La vie et toutes ces sortes de choses

jeudi 20 novembre 2025

Here comes the sun

Ceux qui ont fredonné "doo-doo-doo-doo" en lisant mon titre ont toute ma tendresse.

L'autre matin, je ne sais plus lequel, lundi ? mardi ? j'étais sur le toit du bureau à boire mon café et à prendre des photos. Gammes techniques et tentatives vaines d'attraper mes émotions au passage. Gros programme pour un début de journée, mais routine indispensable - sauf si la météo l'interdit.

Des toits parisiens, de la fumée qui sort des cheminées, surtout du gris mais aussi un peu d'ocre poudreux du soleil qui se lève derrière.

Depuis l'arrivée brutale du froid, vous marchez, innocents, dans la rue, sur un sol sec, pendant que j'exerce mes piètres talents de patineuse non artistique sur le rooftop[1].

C'est assez étrange, à vrai dire, et je ne m'habitue pas du tout pendant l'hiver, à cette sorte de décalage de perception de la météo qui se joue le temps de quelques étages en ascenseur.

Bref.

C'était le début de semaine, je m'apprête à descendre et reprendre le cours de ma journée de bureau et l'ascenseur s'ouvre sur deux types qui avaient oublié d'appuyer sur le bouton pour s'arrêter avant le toit. Une science compliquée, les ascenseurs, dans notre immeuble, ne les blâmez pas.

La lumière se dore légèrement, juste avant le lever du soleil, au dessus des toits parisiens.

Je les salue et leur dis que, dommage, à quelques minutes près ils ont loupé le lever du soleil.

Casquette le plus bavard me répond que bah, ils ont l'habitude, ils sont souvent sur des chantiers à l'heure où le jour commence.

Je lui réponds qu'il ne faut pas s'habituer aux belles choses, voyons.

Le soleil quasi sorti de derrière l'horizon. Au dessus, quelques nuages dessinent une forme d'oiseau géant.

Et puis ils descendent et je me dis que c'est bien un truc de vieille blanche privilégiée à emploi de bureau, ma remarque. Pour moi, on touche à un mélange de frisson métaphysique, à la joie du cahier neuf le jour de la rentrée (celui-là même qui sera raturé dès la première heure de cours), à des pensées, intimes ou pas, certaines partagées dans les minutes qui suivent, d'autres qui resteront à l'intérieur de moi. C'est un moment pour moi, absolument seule - solitude choisie. C'est aussi un moment que je peux choisir de ne pas vivre, si la météo est vraiment contre moi, notamment.

50 nuances de gris dans le ciel et sur les immeubles. Dans une trouée de nuages on devine la lumière dorée du soleil levant.

Pour eux, avant la beauté, ça peut être un décor de boulot usant dans des conditions difficiles, dangereuses. De longues heures à tenir, encore.

Quoi qu'il en soit, je ne m'en lasse pas.

Note

[1] Je ne sais pas marcher sur un sol glissant, je n'y peux rien, c'est comme ça, foutez-vous de moi si vous voulez.

mardi 18 novembre 2025

Do it the feline way

Mes rapports avec les chats de la maison sont un peu tendus en ce moment.

Suite à des provocations répétées et un comportement nocturne de type casse-ovaires, je les ai exclus de la chambre quand je n'y suis pas ET la nuit.

Ces crétins, qui ont mis des semaines à comprendre comment fonctionnait la chatière, cherchent maintenant à la forcer alors qu'elle est bloquée fermée.

Par ailleurs, suite à une série d'événements qu'on pourrait désigner par "y a rien qui va", j'ai une patience limitée vis-à-vis de leur insistance. Donc ils se sentent mis à l'écart et adoptent un comportement fait pour moitié de bouderie ostensible et d'appels dramatiques à la réconciliation.

Ca se traduit donc par : me sauter dessus à quatre pattes dès que je suis posée quelque part, tenter à tout prix d'écarter le livre que j'ai le mauvais goût de lire au lieu de les contempler, notamment. Ou encore, se planter devant moi et me regarder fixement pendant 10 minutes (enfin jusqu'à ce que je cède et concède la caresse attendue). Va regarder "Wednesday" avec un chat noir qui te regarde comme s'il allait lire ton âme...

Bref, tout ça m'amenait à un constat étonné auprès de Cro-Mi : quelle drôle de conception du monde ont ces animaux qui pensent qu'ils peuvent littéralement nous marcher dessus ? Mon aîné m'a rappelé à juste titre que les fourmis, les chiens, enfin bref, plein d'autres animaux en font de même.

A quoi je lui ai répondu que certes, mais que tu t'imagines, toi, voir une vache sur ton passage et, au lieu de la contourner, lui grimper dessus pour passer de l'autre côté ? Pas une minute !

Cet enfant dont l'âme est résolument plus scientifique que la mienne, me rappelait qu'on a quand même grimpé sur des animaux pour se déplacer plus vite. J'objecte que certes, mais que c'est utilitaire, pas pour économiser trois pas.

On a fini cette discussion en se demandant si les chevaux, chameaux, éléphants, tenaient des réunions pour s'étonner des idées étranges qu'on les humains de les chevaucher, comme si EUX faisaient pareil sur des crocodiles pour s'économiser une traversée de fleuve.

Démons domestiques : Maïa le chat noir à gauche, Obiwan le chat roux à droite.

(Martha était la chienne de Paul McCartney)

mardi 11 novembre 2025

Bravo les lesbiennes !

Après la visite de l'expo consacrée à Colette à la BnF, il y a quelques semaines, j'ai, absolument sans le faire exprès, vécu un week-end thématique : art queer et représentation lesbienne.

Affiche de l'exposition consacrée à Colette sur le parvis de la BNF, on la voit jeune et impertinente.

Une citation de Colette sur le fait d'accepter la vieillesse.

Et tant mieux, parce que la visibilité, justement, elle manque (n'en déplaise à ceux que ça défrise).

Dans le fameux ciné où l'on rencontre d'adorables vieilles cinéphiles et des drama queen hors d'âge, j'ai vu, pour commencer ma série "double film", La petite dernière, film de Hafsia Herzi, adapté du roman de Fatima Daas. Il s'agit de l'histoire de Fatima, lycéenne en banlieue - pas les banlieues chics, on s'en doute, qui se découvre lesbienne et cherche à trouver son chemin entre ses désirs, ses amours et sa religion.

J'en ai croisé quelques unes, des Fatima, l'une d'entre elles a eu un moment ses habitudes sur mon canapé, et à chaque fois cette question. Jusqu'à quel point peut-on tout concilier, peut-on exister en tant que soi "entière", dans un monde qui trouvera toujours qu'on a quelque chose qui ne va pas ?

Et puis dimanche sur l'excellente idée de Llu, nous sommes allées voir l'exposition "Nous autres" au BAL pour y découvrir le résultat des entretiens entre Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini, avec un bout d'expo consacré également à Carla Williams.

Donna Gottschalk

C'était un incroyable moment suspendu, entre conscience de ce qui a avancé et qui reste, toutefois, si fragile, émotion à distance d'espace et de temps.

Si vous pouvez, allez la voir, ça finit le 16 novembre mais ça vaut la peine de trouver un petit moment.

Photo de Donna Gottschalk qui tient une pancarte sur laquelle est écrit : I am your worst fear I am  your best fantasy

Qu'il s'agisse de ses souvenirs personnels ou de son militantisme, la jeune Donna et celle qu'elle est devenue touchent au cœur. Je suis, depuis, plongée dans le catalogue de l'exposition, les yeux et le cœur encore plein des images et des mots qui tracent son histoire.

Autoportrait de Carla Williams

Bande son obligatoire du billet

vendredi 7 novembre 2025

Pics

Un peu plus de deux mois maintenant que je ne vais nulle part ou presque sans mon appareil photo.

Je suis archi fan de son ergonomie générale. L'accès aux différents menus/réglages y est super simple, résultat des courses, je shoote presque tout, tout le temps, en manuel, ce qui implique que je progresse un peu techniquement. Voilà, il suffisait d'attendre, le bon appareil, le bon moment[1].

Je regardais l'autre jour une photo de Sean Tucker qui m'a fait réaliser des choses (peu flatteuses) sur ma pratique en matière d'exposition. Alors en ce moment, je fais des gammes sur l'exposition, soit avoir le rendu le plus près possible de la réalité, soit celui le plus près possible de ce que je veux, et, vous me connaissez, en m'ajoutant des difficultés improbables de type grosse source de lumière en vedette (hello, sunrise).

Gammes sur l'exposition : un lever de soleil sur le toit de mn bureau.

Gammes sur l'exposition : lever de soleil vu de la fenêtre de ma cuisine. Ou de mon salon.

Gammes sur l'exposition : la pleine lune vue de mon salon, avec les fenêtres des tours allumées pour certaines et l'éclairage urbain rose orangé au sol.

Gammes sur l'exposition : nuances de gris et touches de couleurs sur les toits parisiens un matin de sale temps.

Gammes sur l'exposition : un arbre dans le début de nuit, éclairé par un lampadaire.

Le tout ayant un intérêt mitigé pour le reste du monde (c'est le principe des gammes) mais assez fort pour moi : mieux maîtriser, automatiser et accélérer dans ma tête le process : sujet / angle / réglage le plus favorable. Pour, par exemple, avoir de la marge de réaction pour plus de netteté sur le baiser, dans cette scène.

Un couple qui s'embrasse au coin de la rue d'Amsterdam, vue entre les passants qui me passaient devant.

Curieusement, ça me procure pas mal de joie.

Donc je continue.

Note

[1] Je suis une fervente partisane du choix de l'outil bien foutu qui donne envie de s'en servir plutôt que de l'entrée de gamme décevant qu'on finit par délaisser pour cause de peu d'efficacité, et ce dans tous les domaines.

mercredi 5 novembre 2025

L'impossible quête

Il n'aura échappé à personne que je ne suis pas dans le meilleur des états en ce moment. Que personne ne panique : je fonctionne. Pas très sûre de ce que je fous là, mais là.

J'ai l'impression de vivre au milieu d'un énorme mensonge collectif.

Tout le monde aspire au bonheur ; je ne vois pas comment il est possible.

Le bonheur, c'est un état agréable pendant lequel on se réjouit de l'assouvissement de ses besoins principaux.

Bon - déjà le fait qu'on va tous crever, ça met un petit coup de matraque dans le joli bonheur. La plupart des gens ont la trouille de mourir. Moi pas, j'ai peur d'avoir insupportablement mal, que le passage soit un très sale moment à passer, mais l'état de mort, ça m'indiffère. Ce qui me peine, c'est la tristesse de ceux que je laisserai derrière, le moment venu (au nombre de : deux, potentiellement).

On pourrait se dire que s'en foutre de l'idée de crever, ça aide à être heureux, mais pas vraiment.

L'idée que des gens meurent continuellement pour des questions de ressources mal partagées, de guerres ineptes, de maladies soignables me rend dingue.

Le fait qu'on lègue à nos enfants un monde dans lequel la vie sera plus difficile, politiquement, climatiquement, à tous points de vue, est le rappel constant dans ma tête d'un échec collectif.

La réalité humaine me consterne. Entre ceux qui ne pensent juste pas (j'avoue en ce moment fantasmer d'être de droite avec un QI autour de 95, je vois ça comme quelque chose d'infiniment reposant. Mais je ne suis pas sûre et j'ai peur que ça ne soit pas réversible - au cas où, je m'abstiens). Ceux qui se planquent dans leurs mensonges à eux-mêmes, aux autres, les trahisons, les déceptions, les mots plus forts que les actes...

Ce qu'on nous vend, socialement, comme du rêve, c'est papa et maman propriétaires d'un prêt à leur nom à la banque (et donc d'une dépendance de long terme à la comédie capitaliste), entourés d'enfants forcément merveilleux (oui, c'est vrai. Mais pas aussi simple que ça : c'est aussi des concessions à la liberté, à l'économie, des heures de pleurs, de frustration, de la fatigue, des tentatives de transmettre bafouées, du foutage de gueule permanent ou quasi. Et quelques moments de pure grâce.) Une bande d'amis rieurs qui prendraient une balle pour vous et réciproquement (pour qui prendrait-on vraiment une balle ? Quand je vois le nombre de gens à qui je peux envisager de parler quand je n'ai pas envie de parler et que j'en retire ceux qui n'ont pas envie de m'entendre vraiment... Allez, mettons, c'est de ma faute.)

Moi, je crois à l'instant, au moment, à l'ici et maintenant. Et encore, des bons moments ? Certains d'entre nous en auront plus que d'autres. Au grand Loto de la vie, rien n'est juste ou mérité, tout est chaotique, sans sens ni raison.

Alors on enchaîne les moments, parfois ils se superposent ("je vous mets un peu de rire, dans vos larmes, madame ? Je vous laisse le bada[1] ?"). Parfois ils s'accumulent. On se dissout dans ce qu'on peut pour fabriquer du supportable. En ce qui me concerne, la musique, la littérature, la photo, le cinéma... De bons endroits où me trouver quand j'ai décidé d'oublier mon "je" pour me noyer dans un "tout" plus grand. Sauf quand je ne peux même plus ça.

On se bouche les yeux, les oreilles, on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez.

On se fabrique une légende et on s'y accroche fermement pour tenter d'oublier qu'on est terrifié en permanence. Qu'à moins de vivre en vase très très clos ou de ne pas regarder vraiment ce qu'il y a autour de soi, le bonheur est une promesse impossible à tenir par la vie (qui n'en fait jamais).

J'attends l'exaspérante litanie de "oui mais si on pense comme ça, autant se foutre en l'air tout de suite". Et pourquoi pas ? Pourquoi la vie serait sacrée au point de la préserver à tout prix, en toutes circonstances ? (Et que personne ne panique, j'ai encore des enfants à élever, je compte bien poursuivre la mienne encore un moment.) Pourquoi s'acharner à raconter un bonheur dont on sait, si on y pense d'un peu près, qu'il est chimérique ?

Peut-être que si on s'attardait un peu moins à courir après cet impossible bonheur individuel, à porter un optimisme béat fondé sur aucun fait tangible, on serait un tout petit peu moins cons, collectivement.

Enfin, pour ce que j'en dis...

Les nuages moutonnant roses du lever de soleil sur les tours moches qui m'entourent.

Note

[1] Le petit reste, le rab offert par le commerçant, en marseillais.