Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

mardi 21 mai 2013

Derrière la porte

J'étais à deux, trois mètres de cette porte, et derrière elle se trouvaient mes souvenirs.

C'est faux d'ailleurs.

Si cette porte avait été ouverte, si j'avais eu le droit de la pousser, j'aurais vu derrière de nouvelles couleurs, d'autres meubles, d'autres odeurs.

Il n'y aurait pas eu le fauteuil de mon papy, l'odeur de pipe, il n'y aurait pas eu ma grand-mère dans la cuisine, il n'y aurait pas eu, l'étage au-dessus, mon lit et son édredon, comme ceux des jeunes filles d'antan, ni l'eau de Cologne sur la tablette de mon labavo.

Il n'y aurait pas eu les rires, Monocle et SaNiaise dissertant sur Carmen, Papy tonnant que lui, il apprendrait l'allemand quand ça serait une langue morte. Il n'y aurait pas eu de puits d'amour ou de ficelle fraîche, il n'y aurait pas eu Papa qui m'apprend à faire du vélo sans roulettes dans la rue devant.

Il n'y aurait pas eu mon frère petit, maman, il n'y avait pas mes cours de cuisine, ma grand-mère montée sur une chaise à cause d'une souris dans le garage, les têtards au fond du jardin, les promenades à vélo.

Ils sont dans ma tête, ces souvenirs. Nombreux, accentués, ravivés encore par ce passage sur les lieux où ils se sont fabriqués.

Et la meilleure façon de les faire vivre, c'était de les raconter à Cro-Mi, devant la porte, et tout au long du weekend. Les miens, et ceux des autres qu'on m'a transmis.

Et maintenant qu'elle sait où j'ai appris à casser des oeufs ou à faire du vélo sans roulettes, ou son grand-père, son arrière-grand-père, son arrière-arrière-arrière grand-mère on laissé des empreintes qui vivent dans nos souvenirs, elle est heureuse.

Elle me l'a dit ce matin encore. entre sa fierté d'avoir 7 ans et son essayage de cadeaux, entre un câlin du matin et un rire. Elle est contente de connaître nos souvenirs et d'en avoir vu un bout de décor.

Derrière la porte

lundi 13 mai 2013

La terrifiante histoire de Clara et du Ronpiche (histoire pour ma fille)

Clara ne dormait pas, cette nuit là.

Elle entendait un bruit sourd jusque dans sa chambre. Jusque sous sa couette. Rrrrrronnnnppiche. Rrrrrronnnnppiche.

Elle connaissait ce bruit, c'était signe que l'un de ces terribles envahisseurs avait profité de la nuit pour squatter la maison.

Un Ronpiche.

Elle hésita longtemps. S'enfouir un peu plus sous la couette, terrifiée ? Ou bien partir à la recherche de ce Ronpiche et s'en débarrasser une fois pour toute ?

Clara était une petite fille courageuse. C'est donc la deuxième solution qu'elle choisit. Par précaution, elle enfila son casque de pompier, ses lunettes de piscine, prit sa lampe de poche qui ne marche pas et son épée de pirate. Et commença par faire le tour de sa chambre.

Pas de Ronpiche dans sa chambre.

Très lentement, très doucement, elle ouvrit la porte. Aucun Ronpiche dans le couloir.

Elle entra avec mille précautions dans la salle de bains. Zéro Ronpiche ici. Pas plus que dans les toilettes.

La cuisine était baignée par la lumière des lampadaires, il fut facile à Clara de vérifier que ce satané Ronpiche ne s'y cachait pas non plus. Non, même pas dans le réfrigérateur !

Elle pénétra ensuite le salon. Très lentement, très doucement, elle se pencha pour vérifier sous tous les meubles, derrière toutes les chaises. Pas l'ombre d'un pet de Ronpiche.

Mais le bruit du Ronpiche persistait.

Clara savait qu'elle devait continuer ses recherches.

Elle ouvrit en silence la porte de la chambre de son frère. Elle se fraya un chemin entre les trente-mille-douze chaussettes par terre, les quatre-vingt-douzaines de milliards de jouets en vrac, souleva tout ce qui ne puait pas trop, et se rendit à l'évidence.

Ce crétin de Ronpiche n'était pas là non plus.

C'est en ouvrant la porte de la chambre de ses parents qu'elle sut qu'elle approchait du but. Le bruit du Ronpiche y était plus fort que partout ailleurs.

Elle regarda derrière la porte, sous le lit, toujours pas de Ronpiche... et pourtant, forcément, il était là !!!

Elle comprit alors l'horrible vérité !

Forcément, le Ronpiche était dans le lit de ses parents, et il avait commencé à les dévorer !

Vite ! Pourvu qu'il soit encore temps !

Clara brandit son épée de pirate et commença à frapper partout du plat de la lame en plastique sur la couette, pour déloger le Ronpiche.

La lumière s'alluma et ses parents se relevèrent d'un coup.

"Mais qu'est-ce que c'est que ce bazar, Clara, qu'est-ce que tu fais ici ?"

"Euh, c'est-à-dire qu'il y a avait un terrifiant Ronpiche dans votre lit et il fallait le tuer avant qu'il ne vous dévore et..."

La maman de Clara éclata de rire.

"Tu as raison ma chérie, il y a bien un Ronpiche dans ce lit. Mais il ne veut pas du tout nous tuer ! En fait ..."

Son père s'était déjà rendormi, et de ses narines sortait un...

... terrifiant Rrrrrrrrrrrrrrrronpiiiiiche, Rrrrrrooonnnnnpiche. [1]

Note

[1] Histoire inventée pour Clara pendant les vacances et qui la fait beaucoup rigoler, surtout quand on beau-père ronfle, allez comprendre.

lundi 6 mai 2013

Images et souvenirs

Mon objectif premier pour cette première salve de vacances printanières (car il y en aura quelques autres jours la semaine prochaine, sans compter les deux fériés de celle qui démarre, on ne va pas se laisser abattre), c'était de passer le plus de temps possible avec Cro-Mignonne.

Pour le plaisir, bien sûr, mais pour lui dire aussi, en actes, qu'à défaut d'avoir des solutions rapides et efficaces à ses soucis avec le Lutin, j'étais là, avec elle, pour elle.

Alors en vrac, on a beaucoup cuisiné (elle a fait son premier gâteau en lisant elle-même la recette), beaucoup lu, acheté son premier dictionnaire et quelques "Bibliothèque Rose", rigolé, fait des câlins, fait des changements d'eau pour Oscar le Chieur (y a qu'à voir la photo, ceci est sa production de... trois jours...), installé le nouvel aquarium-cadeau d'anniversaire dans lequel le poisson prendra ses aises le jour J, vu des amies, parlé, parlé, parlé, dit des bêtises, fait des câlins, regardé des quantités industrielles de "Norbert et Jean" et de Dîners presque parfaits, pris l'air un peu, mais pas trop, parce que météo et allergies se sont relayées pour lui pourrir les bronches. Collé des dizaines de vignettes Panini. Fait des blagues drôles et d'autres d'âge bête (oui, on est en plein dedans. Oui, toutes les deux). Ri d'un tricot dont l'une des couleurs part en biais et pas l'autre.

On a pleuré un peu aussi, dans un accès de chagrin de "c'est trop injuste je veux qu'il arrête". On a passé du temps à trois avec l'Enchanteur.

On a fait des câlins (oui, encore d'autres).

Et hier je l'ai déposée chez son père pour une semaine.

J'ai un énorme trou en forme de ma fille dans le cœur, depuis.

Mai 2013 Collages

Mai 2013 Oscar

Mai 2013 Tricot

Mai 2013 Repas

jeudi 25 avril 2013

Questions alakon, réponses alakon

En épisode II du billet sur les questions alakon, vous vous doutez bien que nous disposons, nouzôtres esprits créatifs et un peu décalés de la comm', de quelques réponses et interjections bien senties pour bouter l'ennemi hors des frontières de notre open space [1].

Ainsi, si vous passez par chez nous et qu'au cours d'un échange vous entendez tout ou partie de l'échantillon suivant, ça ne PEUT pas être bon signe. Au mieux on est parti en déconnade. Au pire, c'est le préambule à un NON sonnant et pas du tout trébuchant.

  • "Non mais j'ai aucun problème avec ça." Signifie qu'on a un problème majeur avec ça. Va s'ensuivre un argumentaire musclé de 10 mn pour démonter point par point ce qui nous défrise dans le sujet.
  • "On va la refaire en SVC". Cette phrase suit un long monologue à base de "il faut vérifier l'appétence[2] de nos clients et prospects pour cette solution, ensuite on va crosser le wording avec un SWOT[3], et double checker avec les datas de la R&D". Le SVC, c'est : "sujet-verbe-complément". D'une redoutable efficacité pour démontrer le plein de vide, le SVC, si vous voulez mon avis.
  • "Foutaises !" : phrase victorieuse au bingo des expressions.
  • "On est laaaaaaaarges". Sert soit à marquer l'ironie pour une demande "pour avant-hier". Soit à constater qu'on est vraiment laaaaarges dans le temps et que c'est exotique. Soit pour dire qu'on s'est mis tout seuls très en retard et noyer le poisson.
  • "Bon, là, on va faire ça et ça et bises ma poule, et hop c'est parti" Le "bises ma poule"[4] est un nom commun qui désigne les formules de politesse en bas d'un courrier, d'un mail, etc. Généralement, cette expression vient quand on nous fournit un torche-balle ou un projet pas du tout réfléchi et que, excédés, on choisit de faire à la place au lieu de passer trois interminables heures en réunion pour faire avec ou faire faire par les bonnes personnes.
  • Et bien sûr les expressions imagées qui ne sont pas le reflet d'une quelconque mauvaise humeur, mais juste notre petit langage à nous "néanmoins... oreille en plus" étant notre expression du moment, je vous l'offre en partage.

A vous les studios !

Notes

[1] qui se trouve être, de loin, le plus coloré, décoré, foutraque et bariolé de nos bureaux, pour effrayer ledit ennemi

[2] quand c'est avant de manger, généralement, je dis qu'à propos d'appétence, c'est l'heure de la cantine :D

[3] une liste des pour et des contre, pour faire court

[4] mon pôpa saura d'où ça vient !

lundi 22 avril 2013

Top ten des demandes alakon

Je viens d'écrire un machin vite fait pour le canard interne de MaBoîte, et je ne résiste pas à l'idée de partager avec vous.

Il s'agit de partager les phrases qui nous font frémir d'avance, vu qu'on sait que sous une demande qui, du temps où nous étions débutants, nous semblait innocente, se cache une brave galère qui peut même, avec un peu d'aide et de malchance, virer cauchemar intégral.

Dans mon métier, on a recensé, avec l'aide de mes camarades potaches et noteurs préférés, 10 phrases et une en bonus que je vous livre illico :

  1. « Tu as 5 petites minutes ? »
  2. « J’ai juste une / quelques petites corrections »
  3. « Non mais ça ne va pas prendre longtemps… »
  4. « Et on ne pourrait pas juste… » (changer l’image de côté, prévoir un clic de plus, rajouter trois pages, ad lib)
  5. « Toi qui fais de la comm’ tu vas pouvoir m’aider ! »
  6. « Il me faudrait juste un copier/coller. »
  7. « Je sais que je m’y prends à la dernière minute… »
  8. C’est pour quand ? « Avant-hier » (et non, ça ne passe pas mieux avec la note d’humour…)
  9. « Peux-tu rajouter… » (on a fui avant d’entendre la suite) et son copain « Est-il possible ? »
  10. « C’est déjà parti ? Je viens de voir un truc !!! »
  11. Le bonus ! Le bonus !« Maintenant que je l’ai sous les yeux, je me rends compte… »

N'hésitez pas à enrichir !