Je voulais faire ce billet audio un peu plus tôt mais la toux et la voix cassée ont été un peu handicapantes. Alors c'est aujourd'hui. Et comme d'hab la retranscription pour qui préfère lire, ou ne peut pas mettre le son ou whatever reason vous avez de ne pas écouter. Ce qui est dommage car il y a aussi des chansons, à écouter, mais vous faites bien comme vous voulez.
C’est un peu contre-intuitif, pour une personne comme moi, d’aller assez souvent voir, ou plutôt écouter, des concerts, selon l’endroit où je me trouve dans la salle, et qui est placé devant moi. Parce que je suis une sauvageonne qui n’aime pas les foules, parce qu’il fait chaud, parce que le son est fort, parce qu’il y a plein de choses qui m’agressent un petit peu, ou qui m’agresseraient beaucoup si c’était dans mon quotidien, mais qui, là, fonctionnent. Ou en tout cas, le plaisir que j’y prends est largement supérieur à la contrainte. J’ai toujours aimé voir la musique comme si elle coulait des gens qui la font.
Je ne sais pas si vous avez vu les Get Back Sessions, ce documentaire sur des sessions d'enregistrement des Beatles, ça me fascine. On a l'impression que la musique part de leur cœur, passe par leurs doigts, leur corps, se diffuse via les instruments, qu'ils sont la musique. Et c'est ça que je cherche, c'est ça qui m'émeut énormément.
Quand j’étais lycéenne, j’avais une bande de copains qui était dans une classe, ça ne s’appelait pas CHAM à l’époque, mais ils y faisaient de la musique, on y préparait les élèves à la professionnalisation. Ces élèves fréquentaient le conservatoire en plus de leurs cours au lycée, évidemment. Je me souviens d’être allée plein de fois en salle de répèt ; on démontait quasiment le piano d’études qui était là, on enlevait tout ce qu’on pouvait enlever pour qu’il sonne à mort.
Et puis moi, je me collais à côté et j'écoutais des notes et des notes déferler. C'était comme une bulle. Et c'est un peu ça que je cherche dans les concerts.
Alors ces derniers temps, j'ai vu The Divine Comedy, il y a quelques semaines, c'était hyper chouette. Les marqueurs "Neil Hannon" était au rendez-vous. Est-ce que j'ai connecté émotionnellement ? Peut-être un peu moins que d'habitude, mais j'étais contente de le voir. L'indicateur, c'est : est-ce que j'étais exaspérée par quelqu'un dans la salle ? Et la réponse est oui, la famille derrière moi qui emmenait tous ses enfants. J'ai trouvé ça super chou. Et en même temps, les coups de pied dans le siège derrière. Les "Noé, tiens-toi bien. Les gens écoutent, tu déranges" et tout...[1]. C'était insupportable. Et si j'avais été complètement, complètement dedans, je crois que je l'aurais moins remarqué.
Et puis, la semaine dernière, je suis allée voir Sprints au Cabaret Sauvage, cette petite salle absurdement faite, et très chaleureuse néanmoins. Je pense qu'on a tous besoin de Karla Chubb dans la vie, cette meuf est folle, elle met une énergie de dingue à traverser la salle dans tous les sens, sur les mains du public qui la porte, avec sa guitare, avec son micro, en allant se commander du vin, en repartant, j'ai beaucoup de tendresse pour cette fille, et j'espère qu'elle ne va pas s'abîmer en vieillissant. C'était musicalement absolument génial. J'avais adoré leur album à sa sortie. Bref, j'ai passé un très bon moment. Si ce n'est que comme toutes les fois où je vais quelque part (il faut savoir que je ne suis pas grande du tout) il y a forcément trois mecs immenses, potentiellement avec des afros ou des coupes de cheveux envahissantes, devant moi. J'avais envie de filmer une chanson de ce concert pour quelqu'un. Et la seule façon de le faire de façon efficace, c' était d'être debout sur les banquettes. Parce que même avec deux marches de différence, il y en a un qui était juste devant et qui était encore plus grand que moi.
Et puis, c'est toujours un bon test, le Cabaret Sauvage, c'est dans le parc de la Villette. Pour ceux qui ne connaissent pas Paris, c'est tout près du Zénith. Et c'est un endroit qui est curieusement hyper inaccessible de chez moi. Ça prend à cette heure-ci au moins une heure et demi pour rentrer en transports en commun alors qu'il y a 10 km[2]. Donc j'avais laissé ma voiture au parking de la Cité des Sciences et je craignais un peu le retour parce que ça fait passer par des endroits un peu trop... calmes pour la nuit.
Et finalement, ça s'est bien passé, je suis bien rentrée et mon retour n'a pas gâché la joie du concert.
Deux jours après, je suis allée voir Searows à la Bellevilloise avec mon amie S.
Searows, je vous en avais parlé, c'était la première partie de Tamino et ce môme... J'ai entendu un jour trois notes et demi sur Deezer, dans une playlist lancée au hasard, et il m'a attrapée. J'ai une tendresse infinie pour ce môme. Je disais l'autre jour que j'étais contente de partager un peu de mon temps sur Terre avec lui. C'était magnifique. Sa première partie, Amos Heart, un mec de Portland aussi, il est arrivé avec sa casquette et son air de péquenaud, puis il a fait des blagues. Et il a joué très folk tradi, pas très loin de la folk américaine des années 60 . Ma came, l'endroit où je suis née à peu près, avec le rock anglais. Et c'est curieux parce que ses arrangements albums sont beaucoup plus complexes, mais j'ai vraiment aimé beaucoup. Et Searows... tout, tout, tout.
Je lui souhaite le meilleur à ce môme. J'ai confirmé l'impression que j'avais depuis la première seconde, parce qu'il a une voix qu'on confond facilement avec celle d'une femme, et une apparence assez androgyne. Et puis, donc il y avait quelque chose d'un peu ambigu. A la sortie de son album en janvier, il était très soutenu par Ethel Cain. J'ai eu un petit sourire à me dire que ces petites créatures jolies ne traînent pas ensemble par hasard. Et effectivement, j'ai lu quelques temps après que Searows était un mec trans, peut-être que je transfère un peu de mon affection maternelle pour ces jolies âmes tourmentées et sensibles, qui me rappellent quelqu'un qui vit à deux portes de la pièce où je me trouve actuellement.
J'ai vu aussi qu'il avait dit qu'il ne pensait pas pouvoir être trans et artiste. Et ben putain, la Bellevilloise entière à pleurer, à avoir envie de le prendre en ses bras, à accueillir tout ce qu'il avait à offrir. Je peux pas vous dire comme c'était beau.
Et c'est pour ces instants-là, rien que d'en parler, j'ai la larme qui remonte, alors que vous vous en foutez, vous n'étiez pas là, si ça se trouve, vous n'aimez même pas ce genre de musique-là, que je vais voir des concerts.

Commentaires
Qu'importe si j'aime ou pas cette musique. Ce texte est top.
Merci Catherine, c'était mon rhume, mon cerveau brumeux et ma voix malade en route libre face au micro !
Ta "voix malade en roue libre" est radiophonique as fuck, j'ai adoré, merci, merci !
Pardon, j'ai commenté avant d'avoir écouté et du coup je doublonne.
Le public de Searows est incroyablement calme ! Jamais vu ça, c'est apaisant. J'écouterai davantage le groupe en studio, j'aime beaucoup, une vibe qui me rappelle mon adolescence et un son de gratte que j'adore.
Sprints, je ne connaissais pas non plus, gros coup de cœur, les guitares encore une fois, la basse qu'on entend vraiment bien pour une fois, et sa voix, j'adore sa tessiture, elle me fait penser à une Courtney Love qui ne forcerait pas, qui serait apaisée ; ça m'enveloppe et ça me réchauffe.
Merci pour ces découvertes !
Kalys merci :)
La pauvre Karla tenait une bonne crève, elle aussi, tu ne seras pas déçue. Et le public de Searows, c'était de très jeunes bébés queer à qui il a dû expliquer le principe du rappel (a little trick to pass), tellement choux.
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