Après quelques années à déverser à flots, j'écris peu, tout est bloqué, encore en cours dans ma tête, pas abouti, pas mûr, pas prêt.

J'ai un manque d'envie d'ajouter au bruit ambiant des tâtonnements stériles.

Aussi, cette envie d'aller à l'os. Pas un sujet de conversation très populaire. C'est pas marrant, les gens qui parlent de l'essence de l'humain, de l'angoisse, de la mort qui viendra, au lieu de faire comme tout le monde, poster des photos de chats, du léger, du divertissement.

C'est-à-dire que je n'ai pas envie de me divertir. L'idée des choses conçues pour nous faire oublier ce qui pèse me met dans des états de colère et d'angoisse mêlées. Vous me faites flipper, tous (pas vous spécifiquement, lecteurs et lectrices d'ici, les gens qui occupent suffisamment du reste du monde pour qu'on fasse pour eux, pour le plus grand nombre). Bien sûr qu'on peut rire, s'étourdir à danser toute la nuit, ça n'est pas la question.

Mais il y a quand même deux trois sujets dans l'air qui, si on en détourne le regard, se rapprochent de nous comme des Weeping Angels.

Don't blink.

Please, don't blink.

Ça n'a pas l'air d'avoir un lien évident (et pourtant) mais au nombre de mes pensées en mouvement, pourquoi cette terreur de l'humain d'être qui il est ? Qu'est-ce qui nous fait flipper au point de passer une vie entière à se conformer aux attentes d'une société plutôt qu'à vivre ce qu'on a à vivre ?

Pourquoi on passe tous et toutes une si grande part de nos vies à se détester, à penser qu'on est trop, ou pas assez ?

C'est assez étonnant, quand on y songe. Qui serait le modèle puisque personne ne parvient - au regard de son propre regard - à s'en rapprocher ?

Globalement assez peu d'humains commettent des meurtres, des génocides, des horreurs telles qu'on puisse se dire sans l'ombre d'un doute que c'est une sorte d'incarnation du monstre absolu. Assez peu sont des héros, des géants dont le nom restera quelques siècles. Pour l'essentiel nous sommes un mélange, avec nos bons et nos mauvais moments, chaotiques et neutres.

Occupés à nous trouver "pas assez bien pour" le plus clair de notre vie. À mettre en place mille et une petites et grandes stratégies pour nous valider, nous rassurer sur notre valeur et la peine qu'on mérite (ou pas).

Je disais l'autre jour à Anna en commentaire que la validation (d'un apprentissage) n'a de valeur que quand on se la donne, nous. Un million de personnes peuvent nous dire qu'on est bons pour une chose ou une autre, on ne les croira pas tant qu'on n'a pas, nous, tout seuls, face à nous, décidé que oui, ça on l'avait fait. Pas être autosatisfaits, juste se donner le crédit d'une compétence qui nous sert à pousser le bouchon plus loin, aussi loin qu'on décidera de le mener. Dans un étrange mélange de douleur et de plaisir.

C'est, je crois, en tout cas ça l'est pour moi, la même chose pour le regard qu'on porte sur soi. Tant qu'on n'a pas trouvé en soi le truc qui nous fait dire que, et merde, ça va, suffit de s'accabler comme ça, j'essaie d'être une bonne personne et l'immense majorité de mes actions me mènent dans ce sens, aucune autre forme de validation ne viendra combler ce gouffre. On s'en donne l'impression parce que sinon, à quoi bon, mais, my two cents, si on ne peut pas se supporter autrement que par la béquille que représente(nt) un ou des autres, leur regard, leur présence autour de nous, c'est qu'il reste un gros boulot.

Effet corollaire : aimer les gens dans la réalité de la relation qui nous lie à eux et pas comme nécessité à être en vie ou symboles d'un accomplissement personnel. Etre choisi pour soi et pas pour nos capacités à bien tenir la barque quand l'eau tangue, la main quand la larme coule.

Je dis ça, moi, la fille qui, il y a un peu plus de quinze ans, a failli voler en éclats parce qu'on m'a expliqué que personne, c'était mieux que moi. Et c'est comme un certain nombre de choses dans la vie. Un jour (je vous le souhaite), on trouve l'interrupteur. On coupe ce flux. Et parfois des pensées remontent à la surface mais c'est de plus en plus facile de leur échapper. La Bavarde devient muette, ou commentatrice ironique mais plus malveillante. Et on se demande comment on a fait pour ne pas trouver avant.

La mauvaise nouvelle, c'est que ça ne veut pas dire être heureux.

Ça veut juste dire se foutre la paix, se rendre disponible pour vivre sa vie à soi, pas une autre, à passages obligés et marqueurs de réussite imposés.

Au fond c'est peut-être pour ça que tant de gens ont peur de mourir (moi, ça serait de ne pas mourir, qui me ferait peur. Heureusement je ne suis pas menacée.) Pas par terreur du fait de ne plus exister, mais par celle d'avoir vécu une autre vie que la leur.

Parce que ça fait plus peur d'oser notre propre singularité.

Et puis on finit par apprendre que ce qui vaut le coup commence par être épouvantablement effrayant.

Dali, unique, intrigant, sur la place Stravinsky à Paris.

Commentaires

1. Le samedi 3 octobre 2026, 23:08 par Kalys

♥

2. Le dimanche 4 octobre 2026, 08:04 par Sacrip'Anne

Merci Kalys d'avoir laissé une trace ici. On dirait que le monde préfère les photos de chats. Le monde va encore être déçu.

3. Le dimanche 4 octobre 2026, 09:53 par Anna

Cette chanson est une de mes préférées du monde de l'univers.
Et j'aime te suivre dans tes réflexions. Davantage que je n'aime les photos de chats, d'ailleurs. :-)

4. Le dimanche 4 octobre 2026, 09:58 par Anna

Tiens, je rajoute une version instrumentale que j'adore.

5. Le dimanche 4 octobre 2026, 11:14 par Franck

Chaotic neutral social club member* \o/

  • Et des bises et toutes ces sortes de choses ;-)
6. Le dimanche 4 octobre 2026, 11:57 par Sacrip'Anne

Anna comment ne pas l'aimer ? Alors en ce qui me concerne, j'aime bien les photos de chats, j'aime juste pas l'idée d'en faire la seule façon d'avoir des interactions sur internet. Quand aux réflexions, faut faire gaffe, on va tous finir en anarcho punks qui n'en ont plus rien à foutre, un coup à mettre le capitalisme et le fascisme à terre d'un seul coup.

Franck des bises aussi copain ! (et oui, putain. Qu'on nous laisse au moins un peu de libre arbitre, bordel !!)

7. Le dimanche 4 octobre 2026, 13:51 par Orpheus

« ça serait de ne pas mourir, qui me ferait peur » > mais tellement ! T’imagines le truc, une éternelle petite déchéance en pleine conscience du délabrement environnant… THE HORROR ! 😱

8. Le dimanche 4 octobre 2026, 17:26 par Sacrip'Anne

Orpheus mais tellement. Et même le souvenir de ceux qu'on a aimés et perdus qui s'efface à force d'infini.

9. Le lundi 5 octobre 2026, 11:19 par la souris

Je pensais avoir actionné l'interrupteur, mais manifestement il se remet tout seul en sens inverse, comme un disjoncteur un peu trop sensible…
Encore de la team qui a peur de mourir sans avoir vécu tout ce qu'elle avait à vivre, aussi intensément qu'elle aurait pu. Au lieu de me galvaniser, on n'a qu'une vie, cette idée me paralysée et m'ôte de l'énergie pour m'attaquer à de nouveaux apprentissages. Bref, le cul entre deux chaises, occupées par un chat qui fait la loutre.

10. Le lundi 5 octobre 2026, 13:47 par Sacrip'Anne

la souris il faut dire que les circonstances ne te sont pas très favorables, en ce moment. Ca n'aide ni à la sérénité, ni au recul, et c'est bien normal.

Je dirais que sur la partie "mourir sans avoir tout vécu", à ton âge, c'est normal. Au mien, si je ne me donne pas plus de mal que ça pour les vivre, c'est sans doute plus l'idée que j'aime que l'expérience elle même. Et puis je sais que c'est impossible.

Mais tu sais quoi ? Ca ne veut pas dire qu'on doive tout arrêter tout de suite alors profitons comme on peut.

11. Le mercredi 7 octobre 2026, 10:28 par Asa

Merci pour ces posts. C’est salutaire de lire des blogs qui appuient là où ça où grince et c’est pas agréable et pourtant à la fin de la lecture je me suis sentie plus vivante.. Et la vie c’est pas juste des photos de chats mignons (ça se saurait sinon..)Je crois que même avec blocages et autres arrangements il y a toujours des gens qui ne pourront jamais s'empêcher de chercher quand même. Je ne suis pas sûre que l’on te lise par hasard..

12. Le mercredi 7 octobre 2026, 15:14 par Sacrip'Anne

Oh Asa merci un million de fois pour ce commentaire. Ca me touche très très fort.

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