Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

mardi 15 avril 2014

Un samedi comme un feu d'artifice d'émotions

Samedi on a marié des amis, Eric et François Quand je dis "on", c'est une image, bien sûr, on s'est contentés de manifester, par notre présence et nos sourires, notre plaisir à être à leurs côtés, ce jour-là.

C'est curieux comme on sent encore, plusieurs jours après, la magie des émotions qu'ils nous ont transmises, de celles qu'on a fait circuler.

À la mairie, déjà, il y avait une douce euphorie qui plânait, des sourires en pagaille, des oh d'admiration devant de belles tenues, des petits rires qui disaient "on y est, dans quelques minutes ça sera pour de vrai".

Je ne sais pas pour les autres, particulièrement pour ceux d'entre nous qui ont fait plus que quelques manifs et donné des mots de soutien, je pense à ceux d'entre nous qui ont milité depuis des années pour les droits des homos, mais déjà moi sur qui le vit comme sympathisante de l'espèce humaine et pas comme une injustice personnelle, j'avais cette petite peur qu'on ait rêvé, qu'on nous foute dehors, qu'on nous dise que non mais quand on mariera des garçons ou des filles ensemble, les cochons voleront. Une toute petite pointe de peur; parce que ça a été si violent, ça continue à l'être, qu'on doute de la véracité de ce grand bonheur, de ce soulagement.

Mais si, le maire les a mariés et bien mariés, ils ont dit oui avec beaucoup d'application tous les deux.

Je ne peux pas vous dire à quel point les voir rayonnants comme ça, c'était contagieux. Quelque chose qui vous prend aux tripes et vous fait dire que la vie est belle, que si l'amour palpable entre ces deux-là se répandait dans le monde, il en serait plus vivable.

Et puis le soir on s'est retrouvés pour faire la fête. Il y a eu de très belles tenues, dont un certain nombre de kilts fièrement portés. IL y a eu des hôtes aux petits soins, du bon manger. Il y a eu de fort jolis acrobates, encore plus talentueux que musclés. Et il y a eu des mots très forts.

Bien sûr des mots militants, des mots qui racontaient des blessures anciennes, des mots qui évoquaient des douleurs. Mais aussi des mots d'amour si forts qu'on a pleuré, tous, un peu, beaucoup. Qu'on s'est pris dans les bras. Qu'on s'est serré fort. Que chacun d'entre nous ressentait l'amour et l'amitié qui circulaient entre nous, que chacun d'entre nous avait l'impression d'y participer un peu. Contents d'être là, contents d'être ensemble, amis de longue date ou pas, réchauffés par le bonheur ambiant (et quelques mojitos, pour certains).

C'était incroyable, cette sensation, et je crois qu'on peine tous un peu à descendre, encore.

Et puis dans les mariages on danse ! (Enfin pas moi, encore trop douloureuse du bras, déjà trop apataudie par un ventre sphérique). Il y a eu ceux et celles emportés par le démon de la danse qui ont réjoui et fait l'admiration de tous. Il y a eu celui qui a honoré le magnifique Gareth de 4 mariages et un enterrement par son stye très personnel et communicatif de plaisir. L'un des mariés que j'ai découvert, à mon grand étonnement (d'ailleurs pourquoi de l'étonnement ?) roi du dance floor.

Dans les danseurs me restera l'image de François, tétanisé par sa valse, dans laquelle on voyait à la fois un moment un peut compliqué à passer et un grand geste d'amour pour célébrer ce jour avec son tout nouveau mari. C'était bien plus beau que ce qu'il s'imagine sans doute, à regarder.

Merci encore, vous deux, pour cet incroyable journée. C'était plus qu'un bonheur que de partager ça avec vous. Et merci à tous ceux qui ont fait circuler l'amour.

mardi 8 avril 2014

Nous sommes tous des extra-terrestres

L'autre soir, je regardais un documentaire sur l'histoire de la terre sur National Geographique (ou une autre chaîne du câble par là-bas au fond).

C'était fort intéressant, encore que basé sur des parti-pris (sans qu'il soit jamais dit que c'était l'un des parti-pris et non un consensus scientifique).

Bref. Assez vite, donc, on nous explique que la terre a été bombardée de comètes porteuses de glace, qui sont à l'origine de l'essentiel de l'eau sur notre planète. Puis que d'autres comètes ont apporté d'autres particules, et que la combinaison des deux mènerait, un peu après, aux premiers frémissements de la vie.

Du coup je souriais en me disant que le monde dans lequel on vit passe un temps énorme à rejeter celui qui n'est pas comme nous. Alors qu'au fond, on est tous extra-terrestres, si on remonte un peu loin dans nos arbres généalogiques.

Mon Enchanteur qui est plus poète que moi préfère citer l'admirable Hubert Reeves et parler de poussière d'étoiles.

Fort heureusement on a refait consensus un peu plus tard devant la mort des derniers dinosaures (il y avait là un T-Rex qui surjouait un peu, si vous voulez notre avis).

(J'aime beaucoup ces moments où se mélangent rêves éveillés, science qui nous est offerte et rigolades).

jeudi 3 avril 2014

Ecolière épistolière

Le père de ma fille lui a ouvert une adresse e-mail, il y a quelques jours, en même temps qu'il lui a créé un accès sur son ordinateur. Comme c'est un grand suppôt (à l'eucalyptus) du système Fenêtres, nous avons jugé, mon Enchanteur et moi, qu'il lui fallait aussi un accès sur mon ordinateur, qui carbure avec un OS pour libriste gauchiste et chevelu, histoire de rééquilibrer les choses.

Cette parenthèse militante fermée, la voici donc, avec son accès sur mon ordinateur, le contrôle parental et le fond d'écran Pokémon installés, fort investie dans une activité épistolière.

Elle adooooooore consulter sa boîte, y découvrir un message. "Je réponds, maman ?" me demande-t-elle.

"Comme tu veux ma chérie".

"Oh oui, j'adooooooore ça".

Elle met une demi heure à taper deux phrases, mais ces deux-là sont justement si pleines d'amour et de fierté d'émettre, elle toute seule comme une grande, une correspondance privée autant qu'autonome, que ça me remplit le cœur de joie.

Dès le début je lui ai dit que son orthographe s'améliorerait avec la pratique, à l'école, en lisant, en écrivant, et que je ne la corrigerai que si elle le souhaite, en tout cas qu'à mes yeux, ça n'était pas une raison pour brider ce qu'on a envie de dire. (Il faut dire que je suis assez confiante en ses aptitudes scolaires pour ne pas me hérisser à mi CE1 sur le sujet).

Sa curiosité naturelle prenant le dessus, elle se tourne à intervalles réguliers pour m'interroger.

"Maman, comment comment ça s'écrit "communiquer" ?"

Ma fille.

Suis fière.

mardi 1 avril 2014

Boum

Or donc.

On était samedi matin, il faisait soleil. On se préparait pour aller au marché et je rigolais sur mon haut qui avait subitement rétréci, particulièrement dans la région abdominale.

On s'est mis en route, pieds nus dans nos chaussures pour les grands, lunettes de soleil sur le nez.

Et paf, le chien. Ou plutôt boum.

Trottoir mal réparé, cheville qui tourne. Tentative de rééquilibrage mal négociée, la faute, sans doute, à ce putain de centre de gravité qui n'est plus jamais à la même place ces derniers temps.Boum sur le genou droit, puis boum sur l'avant bras (oui le droit, forcément, oui, je suis droitière sinon c'est pas drôle).

36 étoiles, douleur vive, tête qui tourne, on passe sur notre sidération collective, je me rassied, tâte de partout, constate que les choses ont l'air en place et que si j'ai mal, aucun os ne me fait hurler. Mon Enchanteur arrive (et c'est héroïque) à me remettre sur pattes et on finit la route jusqu'au marché (pause sur un banc, nerfs qui lâchent un peu, pleurs, soufflage).

Petit à petit je digère la chute et retrouve un peu de couleurs, quand on croise notre ancien maire (enfin il l'était encore à cette heure-ci) qui vient gaillardement me serrer la main (bonjour), avec qui on parle 5 minutes et qui me resserre vigoureusement la main (au revoir). Aïe quand même.

Retour maison.

Attente trop longue à mon goût du moment où je sens des mouvements du petit être à l'intérieur de moi (qui finit par me rassurer quand je mange, comme d'hab, quel fils de son père, çui là).

Depuis, je contemple avec amertume les limites du paracétamol. Ça va mieux de jour en jour, mais j'aurais clairement pas dû conduire ce matin.

Bobo.