecs ? Pour le plaisir d'un échange rigolo, en ce qui me concerne, ce qui, bien sûr, représente un poids supplémentaire à charrier, mais hey.
Je me retrouve donc dans une situation inédite depuis des décennies : il y a un peu de place dans mes étagères. Un peu plus que l'équivalent de ma pile à lire "physique" en cours.
Ce genre de signaux qui n'ont qu'une réponse possible : j'ai de la place, ergo je peux acheter des livres.

(Quand je pense qu'il est des gens pour employer des techniques aussi rationnelles que "un entré, un sorti", ça me déprime vaguement).

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