J'ai l'impression qu'il y a un énorme malentendu sur la notion de parentalité.
Le but du jeu, c'est quand même d'accompagner de jeunes êtres vers l'autonomie.
Or, plein d'enfants, dont les miens, pensent qu'ils ont gagné un service VIP 24/7 pour en faire le moins possible.
Ce qui me surprend toujours un peu, c'est que, visiblement, un certain nombre de parents sont d'accord avec leurs enfants et considèrent que leur rôle est de leur faciliter la vie au maximum et ce jusqu'à leur mort. Ils appellent ça de l'amour. Je m'interroge sur le fait que c'est une énorme terreur de perdre l'amour de leurs enfants en refusant de se soumettre à leur bon vouloir, mais mettons que je sois de mauvaise foi.
Alors on est d'accord, il y a toute une période où on fait à leur place parce qu'ils n'ont pas les capacités physiques ou intellectuelles de le faire. Ou pas la maturité nécessaire pour décider.
Mais ces capacités ne vont pas leur tomber toutes cuites dans le bec à 18 ans. Il faut donc bien, à un moment, leur apprendre.
À remplir un lave-vaisselle ou un lave-linge, le faire fonctionner, le vider, à se préparer le matin, à ramasser ce crétin d'aspirateur robot en carafe au milieu du couloir pour le remettre sur sa base, à se faire cuire des pâtes, à se couper les ongles quand c'est nécessaire, etc.
Et je vois bien, des mères, souvent, triomphantes à l'idée que nulle femme ne traitera mieux leur progéniture qu'elles-mêmes. Ou qui flippent à l'idée qu'une fois l'enfant parti, il l'oubliera totalement, peut-être. Moi je pense à mes futurs beaux-enfants et je n'ai pas très envie de devoir leur expliquer pourquoi Cro-Mi ou Lomalarchovitch ne savent toujours pas se servir d'une éponge à 52 ans.
Je suis consciente de mon environnement. Je vois qu'ils savent l'un et l'autre vider le lave-vaisselle (mais pas spontanément), qu'ils font l'un et l'autre un repas par semaine, que Cro-Mi gère son linge depuis des années, que Lomalarchovitch prend conscience de l'intérêt de ranger sa chambre une fois par semaine.
Ce qu'ils n'ont ni l'un ni l'autre compris, c'est que nous vivons ensemble et qu'il n'y a aucune raison pour laquelle ils sont exemptés de : transférer le contenu du lave-linge dans le sèche-linge même si le linge présent dans ladite machine ne les concerne pas, ranger les casseroles que quelqu'un d'autre a nettoyées, juste pour que la place soit dispo pour le prochain batch, enfin tout ce qui relève du collectif.
Dimanche, je les ai donc convoqués pour La Grande Conversation. Enfin, ils étaient déjà assis à mes côtés.
Je leur ai donc expliqué qu'ils étaient arrivés à ce stade de leur vie où ils sont l'un et l'autre (l'un certain, pour l'autre, c'est un débat, le plus grand étant à mon avis le plus petit) plus grands que moi, aussi forts. Que leurs gros cerveaux fonctionnaient suffisamment bien pour ces tâches dont la seule valeur ajoutée est de faciliter la vie de l'ensemble des habitants de la maison. Et que donc, en tant qu'habitants, ils étaient priés de ne pas s'occuper seulement de leurs tâches de base mais de participer au même titre que moi à la vie du groupe (mise à jour de la liste des courses, rotation de la vaisselle calée sur le besoin réel et pas leur espace de cerveau disponible, remplissage des bouteilles d'eau vidées pendant le repas avant de les remettre au frigo, ramassage des vomitos des chats, remplacement du PQ, etc.) Que j'étais leur mère, être pensant et aspirant à être non seulement considérée comme un humain, mais aussi à faire autre chose que de la logistique domestique.
Et qu'à la différence de clients d'un hôtel, ils étaient tenus de participer à la vie de la communauté.
L'un a regardé le vide d'un air de poisson mort, signe clair chez lui qu'il ne se sent pas du tout concerné.
L'autre m'a répondu : mais les clients d'hôtel aussi vivent en communauté.
(À quoi j'ai répondu : tais-toi, petit con.)

Commentaires
Tiens! on parle de mes petits fils ici!
anthom pour être parfaitement honnête, je suis à peu près certaines que j'en faisais moins qu'eux à leurs âges. (Et mon frère pareil.)
En tant que papa, je me retrouve (encore une fois) dans ton écrit.
Perso, j'ai la grande crainte qu'ils soient aussi nuls que moi alors pour leur apprendre, je leur intime de faire, je range pas leur trucs... Mais j'ai la chance d'avoir des gars un peu maniaques.
Et sinon, pour jouer au p'tit con, sans offense, tu as ton petit niveau je pense, tu lui a pas demandé au petit malin s'il était prêt à payer comme les clients de l'hôtel pour avoir la même vie communautaire qu'eux ?
Les pauvres : ils devaient être en mode " Hibernons, que la rafale Maman passe ! De toute façon, elle redevient toujours cool après". Tu as bien raison de leur ouvrir les yeux. Mes miens, ils sont pareils, et maintenant presque tous ailleurs. Y a que chez Pennac que Kamo cuisine le gratin dauphinois, serpillecet se débrouille comme un chef.
sLeAbO cet humour douteux ne sortant pas de nulle part, effectivement, il a droit à des réparties de l'extrême régulièrement.
Catherine je te jure qu'ils sont assez loin de la maltraitance, même quand je leur passe un savon ! (Chez Pennac les familles sont toujours merveilleusement dysfonctionnelles et idéales à la fois !)
Il doit y avoir moyen de bricoler un bracelet électronique à partir des colliers électriques anti-aboiements pour chien… une petite décharge à chaque laisser-aller ⚡️ Et hop ! C’est réglé 🤭
Orpheus génie !
Oh bah dis donc !! Serait-ce générationnel ? Pourtant j'ai l'impression de leur avoir donné toutes les clés pour être autonomes. La seule "difficulté" que j'ai régulièrement c'est de ne plus en pouvoir du bordel ambiant, du panier de linge qui déborde et donc je craque et fait "à la place" de mon petit dernier qui vient de fêter ses 22 ans et recherche (peu activement à mon goût !) un boulot... Il occupe quand même 2 chambres et laisse traîner ses affaires un peu partout... Mais quand sa grande soeur et/ou son grand frère viennent, ils ne sont pas plus aidants... C'est tellement pratique... J'ai déjà entendu (pas dans leur bouche ouf !) "La maman c'est la seule machine qui lave le linge et le repasse" !! Perso, les "grandes conversations" ne donnent rien sur la durée et je n'ai pas encore trouvé la formule magique... Je ne désespère pas (encore ??)... Mais nous y arriverons sans doute un jour...
Lysa je n'ai pas souvenir d'avoir été tellement mieux qu'eux à leur âge, je ne crois pas que ça soit générationnel. Juste une forme de lien qui s'installe dans leurs premières années et perdure.
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