Si vous ne me trouvez pas, je suis probablement en train de regarder une vidéo avec Albert Moukheiber. Ou de lire un de ses livres. Ce mélange d'intelligence, de drôlerie pince-sans-rire, de sensibilité à l'humain, aux humains, je trouve ça irrésistiblement sexy (dans un sens non sexy, calme toi Orpheus !)

Dans l'une des nombreuses vidéos que j'ai vues récemment, il parlait de l'absurdité de penser qu'une décision strictement rationnelle était meilleure qu'une décision qui aurait impliqué des émotions. Que les émotions, étymologiquement, c'est ce qui nous met en mouvement. Qu'elles sont un retour du monde sur nous qui nous interroge : est-ce que je suis ok avec ça ? Il expliquait que la pensée rationnelle, privée des émotions, était une très mauvaise "decision-maker" (son français chantant mêlé d'anglais me ravit aussi, tant pis pour tous les puristes de tous genres). Quand on est sans émotions, on est atone, amorphe, on se fout de tout et donc on ne décide de rien[1].

Ce qui ne veut pas dire que les émotions ne peuvent pas avoir un impact négatif dans la prise de décision. Nuance. Équilibre.

Ça me ravit parce que depuis quelques années, j'apprends. À laisser retomber la colère avant de prendre des décisions, par exemple. Pas à l'effacer, enfin la raison pour laquelle je l'ai été, pas à la nier, juste revenir à un endroit où je peux envisager les faits objectifs, leur impact sur moi, la part d'interprétation dont je dois me méfier et celle d'intuition à laquelle je peux un peu me fier.

J'ai l'impression qu'Albert vient de me filer une médaille en chocolat. C'est cool. (Chocolat noir parce que quitte à ne pas le connaître je peux lui prêter des goûts impeccables en matière de chocolat.)

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Pour en revenir à la puissance des émotions ou son inverse, je ne compte pas le nombre de gens qui me trouvent trop intense. C'est marrant parce qu'ils ne se disent jamais que je les trouve, moi, très atones. Parfois très chiants avec leurs émotions tièdes et timides.

Peut-être que je suis au réglage qui m'est propre et eux au leur, et qu'il n'y a pas besoin qu'on soit tous pareils, que même, le monde se porte mieux d'une certaine diversité ? Et si mon intensité leur fait peur parce qu'ils s'imaginent qu'elle me fait le même effet qu'à eux, je ne les oblige pas à la ressentir, merci donc de ne pas me faire entrer dans vos cases chiantes. Parce que moi ça me tuerait d'ennui de ressentir tiède.

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Revenons-en à Albert.

Il parle régulièrement du développement personnel en mal, pour dire que beaucoup de gens dépensent beaucoup d'argent et beaucoup d'énergie pour devenir une "meilleure version" d'eux-mêmes, un outil ou une recette de quête de bonheur, d'un sens caché de la vie qui mettrait tous les éléments en place. Ce "travail sur soi" est donc non seulement voué à l'échec puisqu'il ne révélera pas un secret mystérieux caché du monde (contrairement aux lunettes qui nous permettent de corriger la vue simplement en les posant sur notre nez). Le plus simple reste, finalement, de vivre la réalité, le présent, plutôt que de chercher à atteindre un futur hypothétique, chimérique.

Ça résonne assez fort avec l'endroit où j'arrive, ces dernières années. Je n'ai pas l'impression de travailler sur moi mais avec moi. En toute conscience que ça ne va pas déclencher d'événements magiquement heureux. Mais j'ai vu, là où mes fonctionnements récurrents étaient suffisamment douloureux pour que j'essaie de prendre du temps à les dégoupiller, et vivre mieux ce qui se présente. Et pour le reste, je suis qui je suis et ma foi, assez confortablement installée avec les cartes qui m'ont été données, dans l'ensemble.

Ce petit chemin, il me sert à sortir d'une boucle qui a des effets désagréables pour moi, pas à atteindre une "version" de moi qui serait différente, à l'abri de tout - surtout de la vie, quelle horreur.

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Je n'ai jamais été attirée par l'idée de voir quelqu'un, comme on dit pudiquement. Je passe assez de temps en dialogue intérieur, et puis ça ne m'a jamais paru quelque chose d'aidant pour moi, bref, c'est comme ça. D'autres n'aiment pas les choux de Bruxelles, on a tous nos routes à tracer.

Mais parfois je m'imagine m'asseoir dans le bureau d'Albert, lui dire "vous savez, je crois que je ne vais pas trop mal, au final. Je fonctionne suffisamment bien pour apprécier le doux, je ne suis pas effrayée à l'idée d'être parfois triste, parfois malheureuse, d'avoir retrouvé le moyen de fabriquer de la joie, d'être poreuse aux émotions."

Peut-être qu'il rigolerait en me demandant ce que je viens faire ici, alors. Et je lui dirais que j'avais l'impression qu'il comprendrait ça mieux que bien des gens, et que ça faisait du bien, parfois, d'être compris(e). Et merci pour la consult, bisous.

Mon cerveau.

Note

[1] Repasa qui tu sais de mon entourage familial.

Commentaires

1. Le vendredi 16 octobre 2026, 11:05 par Orpheus

J’ai réagi de façon très émotive à ce tir dès le premier paragraphe : « m’enfiiiin ! », me suis-je exclamé.
Terriblement incompris, je suis… et un poil drama-queen aussi…

2. Le vendredi 16 octobre 2026, 11:09 par gilda

En tout cas le "sexy dans un sens non sexy" m'a bien fait rire, merci les amis de rendre un peu joyeux ce jour de congé dont je bénéficie.
Et merci pour l'indication, car je ne connaissais pas le travail de ce monsieur et ça a l'air fort intéressant.

3. Le vendredi 16 octobre 2026, 11:29 par Sacrip'Anne

Orpheus c'est à la drama queen en toi que ça s'adressait ! (et je ne résiste que peu au comique de répétition.) Vas-y tu as rigolé un peu quand même, j'espère ?

Oh gilda je suis presque certaine que tu vas l'apprécier ! Profite bien du jour off !

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