Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

mercredi 23 mai 2012

Stabat Mater Dolorosa

Curieuse concordance des temps, bousculades de sensations...

Mardi dernier j'écoutais une femme ordinaire et extraordinaire à la fois parler du sacrifice maternel, au sens : la mère fera toujours tout pour ses enfants avant elle. (On parlait là de survie et pas de confort, de conditions si précaires qu'il n'était pas question de parler de petits conforts du quotidien).

Ses mots avaient quelque chose de très universels, elle qui vient de l'autre côté de la Méditerranée. On ne parlait pas de culture, de religion, de civilisation, mais de tripes maternelles, d'un instinct venu du fond des âges et qui fait qu'en premier, on protège nos petits, on les met hors de danger.

Ca n'excluait pas les pères, bien qu'elle ait exclu celui de ses enfants, ça ne leur enlevait rien, ça disait juste quelque chose qui devient évident quand on entend les premiers pleurs de son enfant, quand tout se passe bien. Simplement.

Alors le soir on a écouté le Stabat Mater de Pergolesi. Et bien que très peu (en fait, pas du tout) catholique moi-même, je ressentais dans mes tripes cette femme, debout, entre colère et souffrance animale, entre vibration vers son fils et désespoir. Elle est la mère du Christ qu'on crucifie, mais elle est surtout toutes les mères quand les enfants sont en danger, petit ou grand. La musique de Pergolesi réussit à rendre ça, étonnamment fort, dans mes tripes et dans mon cœur.

J'en ai parlé ensuite à une amie qui va bientôt être une maman avec l'enfant dans les bras, et plus à l'intérieur de sa tête et de son ventre.

Et puis mercredi soir vous savez ce qui s'est passé et c'était mon tour d'être pétrie d'angoisses, de peur, de force, d'impuissance, d'amour et de colère.

C'était moi la mère debout, et contre ma poitrine s'endormait ma fille épuisée, branchée à l'oxygène, en attendant qu'on la monte et qu'on la mette au lit.

Pour le moment on est encore un peu choquées, Cro-Mi et moi, de ce qui s'est passé. Ca va mieux, jour après jour. Je lui parle, elle-même fait son petit chemin, je crois, pour mettre tout ça derrière, pour apprendre de cet épisode.

Mais il y avait, à chaque instant, ce lien entre nous, ce quelque chose qu'elle n'a qu'avec moi et que je n'ai qu'avec elle. Si puissant.

Je suis heureuse d'être sa mère, et heureuse que ça soit elle ma fille.

lundi 21 mai 2012

Le souffle

Souvenirs de premiers jours, souvenirs de mammifère. Son apaisement à sentir mon souffle près du sien, la clé des débuts de sieste, parfois.

Moi, comme toutes les mères du monde, à aller écouter le sien, toutes les nuits, parfois plusieurs fois. Elle respire.

Puis de façon moins inquiète, mais quand même, presque tous les soirs, aller l'écouter dormir, souffle régulier, ronflements parfois.

Les premières inquiétudes, il y a trois ans. Son souffle qui s'emballe et qui devient toux. Asthme. Apprivoisement. Parfois. Peurs, aussi. Heureusement, pas souvent, l'asthme. Trop souvent pour elle, pour moi, mais pas vraiment souvent.

Et puis mercredi soir, enfant grise, souffle court. Sirènes, cahots de la route, l'oxygène dans son nez, la main de sa maman autour de la sienne.

Mercredi soir parce que depuis mercredi matin l'asthme était là, sans aucune des raisons qui le provoquent habituellement, mais bien là. Et que personne à l'école n'y avait rien fait. Vague indifférence. Pas de température.

Il n'y en a eu qu'un pour douter et même celui-ci n'a pas pris le téléphone pour m'appeler. Alors qu'ils savent qu'elle risque. Alors qu'ils ont tout pour la soigner. Alors qu'ils avaient tout en main pour stopper la crise.

Mais ils n'ont rien fait, alors sirènes, cahots de la route, oxygène dans son nez, puis aérosols toute la nuit, machines qui bipent, saturation dans les choux, rythme cardiaque de dingue.

Et mon impuissance à faire autre chose qu'à être là. A me faire engueuler par les toubibs comme si c'était moi qui l'avait laissée s'étouffer, à ne pas répondre, ne pas hurler, parce que l'essentiel c'était son souffle et le chiffre bleu qui peine à remonter.

Et puis trois jours. Trois jours avec des tuyaux et des médicaments, et des piqûres et des contraintes, et des plateaux télé dégueu et une seule chaîne pour enfants. Trois jours et la fête d'anniv à annuler, celle qu'elle attendait depuis si longtemps.

Trois jours avec quand même quelques petites choses bien. Voir que papa et maman sont présents, tous les deux, près d'elle, même séparés. Voire que l'Enchanteur est là quand il peut, qu'il s'occupe de tout ce qu'il peut, et qu'il tient à elle si fort. Mère et fille touchées. Recevoir le cadeau d'anniversaire de grande de maman en avance, en consolation.Entendre les copines dans le téléphone. Recevoir en avance le cadeau d'anniversaire de son amoureux, livré par sa mère. Discuter de ce qu'il convient de faire quand on se sent en danger, être fière des compliments des grands sur sa maturité.

Mais trois jours enfermée, trois jours à rayer de la carte, trois jours à courir après le retour du souffle.

Elle a six ans aujourd'hui, ma Cro-Mignonne. Et si je ne réussis pas encore à faire abstraction de ce qui aurait pu être si, si je sais que chaque jour de ma vie je serai préoccupée de son souffle, je suis heureuse de le lui avoir donné, ce souffle de vie, un 21 mai 2006 à 17h25.

Retour Cro-Mi

De retour à la maison, la chasse aux médicaments.

lundi 14 mai 2012

Voix d'outre tombe

L'autre soir, je parlais avec ma tante au téléphone, et entre le décalage horaire, les soucis de sa maison parisienne, et puis peut-être que je l'ai sortie de la sieste, elle avait la voix un peu voilée, un peu enrouée.

Et ça m'a fait tout bizarre, parce qu'à deux ou trois moments, avec le phrasé et les mots, on aurait cru ma grand-mère.

A cela rien de très anormal, ma grand-mère était sa mère.

Mais ça m'a fait un truc qui m'a fait des trucs bizarres dans le creux du ventre, que d'entendre quelques nano secondes "cette" voix (qui a mobilisé tant de temps au téléphone, il faut bien le dire), même si je savais que ce n'était pas "sa" voix.

Rememberance of things past et toutes ces sortes de choses.

mercredi 9 mai 2012

Lost in time

Avec les jours fériés, les ponts, les pas ponts, je m'emmêle un peu et il faut que je réfléchisse pour savoir "quel jour on est" (déjà que d'habitude, j'ai le jour de la semaine, mais pas forcément la date...).

Les jours non travaillés passent trop vite, quoi qu'il en soit, et ceux de labeur trop lentement, sauf les soirées.

Et puis l'Enchanteur et son emploi du temps de ouf qui fait que les heures éveillées ensemble sont comptées.

Mais, dans quelques jours, nous deux dans un train, quatre heure et demi de tête-à-tête dans chaque sens, ma Méditerranée, les parents entre les deux.

Miam.

Je compte les heures et me réjouis d'avance.

lundi 7 mai 2012

6 mai 2012

Patchwork de sensations depuis hier.

Une angoisse énorme, la boule au ventre. Et si "l'autre" repassait ?

Les nouvelles tombent au fur et à mesure de la journée. Ca semble être bon.

D'heure en heure ça semble plus solide. La respiration se fait plus large.

L'annonce officielle. Concert de casseroles ravies dans les tours du 13è arrondissement parisien. Nous, pas surpris, pas débordants de liesse, mais quand même, soulagés. On guette à l'est pour moquer l'absence d'arrivée de chars.

Et puis la convivialité, les amis, les bonnes crêpes, le vin aux châtaignes, les rires.

Retour pas très tardif, les gens bourrés au volant, de joie ou de dépit. Tension.

Calme plat dans notre banlieue populaire. La liesse du même nom n'a pas dû gagner, ou alors ils sont tous déjà couchés, ou à la Bastoche. En tout cas tout roupille, Cro-Mignonne incluse.

Nous on zappe un peu, effarés par l'image unique de motards derrière une voiture (y en a qui ont crashé au pont de l'Alma pour moins que ça), en attendant les mots parisiens du nouveau président.

Du soulagement. La sensation que la Marseillaise ne sonne pas pareil selon qui la chante. Le bonheur d'être à deux pour vivre ce moment ensemble, étrenner le quinquennat tous les deux.

L'idée, aussi, qu'il y a des gens pour être dans le même état d'abattement que nous il y a 5 ans. Leur souhaiter d'être moins abimés que nous le sommes au bout de 5 ans.

Espérer un peu de moins pire donc.

(D'ailleurs ça a commencé, grâce aux chars russes, la route était très dégagée ce matin, c'était très agréable de se rendre au travail à cette vitesse, bien que la tête dans le fondement !)