Samedi dernier j'étais en vadrouille ciné - solo - puis duo - photo - discussions. Pardon pour la voix, j'ai fait ça quasi au saut du lit, sinon je ne sais pas si j'aurais fait (manque de temps, petit questionnement sur la nécessité de partage).
Pour celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas mettre le son, voici ce que j'y raconte :
Samedi, je sortais du Forum des Halles où j'avais vu The Plague, et où j'ai dû en catastrophe m'acheter une casquette parce que j'avais rendez-vous Place du Châtelet et qu'il pleuvait. Et puis, à peine dehors, j'ai évidemment sorti mon appareil photo. J'aime bien, en photo de rue, ne pas chercher forcément la photo extrêmement spectaculaire, mais juste attraper ce qui m'attrape, l'œil à moi.
Et parfois c'est tendre, parfois c'est moqueur, parfois c'est documentaire, parfois c'est raté, parfois c'est réussi. Il y a deux photos[1] dans cette série que j'aime vraiment beaucoup, que je suis contente d'avoir faites.
Évidemment j'ai jeté celles que je n'aimais pas du tout. Je ne vous ai pas infligé la soirée diapo façon années 70, enfin je n'espère pas.
Il faisait les quatre saisons, il a fait gris, pluie, puis grand soleil, puis des nuages. Et comme vous l'avez aperçu, on avait émis l'idée avec la personne avec qui j'avais rendez-vous d'aller voir la caverne de JR sur le pont Neuf. Pour quelqu'un qui aime bien se lancer des défis sur l'exposition, j'ai été abondamment servie puisque j'ai vu... la caverne avec abondance de soleil, puis un gris plombé, puis entre les deux. Va pour mon grand projet de bien exposer à la prise de vue, de façon à avoir le moins de développement possible à faire, car je suis une feignasse, il faut le savoir, et ça vaut en photo comme pour le reste.
C'est évident dans la théorie, dans la pratique, c'est un petit exercice... pour lequel il faut accepter de se planter beaucoup. Et parfois, de temps en temps, de sortir à peu près ce qu'on avait envie de sortir. En tout cas, c'était une très chouette promenade sous tous les temps. On a parlé d'art pas mal. Je vais aller plus loin dans le billet en dessous de la vidéo. Tout le monde s'en fout, donc ne lisez pas si vous ne voulez pas.
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L'art, donc.
Je crois qu'au-delà des œuvres même, ce que je cherche c'est le regard singulier de l'artiste sur le monde. Pour plein de raisons. D'une part je n'en peux plus de ce monde où on se conforme le plus possible pour avoir l'impression de mériter sa place. J'aimerais que les gens n'aient pas besoin de croire en une idée dominante pour chaque instant de leur vie. J'aimerais les voir scintiller (ou pas) tels qu'en eux-mêmes, chacun guidés par l'acceptation que l'autre n'a pas besoin d'être comme nous pour que la vie fonctionne. Juste, qu'on fasse gaffe les uns aux autres et qu'on se donne le loisir d'être, tout bêtement.
En attendant, les artistes. Leur regard. Je crois qu'il y a quelque chose de l'ordre de la reconnaissance, dans ce qui me porte. Ah. D'autres weirdos qui ont dû se sentir seuls plus souvent qu'à leur tour. Et puis une façon de ne pas chercher la reproduction de la réalité, mais une interprétation personnelle, emplie de tout ce qu'ils sont.
Mon rapport à l'art, il y a dedans ce qui me tient debout, mais il tient aussi de la faim impossible à rassasier. Chaque œuvre qui m'attrape est une porte ouverte vers d'autres, à l'infini. Ces dernières années j'ai pu pour la première fois de ma vie explorer, découvrir, rattraper avec avidité, sans freins autres que le temps et les euros.
Mais : ça isole. Je vois bien que la plupart des gens ont un rapport à la culture qui tient du divertissement. Les gens qui te demandent une idée de film ou de livre mais "pas trop intello" ou "cérébral".
Ça se trouve comment, l'équilibre entre savoir fonctionner avec les gens de la vraie vie et ce à quoi on aspire, l'envie de partager, de s'enthousiasmer à plusieurs ?
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Je réfléchissais hier à ma conversation de samedi avec ma compagne de promenade. Art, famille, amour. Famille. Occupation du moment. Je repensais à Father, Mother, Sister, Brother de Jim Jarmusch. Ce film, il raconte quelque chose de très fin sur le moment où les enfants ont avec leurs parents des rapports adultes. Comment cet amour éperdu qu'on a pu, si on a de la chance, avoir eu pour eux, nos seules boussoles, nos points d'ancrage, peut continuer quand on se rend compte qu'ils ne sont que des humains, avec leurs névroses, leurs angoisses, leurs loupés. Ce que ça nous a fait. On a envie de les aimer avec la même pureté, on s'agace qu'ils nous en empêchent. Ou au contraire, on a des comptes à régler. Ou on leur planque qui on est, comme on a l'impression qu'ils ne nous ont pas dit tout sur eux.
Ce film, c'est curieux, il continue à infuser en moi, des mois après et là, de retour du boulot, j'étais posée avec un chat sous chaque main, je regardais le merveilleux documentaire, Rolling in Paris, que Léa Rinaldi a consacré à la partie parisienne du film.
Et paf, la révélation.
La gardienne d'immeuble dans le film de Jarmush, c'est Françoise Lebrun, Veronika dans La maman et la putain, que j'ai vu très récemment. Dans le mauvais ordre pour l'identifier chez Jarmusch. Enfin ce regard triste, cette voix qui a un peu changé, mais pas tant, oui, ça m'évoquait quelque chose quand j'ai vu le plus ancien des films, mais bon. Je n'ai pas cherché plus loin et plus de cinquante ans ont passé entre les deux. Elle a changé. Pas tant.
Et mon Jim (je l'aime tellement que oui, une fois de temps en temps, c'est "mon Jim") de la remercier d'avoir mis ses molécules dans le film.
Un univers s'ouvre à moi. Je prends pleinement mesure de l'amour du cinéma de ce mec, je me rends compte qu'il y a tant de minuscules hommages que je n'ai pas vus, encore, en plus de ceux que j'ai déjà reconnus. J'ai envie de re-revoir tous ses films, d'examiner tous les plans, d'y chercher les pépites presque invisibles. Le montré/caché, en plus, ça me parle tellement. Combien de personnes font le lien ? (Ne vous moquez pas, les vrais cinéphiles pas dilettantes, dotés de savoir et de mémoire. Rien n'abimera la merveille qu'était cette révélation, hier soir.)
Plus je lis, vois, écoute, plus je me rends compte que c'est minuscule à côté de ce qu'il y a à lire, voir, écouter. Ça fait plus que me tenir en vie, ça m'excite, ça me donne envie. Et tant pis si la tâche est impossible à finir, tant pis si je meurs avant d'avoir fait le tour.
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Lundi, au bureau, pour des raisons que seul le monde du travail en 2026 peut expliquer (et encore), je me suis retrouvée à manger des chipolatas sous la pluie, habillée de blanc. En résumé. Juste avant on avait fait un Burger Quiz à 500, dans le théâtre en face.
J'ai vu pas mal de gens dégaîner ChatGPT pour tenter de répondre, en se plaignant que les questions étaient cheloues.
Mal au monde, mal au monde, mal au monde. ChatGPT versus l'intelligence débile de l'humour absurde de Chabat et ses auteurs.
Envie de soupirer : ça n'est pas un jeu pour gagner, c'est un jeu pour pétiller des neurones, et rire.
Merde.
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Heureusement, samedi, hier soir, l'art.
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J'allais vous mettre un morceau de SQÜRL parce que mon Jim. Lien logique. Mais j'ai écouté ça, hier soir. C'est beau. Cadeau.
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(Et après un billet fleuve et décousu, la meuf trouve que ça ne vaut plus la peine d'écrire, tellement, vu que personne ne va lire ce billet jusqu'au bout, ou le trouver bizarre, enfin bref.)
Note
[1] Je vous laisse deviner lesquelles !
Commentaires
J'ai lu jusqu'au bout, j'ai rien noté de bizarre.
Bizarre…
Alain K. merci. (J'ai éclaté de rire en te lisant, merci pour ça aussi.) Oui, heureusement il y a les quelques avec qui on se comprend, hein ?
Lou bu bizarre, ah non, lu, bout bizarre :-p
Franck arf. C'est dans ces moments que je chéris ma tribu d'atypiques en tous genres.
Bizarre ? Ahhhhhh ! D'où ? Doux. Pis y a un infini dans le titre alors 😎
J'ai loupé le Jarmusch quand il est passé en salle hélas, hâte de me rattraper. Tout comme La maman et la putain que je n'ai toujours pas vu malgré le morceau de Diabologum…
Même ressenti sur l'impression de manquer de temps pour tout découvrir, lire écouter voir s'émouvoir des œuvres créées. L'envie de ne faire plus que ça, de se nourrir d'art, légèrement incompatible avec le besoin de ramener des sous. Bref.
Très beau morceau de Mary in the Junkyard !
Je l'ai lu jusqu'au bout, et ai décidé il y a un moment que le terme “bizarre” était inopérant, au mieux. Bises, copine.
Tomek, oh oui, ne plus faire que ça. Quel beau rêve.
Anna ben heureusement qu'il y a les gens que j'aime !
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