J'ai enfin vu Die, my love, que j'avais loupé au cinéma parce que : trop de films à voir pour trop peu de temps - ou d'énergie - pour le faire à ce moment-là.
J'ai aimé, énormément.
Et puis je me suis dit que c'était quand même étrange qu'il soit resté si peu de temps (dans mon souvenir) à l'affiche, alors je me suis livrée à ce petit jeu pervers qui consiste à me rendre sur Allo Ciné pour m'énerver sur les avis des gens.
Ça n'a pas loupé.
Die, my love, c'est l'histoire d'un jeune couple qui vient s'installer au fond du trou du cul du monde pour y fonder une famille. La jeune mère écrit, mais elle accouche, et au fin fond du trou du cul du monde, on se doute bien que le jeune père, il travaille loin, quelques jours par semaine.
Alors, plan par plan, on voit cette femme rieuse osciller entre atonie et auto-destruction. Mais sans perdre de vue le bébé, son amour pour lui. Pendant ce temps, le père ? Il n'est pas beaucoup là, déjà, et sa vie ne change pas tant que ça. Il vit sa vie mais pas celle de la famille, embarque de force sa meuf dans une virée en voiture pour s'engueuler avec elle alors qu'elle le supplie de ne pas laisser le bébé seul. Il traîne en claquettes chaussettes peignoir, ramène un chien aboyeur dans une maison où il n'est pas (fun fact, il la laissera même abattre le chien).
Et la femme de descendre aux enfers.
Dépression post-partum, lit-on partout.
Et moi je ne suis ni psychiatre, ni neurologue, mais ce que je vois c'est que même sans chimie du cerveau en déconfiture, elle a la tête sous l'eau et il pousse bien dessus.
Les critiques, donc.
"C'est long. On se fait chier."
Oui, comme dans une vie où ton seul horizon est ton bébé, qu'il y a si peu d'adultes à qui parler, si peu de relais alors qu'on a la responsabilité, seule, d'un être de quelques jours / semaines / mois, totalement dépendant. Alors que la fatigue est si écrasante, que le temps manque tant que la ressource intérieure n'est pas utilisable pour se maintenir.
"Son rôle à lui est sous écrit, il est absent."
My point, exactly, j'oserai même dire que c'est une façon assez évidente de montrer l'absence de père, en tout cas de père aidant. Sauf au moment où il décide de la faire interner parce que bon, elle devient un peu embarrassante.
Bref, ce film prend aux tripes et à la gorge et il n'est pas besoin d'avoir connu cet épisode pour comprendre précisément ce qui se joue - et ce à quoi on a échappé.
Moi, les pères de mes enfants faisaient plein de trucs. Et même comme ça la longue litanie du reste à faire, à planifier, les appels à Parent Numéro 1, les nuits à l'hôpital à côté d'un enfant malade, c'est moi qui m'en suis cogné le plus gros. (Pas plus tard que ce matin, j'ai appris au père de mon plus petit, dont je suis séparée depuis bientôt 3 ans, qu'il y avait réunion de rentrée au collège. Il est gentil, hein, mais regarder le carnet de correspondance qui a transité par chez lui, ou Pronote ? Même pas en rêve.)
Normal, se dit le monde, c'est toi la mère, avec la pression énorme que met le même monde sur les mères qu'il juge défaillantes.
Pas plus tard que cet été, il s'est dit, à peine avais-je le dos tourné, que ça n'est pourtant pas compliqué, d'être mère, il suffit d'être organisée et ferme, voilà. Jugement proféré par une qui n'a jamais eu d'enfant et son comparse qui a assisté en touriste à l'élevage des siens.
A se demander pourquoi des millions de femmes savent dans leurs entrailles à quel point c'est difficile, pas seulement en tâches mais en empathie saturée, en nécessité absolue de repousses nos besoins propres en arrière-plan pour faire passer ceux d'un, deux , trois autres, et plus si affinité, avant soit.
Les pères de mes enfants ont fait des tas de trucs mais leurs vies n'ont pas changé. L'un a fait entrer un bébé dans son agenda auquel il n'a pas changé une virgule, a continué à bosser et faire de la musique et jouer en ligne avec ses potes etc. L'autre attendait les ordres.
Moi j'ai failli en crever de ne pas avoir une minute pour lire, de ne plus écouter de musique (tu sais, le bébé qui s'endort ENFIN, et pas possible de mettre le casque au risque de ne pas l'entendre, la pression qu'on se met seule...).
Ensevelie d'une façon ou d'une autre sous un enfant, sa vie, ses joies, ses soucis. Pendant des années, mon monde tellement rétréci que même ici (ou le ici d'avant) je n'avais que des récits d'enfance ou de boulot à raconter. Pendant que leurs pères ont si peu infléchi le cours de leur vie et n'ont pas attendu très longtemps avant d'être décevants, dans ce rôle de parent.
Et même si ça se détend, on en prend à vie.
"Ah mais toi il est grand, le petit, la rentrée ça doit être plus cool. Tu fais quoi demain ?"
J'achète des baskets en 40 parce que celles achetées par le père sont importables, un survêtement, deux lessives, un peu de bouffe pour la semaine à venir.
Et je leur promets qu'aussi longtemps que je peux j'assure le SAV, je serai là pour eux. Et ça n'empêche pas d'être une source d'amour, d'accomplissement, de fierté, d'angoisses pour l'avenir, aussi. Mais surtout, de les faire passer devant, tout le temps, puis souvent, au fur et à mesure qu'ils grandissent[1]
Au détriment de quoi que ce soit d'autre.
Alors oui, il suffit d'un tout petit peu plus de pression sur la tête.
Je vomis ce que j'ai lu sur ce film, putain, où voulez-vous qu'aille le monde quand on en comprend pas un film comme ça (personne ne leur a demandé de le vivre, hein. Juste de comprendre.)

(Oui, je sais, j'ai pris un sacré coup de pelle sur la gueule, alors qu'eux n'ont fait que grandir.)
Note
[1] Un truc que mes détracteurs estivaux ne savent pas tellement faire.





