samedi 25 juillet 2026

Oui mais du cou

Or donc ma cheville gauche va globalement mieux, mon genou droit aussi, bien que gonflé, toujours. Mon avant-bras ne proteste pas, le coude auquel il est attaché toujours, en revanche.

Et surtout.

Surtout.

À force d'avoir mal partout, je suis tellement détendue que je me suis fabriqué une sciatique du cou. Je connaissais déjà celle du cul, avec qui j'ai des rapports peu amicaux. Celle du cou est pire.

Je ne peux pas m'asseoir sans avoir un trait de douleur brûlant dans tout le bras. Voilà. Youpi tralala.

Ça m'est tombé dessus dimanche dernier, lundi et mardi j'ai fait la meuf qui gère, jusqu'à ne plus pouvoir. Et depuis j'ai un arrêt de travail et du paracétamol codéiné.

Ce qui implique que je coupe les concombres pour ma salade du midi avant de prendre mes médicaments, avec le bol que j'ai, il y aura au moins un endroit où je n'aurai pas mal, à savoir le doigt qui a fini dans la salade (oh ! des knackis, quelle bonne idée !).

J'ai décidé que mercredi je serai guérie. Voilà. Quitte à ne plus l'être jeudi, rien ni personne ne m'empêchera de passer une bonne journée mercredi.

En attendant, le frémissement de liberté de ce mois de juillet sans responsabilités parentales en a pris un bon coup dans la tronche. Sans parler de quelques appoggiatures pour faire joli qui viennent agrémenter la mélodie de mes gémissements.

Mercredi, je vous dis.

Et que personne ne vienne me dire que dans quelques années, mon fils le médecin s'occupera de moi. Il est en plein stage infirmier à horaires décalés, quand il ne dort pas chez sa pote qui habite plus près, et me jette des yeux torves quand on se croise avec même pas un "ça va mieux ?", je pense que je l'ai insulté d'une façon ou d'une autre, allez comprendre.

Bref. Pas bavarde, ça fait vite mal de taper. Mais ça n'est pas grave non plus, juste pénible.

La belle vie à vous, les gars.

La putain de plaque d'égout sur laquelle ma cheville a tourné. Oui je suis retournée sur les lieux du crime. On ne voit pas bien comme ça mais il y a quasi deux centimètres de décalage entre la plaque et la cuvette dans le sol qui a accueilli ma maléole. C'est donc : pas moi le problème.
La putain de plaque d'égout sur laquelle ma cheville a tourné. Oui je suis retournée sur les lieux du crime. On ne voit pas bien comme ça mais il y a quasi deux centimètres de décalage entre la plaque et la cuvette dans le sol qui a accueilli ma maléole. C'est donc : pas moi le problème., juil. 2026

lundi 20 juillet 2026

Partager son cookie

J'aime bien cette petite boutique de café, juste en face du cinéma où je vais souvent. Une toute petite échoppe aux allures japonisantes, du café snob, du matcha pour bourgeois parisiens et touristes émerveillés. Le café y est bon, en tout cas nettement meilleur qu'au ciné. Alors souvent, je m'y arrête avant de m'asseoir dans les fauteuils tendus de velours rouge et plonger dans les histoires des autres.

Il est doté de petits bancs sur lesquels on peut attendre sa commande ou la boire sur le trottoir.

Hier, j'y ai pris un cappuccino et, hérésie, un cookie. Oui cette chose du diable est pleine de sucre que je dois éviter, mais il était 11 heures, j'avais deux films à voir et pas le temps de caler un déjeuner même rapide entre les deux. Alors cookies et puis merde, quoi, à la fin.

Une vieille dame était assise sur la moitié d'un banc, je lui demande si je peux occuper l'autre, sans projet de lier connaissance, mais en vue de ménager mes articulations douloureuses.

Et nous voilà tout de même à deviser. À propos du cinéma, des cinémas indépendants, des films qu'on allait voir (L'Odyssée pour elle, Notre histoire - Chroniques du Caire et Le héros de Berlin pour moi[1]). De sa fille, qu'elle attendait.

J'ai partagé mon cookie avec elle, il était délicieux. J'ai ri à l'idée que sa fille allait la gronder car non seulement elle parlait avec des inconnues dans la rue, mais en plus elle acceptait de la nourriture de leur part.

On a parlé ensuite des jeunes féministes, de la drague de rue disparue au profit des nez dans les smartphones et du triste état du monde, du FMI et du réchauffement climatique, de mes enfants, des Suds (Ouest, Est, tiens, on ne parle jamais du sud du centre ?).

Le soleil s'est mis à chauffer un peu plus, je me suis mise à l'abri des coups de soleil à la Fnac voisine, le temps que le cinéma ouvre (comprendre, j'ai acheté quelques bouquins, bien sûr) et nous avons bien fait de nous saluer chaleureusement quand je suis partie puisque nous ne nous sommes pas recroisées dans le cinéma, la longueur des films que nous avons vus ne permettant pas une deuxième rencontre furtive.

Oui, j'aime bien ce microscopique café.

L'affiche du film "Notre histoire - Chroniques du Caire"

Note

[1] Le premier est une petite pépite dont la douceur va me rester dans le cœur un long moment, le second n'apporte pas grand-chose au livre, en moins bien, j'ai trouvé, sans non plus passer le pire moment de ma vie;

mercredi 15 juillet 2026

Lupin, désastre, incongruïté

Les chats sont ravis de m'avoir à la maison presque en continu, depuis la semaine dernière. Ils vivent à moins d'un mètre de moi l'essentiel de la journée. Maïa ne m'en veut même pas de notre chute, pas en apparence, du moins. ObiWan fabrique du poil en continu et me laisse presque dénouer ses dreadlocks.

Une chose manque à leur vie, cependant. Pendant des semaines les sacs de transports étaient dans ma chambre, grand ouverts - et bonne chance pour faire entrer Maïa dedans la prochaine fois qu'il faudra, leur mémoire est diabolique. Pour leur montrer tout l'agrément à entrer dedans, je jetais, comme si de rien n'était, quelques friandises chaque jour, gourmandises qu'ils avaient tôt fait d'avaler sans jamais mettre plus d'une patte et un museau dans le piège.

Les sacs sont rangés et les friandises moins quotidiennes.

Pour pallier mon manque de générosité, les chats se transforment donc en voleurs habiles. Car - leur mémoire est diabolique - ils savent parfaitement que dans le "tiroir" de ma table de chevet[1] se trouve une planque à friandises, ce tiroir était un de ces trucs en tissus, ils savent tout à fait l'ouvrir. Pas grave, me disais-je l'autre nuit dans un demi sommeil, ils ne savent pas ouvrir les sachets... et n'en ont pas besoin, leurs griffes lacérant parfaitement l'emballage.

J'ai donc deux chats qui se prennent pour Arsène Lupin, et un sachet de friandises qui s'est réparti dans la laine qui se trouvait dans une boîte, dessous, boîte qu'ils se sont débrouillé pour "ouvrir" un peu, des fois que j'aurais planqué des trucs dedans. Maintenant, c'est le cas.

L'intelligence du chat est concentrée sur la bouffe et la sécurité. Et la bouffe.

(ObiWan me fixe de ses yeux ambre, pendant que j'écris. Je lui dis "Viens là, Bibi" en tapotant la place à côté de moi. Il me fait attendre, deux, trois secondes, puis arrive comme par hasard et s'installe contre moi de tout son long. Ok, je suis peut-être un peu médisante.)

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Si je remonte le fil, je crois que le premier signe de changement qu'on ne pouvait pas ignorer, c'est l'incendie qui a ravagé l'endroit où habite mon frère en 2021.

J'ai passé tous les étés de ma vie (sauf un) dans le Var. J'ai été éduquée au risque d'incendie, on ne faisait pas de barbecue, les fumeurs devaient être ultra vigilants avec leurs mégots (jamais jetés dehors, encore moins depuis la fenêtre ouverte d'une voiture). À ce qu'on devait faire si ça se produisait (c'est comme ça que je sais qu'on apporte les tuyaux d'arrosage dans la maison avant de s'y enfermer). J'ai un souvenir tenace de cauchemar où j'avais 6 ou 7 ans et je devais descendre mon frère, en conduisant la voiture de mon père (cet objet sacré entre tous) à la plage. Ce qui est complètement con vu qu'elle est à moins de 200 mètres de la maison.

Bref, des incendies, en été, j'en ai connu toute ma vie. Ça fait peur.

Mais celui-là, ce feu qui sautait, que les pompiers n'arrivaient pas à dompter, encore moins à éteindre, il faisait encore plus peur parce qu'il ne se conduisait pas comme d'habitude.

Ce mois d'août 2021, mon frère a débarqué dans son camion avec sa femme, ses deux enfants, ses quatre chiens et ses deux chèvres. On s'est débrouillés, la maison était ratapleine, avec mes parents, leur chienne, nous cinq, à l'époque.

Pendant qu'on ne pouvait rien faire, que mon frère et mon ex-belle-sœur se rongeaient d'inquiétude pour leur maison (leur terrain a sérieusement brûlé et le feu est passé plusieurs fois à proximité dangereuse de la baraque), je tentais d'occuper les mômes, les divertir aussi de leur inquiétude, pour les petits évacués, on a passé du temps dans la mer à rire et chahuter. Sur la plage, on sentait le feu, le ciel était voilé de fumée, les canadairs passaient. Sous le regard absent, indifférent, des bronzeurs professionnels. On ne va quand même pas se gâcher les vacances, on a payé. Ce ne sont pas quelques milliers d'hectares, une faune entière dévastée qui vont nous faire bouder notre bon plaisir, quand même.

Moukmouk me le disait à l'époque, que ces "super-feux" étaient liés au réchauffement climatique. Et bon, je l'ai mal entendu. Parce que oui, on a toujours eu des feux dans la région. Mais pas des comme ça.

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Cet été je pense à lui très fort.

Il avait raison, bien sûr.

Cet été marque un point de non-retour, il me semble. Un endroit à partir duquel il est impossible de se dire "non mais ça va" ou "il a toujours fait chaud en été".

Trois canicules en un mois et demi, il reste un demi juillet, août, peut-être encore septembre. L'été n'est plus vacances mais menace. La chaleur est menaçante. Les humains meurent, les animaux aussi. Fontainebleau flambe (et que l'origine soit humaine ne change rien à l'affaire, la sécheresse, la chaleur le rendent difficilement "fixable".

On a chaud comme jamais et pourtant, on refuse l'idée que ça n'est que le début.

On se réjouit des températures qui baissent un peu. On ne fera pas le lien, cet hiver, quand les légumes, la viande, les œufs, seront chers. Y a qu'à manger moins de viande, les saints vertueux nous feront la leçon. Mais qui ne mange pas déjà moins de viande ? Qui a encore le luxe d'en manger tous les jours, comme ça se pratiquait dans mon enfance ? Les mêmes que ceux qui, jusqu'au bout, auront les moyens de retarder leur échéance personnelle...

Je ne suis pas taillée pour ce monde où chacun se dit qu'il est moins pire que le voisin, qu'il fait déjà au mieux sans sacrifier ce qui compte pour lui. Ça va être un carnage. Non. Le carnage a déjà commencé. Les plus fragiles, les plus solitaires, encaissent déjà.

Les plus militants ironisent sur l'éco terrorisme, les moins engagés se plongent dans le déni.

Et personne ou si peu ne compte sur un tout petit peu de courage, de solidarité et d'humanité pour s'entraider. Essayer de tenir, au mieux. D'inventer. D'être un peu mieux que notre version quotidienne pour faire face à ce qui nous dépasse.

"Personne ne veut voir parce que ça fait peur."

J'ai écrit ça l'autre jour, dans une conversation.

Oui, ça fait peur. Changer de quotidien, vraiment. Crever de chaud, et de ses conséquences. Ne pas savoir si nos enfants, nos petits-enfants auront la même espérance de vie que nous, ou que les boomers qui nous précédent. Le confort, ça c'est réglé, ils ne l'auront pas.

Je désespère, je me sens inutile, impuissante et seule. Si peu de voix en écho.

Le combat des présidentielles et les "de gauche pour de vrai" contre les "de gauche pour de faux" a déjà commencé, personne ne gagne, dans ces duels, jamais.

Désastreux monde. Et toute sa beauté, naturelle ou créée, qui va disparaître avec nous.

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Il faut vivre, malgré, tout.

J'ai investi quelques dizaines d'euros pour poser du film anti-chaleur sur les fenêtres de ma cuisine, qui n'a pas de volets. La vague de chaleur précédente, on pouvait à peine y entrer, ce côté de l'appartement est exposé Nord-Est et le soleil y tape dès les petites heures du matin.

Oui, ça fonctionne, il n'y a plus cet effet four en entrant (et la porte est à la cave, donc c'est un four communiquant), la température est restée sous 29 tout le long de ces jours de chaud, même quand il faisait 36 ou 37 dehors.

Du coup, de l'extérieur, on ne voit plus, fenêtres fermées, l'intérieur de la cuisine. J'habite au 9e donc le passage est réduit, et je me promène à poil sans trop penser à la tour d'en face, de toute façon.

Mais.

Ce matin, je me suis levée juste avant le soleil.

Les fenêtres étaient ouvertes toute la nuit, pour faire entrer le frais, et du couloir j'ai vu du reflet joli sur le film. Alors je suis allée chercher mon appareil photo, juste vêtue de ma coudière, de ma genouillère et de ma chevillière, pour essayer d'en faire un truc.

(Il en existe deux versions, mais ma préférée a servi de "bonjour" pour un préféré, désolée).

Ça n'est pas parce qu'on se frotte à ce qui fait peur qu'il n'existe plus de joli.

L'immeuble d'en face et le lever du soleil reflété dans les filtres anti-chaleur des fenêtres de ma cuisine.

Note

[1] Ma table de chevet est une colonne Ikea posée sur le côté, j'ai donc 1,80 m linéaire de place pour ma pile à lire, et des tiroirs pour du bazar en quantité.

dimanche 12 juillet 2026

L'ennui

La douleur reflue, doucement, un peu plus chaque jour.

Côté cheville, je ne sens rien si je ne bouge pas, je marche dessus sans difficulté, j'ai mal au toucher, en pliant d'un côté ou de l'autre. Bref, pas de saut de cabri ou de dévalade d'escalier en vue.

J'ai sur le genou un bleu dont la superficie (et la forme, un peu) évoquent un gant de toilette. Spectaculaire. Il est un peu gonflé, encore, il supporte mon poids sans problème, moins un doigt qui tâte, pour voir. Avant je riais de mon vieux genou et de celui qui n'a que 50 ans, je crains quand même qu'une fois guéri, il ne rétablisse l'égalité avec son pote. Bon. J'ai déjà, pour descendre certaines marches, celle du bus notamment, une technique très douteuse, entre la crainte d'avoir mal, des douleurs parfois, selon la hauteur, l'humidité, mon assurance. Ridicule déjà ne le sera qu'un peu plus, tout le monde s'en remettra.

Disons donc que côté bas du corps, ça va nettement mieux.

Le coude et le bras vont dans la même direction, mais plus lentement.

Je ne peux pas encore déplier / plier le coude sans y penser, il y a encore de la contracture autour, et des tissus abîmés qui me font savoir leur mécontentement - comme si j'avais choisi, moi, de me tordre la cheville sur un dénivelé d'un centimètre. La torsion du bras est toujours douloureuse, parfois une pointe plus aiguë me fait lâcher un aïe de surprise. Je glace, je repose, je tente la patience mais il va m'en faire voir un peu longtemps, celui-ci.

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Lomalarchovitch, depuis que nous ne vivons plus ensemble, son père et moi, insiste (et c'est non négociable) pour passer son anniversaire en ma présence. Je l'avais prévenu de mon état et, partant, de mon incapacité à faire un gâteau. Pas de soucis, il a fait le dîner et pensé à faire le gâteau, puis renoncé. Je lui en ai promis un de rattrapage à notre retour de vacances, je m'en veux, tellement (alors que lui avait l'air serein sur le sujet).

Il a donc passé une trentaine d'heures en ma compagnie et son sourire a illuminé tout ce qu'il y avait autour de lui.

Son ami M. a débarqué pour une fête d'anniversaire à tout casser (deux douze ans hilares derrière une console, en somme). M. vient du Sri Lanka, il est arrivé vers 5 ans, ils étaient dans la même classe, Lomalarchovitch en moyenne section et lui en grande, il parlait tamoul et anglais mais pas français, il est désormais impossible de détecter que le français n'est pas sa langue maternelle.

Hier, comme chaque jour de chaque été depuis que je le connais, canicule ou pas, il a débarqué avec une doudoune, capuche fourrée et t-shirt à manches longues en dessous. Sa sœur jumelle est, paraît-il, moins décalée, elle ne porte qu'un épais sweat-shirt dans les mêmes circonstances.

Petite sidération. C'est vrai qu'il fait un peu frais en région parisienne, par rapport à d'autres coins de France, seulement 36 hier.

Bref. Ils se sont marrés et puis mon Lomalarchovitch de désormais 12 ans est parti, je ne le reverrai plus avant un petit mois. Je crois que c'est la première fois que ça me pince aussi fort.

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Je m'ennuie. Je pense que je suis à peu près fonctionnelle pour me déplacer mais je ne sais pas combien de temps. Au bout de combien de minutes dois-je prévoir le demi-tour ? Et si je suis seule et en galère ?[1] De toute façon il fait bien trop chaud pour faire quoi que ce soit et Cro-Mi m'a refusé un ciné, il doit réviser un truc avant le stage infirmier, première réalité concrète de sa vie de futur toubib.

Et puis je suis rétamée. Par la chaleur. Par le choc. Par la douleur. Par la peur, sur le coup et rétrospective. J'ai du mal à lire longtemps, autant par difficulté de concentration que par inconfort à tenir mon livre. J'ai du mal à tenir, aussi, devant des trucs un peu exigeants. Alors je consomme du divertissement pas trop difficile et l'indigence de ce que je me donne à voir m'exaspère.

Ce matin j'ai liquidé la pile de linge à ranger qui attendait depuis longtemps, lancé deux lessives, dont une avec mon sac à dos. Fait mille et une petites choses pour me dire que cet immobilisme n'est pas totalement vain. J'ai eu chaud et mal, j'ai allumé la petite clim de ma chambre pour la première fois cette vague-là, dormi.

Je m'ennuie.

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Demain je bosse, de la maison, de toute façon tout sera fermé au bureau. Pendant que la France entière savourera son pont, j'attribuerai de nouvelles rubriques à des articles, j'écrirai, un peu, je calculerai des résultats. Depuis mon lit, plateau "pont" au-dessus des jambes, ventilateur ou clim dans la tronche selon ce que la nuit aurait fait gagner sur la température, à poil sous une robe de plage, je vais bosser et je crois que j'en suis contente, ça me sortira un peu de cette impression de roue libre qui ne me nourrit pas.

Je m'ennuie si rarement, pourtant.

___

Putain, ça fait chier, quand même. Je veux dire, j'ai juste à ouvrir la fenêtre pour voir que des quantités immenses de trucs vivants souffrent bien plus que moi. Je ne vois pas bien ce que ça apporte à qui que ce soit de faire vriller ma cheville pour que je douille EN PLUS de tout ce qu'on endure, de ce début de nouvelle façon de vivre qui va nous décalquer, les uns après les autres.

C'est con, j'ai pas eu droit aux médocs rigolos.

Faut jamais entrer aux urgences sur ses deux pieds, je vous le dis. C'est beaucoup moins intéressant niveau médicaments.

Bref.

Je m'ennuie.

Non, je ne m'ennuie pas, je suis clouée au sol, contre mon gré, et je trouve ça insupportable.

La recette de gâteau que je n'ai pas faite.
La recette de gâteau que je n'ai pas faite. Ne me remerciez pas, vous le ferez à chaque mmmm voluptueux prononcé ou ressenti à la dégustation., juil. 2026

Note

[1] Vous voyez, un peu de raison me vient, quand même.

jeudi 9 juillet 2026

Malédiction

Il y a celles et ceux qui savent et puis les autres.

La sortie annuelle des chats chez le vétérinaire. On sait tous qu'on devrait faire bosser nos bestioles toute l'année pour les acclimater à leurs sacs ou boîtes de transport. On le sait. Peu le font.

Moi, vous voyez, à la faveur d'un achat de sac à dos à matou, j'avais sorti l'autre sac de portage, et semé des friandises dedans tous les jours. Ah ! Quelle motivation à venir fouiller les sacs pour déguster les œufs de Pâques planqués dedans.

En revanche, le jour J à l'heure H (hier), toujours aussi chiant que d'habitude de les mettre dedans (il faut commencer par Maïa qui a un talent exceptionnel pour l'escapologie. Compter trois échecs pour une victoire. Puis ObiWan, beaucoup plus trouillard et manipulable (mais plus difficile à attraper).

Bref, deux chats vaccinés plus tard, nous rentrions, Cro-Mi et moi, quand bim, je sens ma cheville se tordre et rien ne peut empêcher la chute.

Comme c'est la question que tout le monde m'a posée : je portais Maïa dans le sac à dos, la chute a, pour elle, été amortie par... moi. Elle a eu peur, elle va bien. Heureusement car à l'aller j'avais ObiWan en bandoulière et je ne suis pas sûre qu'il s'en serait aussi bien tiré.

Bref, me voici excédée (je me suis déjà vautrée de tout mon long à cause d'un tapis sournois chez des amis il y a quoi ? Trois semaines ?), sonnée, douloureuse et sur le pavé. Je sais que la cheville gauche va moyen mais c'est surtout mon coude et mon genou qui me parlent fort.

Cro-Mi récupère les chats pour les ramener (il faisait chaud, on était au soleil), et moi je me regroupe en repoussant les gentils passants qui me proposent qui de me relever (pas en me tenant par ce bras, madame, merci mais non merci), qui en me proposant un verre d'eau (j'ai pensé à Alana, forcément).

Me voici debout, je claudique jusqu'à la maison, un genou rouge vif et gonflé, une cheville douloureuse, le coude hurlant et le bras pas terrible.

Fast forward : deux entorses, deux tendinites, pas très grave. Je marche. Lentement. Mais je marche. Je peux allonger et replier mon bras mais en m'y prenant en douceur et lentement. Les mouvements de torsion sont pénibles (et ça complique : tout).

Comme l'a souligné ma mère : je savais déjà à l'avance que cette sortie serait pénible.

Mais les chats sont en pleine forme et moi, j'aurai oublié d'ici quelques jours, j'aimerais juste tenir sur mes pieds un peu plus fiablement, en ce moment. Pas une énorme demande, si ?

Bref.

On me dit en privé que j'écris peu, qu'on s'inquiète. C'est gentil.

Je ne suis pas bavarde, en effet, ces jours-ci. Je crois que je finis de digérer des choses, qu'elles sédimentent et que j'ai besoin de les laisser se déposer, de prendre connaissance de la nouvelle disposition.

Mais ça va, même, ça allait plutôt bien, jusqu'à cette chute. Enfin ça va toujours bien, j'ai juste un peu, moyen, mal, au corps et à la dignité.

(Je ris de la blague de ceux qui me connaissent très bien.

— Sur une échelle de 1 à 10, vous mettez combien à votre douleur ?
— Laquelle, de douleur ?
— Celle qui vous amène aujourd'hui.
— Euh... 5 ? — (Chœur de ceux qui connaissent mes seuils de tolérance à la douleur :) un bon 8, docteur !)

Un chat roux et un noir roulés en boule sur un lit, en pleine sieste concentrée.

Pour la peine, une chanson qui me terrifiait, enfant, et que je continue à détester alors qu'elle fait rire le reste du monde.

mercredi 1 juillet 2026

Augures

Il y a des journées pas tout à fait comme les autres, aujourd'hui en est une pour moi. Une journée à nouvelles, une immense, une moyenne.

Je suis partie, quelques minutes plus tôt que d'habitude, arrivée à l'arrêt de bus en même temps que le véhicule en question.

Il y a un truc rigolo avec les bus. Plus personne ne fait signe au conducteur, soit que tout le monde trouve évident qu'on est massés à un arrêt, avec pas en avant vers le bord du trottoir et que c'est un signe suffisant pour indiquer au chauffeur de s'arrêter. Soit qu'aucun ne considère que c'est son job plutôt que celui d'à côté de lever la main. Au point que l'autre jour, un chauffeur m'a dit, pendant que je le saluais et validais mon passe Navigo du même élan, "la prochaine fois faut faire signe". Pourquoi à moi plutôt qu'aux 15 autres personnes qui attendaient, nul ne le sait, d'autant - mais il n'est pas au courant - que je suis souvent la seule à héler. Bref. Le truc rigolo. Très souvent, quand vous faites signe au chauffeur avec un grand sourire (et là vous m'imaginez telle l'héroïne qui lève le bras en plein Manhattan pour choper un taxi), ce dernier s'arrête... pile devant vous. Evidemment je ne devrais pas vous livrer ce secret, et puis si ça se trouve, ça n'est valable que sur la ligne 235 entre Gare du Stade et Les Courtilles (et inversement).

Quoi qu'il en soit, je suis arrivée à l'arrêt de bus en même temps que ce dernier, lui ai fait signe et mon plus beau sourire et il s'est arrêté à mes pieds, si j'ose dire. Salutations cordiales assorties du bip du valideur, la journée était lancée.

En sortant à Liège, j'avais à peine fait quelques pas que je me suis trouvée face à face avec un type absolument magnifique. Du genre tellement beau que ça en est presque ridicule. Alors bon, j'ai souri en le croisant, il m'a souri, et c'est probablement l'échange le plus poussé que nous aurons jamais, mais ça rend le talon un peu plus enthousiaste sur le bitume. La journée commençait bien.

Et puis je suis passée sous l'échafaudage de la rue Montcey qui est en rénovation, et pile au moment où je tournais la tête côté rue, je vois par la fenêtre du bungalow de chantier un des ouvriers torse nu, en train de se changer. "Quel bonheur, des hommes beaux pleuvent sur mon chemin, si ça n'est pas de bon augure !" me suis-je dit, avant de m'arrêter en voyant la gardienne de l'immeuble sur le point de sortir, pour la saluer.

On s'est dit bonjour, et qu'il faisait bon, ce matin. Elle m'a dit que je lui portais bonheur quand elle me voyait (je ne crois pas qu'elle gagne au Loto mais qu'elle voulait dire que ça lui faisait plaisir, nos bonjours souriants et nos micro bavardages), je lui ai répondu que j'aimais ça, moi aussi, voir son grand sourire quelques minutes avant de commencer ma journée de travail.

Arrivée au bureau, on s'est échangé des blagues avec l'une des femmes de ménage et des compliments sur nos styles du jour (son pantalon, mon eye-liner) avec l'autre. Je suis allée boire mon café sur le toit en prenant quelques photos, tout en me disant que les augures étaient avec moi.

De fait, l'immense nouvelle est excellente : Cro-Mi entrera en deuxième année de médecine à la rentrée. Quelle belle récompense après ces deux années de travail acharné. Fière et impressionnée, je me disais que bon. Même si on s'arrêtait là, ça m'irait bien, l'autre nouvelle attendue (qui me concerne) n'aura pas le même impact sur nos vies.

Mais quand même, tous ces augures, ça a dû me faire pousser des ailes, parce que si je suis assurée de mon avenir, j'ai poussé une porte que je n'avais pas souhaité pousser jusque-là. Rien ne dit, aujourd'hui, ce que je trouverai derrière. Mais juste de l'avoir fait, et la façon dont ça a été accueilli... je suis contente. C'est déjà une reconnaissance en soi.

(Mon bébé entre en médecine !!! Vous vous rendez compte ?)

Un garçon attend au coin de la rue de Clichy et de la rue Montcey (aucun rapport avec les hommes croisés ce matin).
À la croisée des chemins. (Aucun rapport entre cet ado nonchalant et les hommes croisés ce matin)., juil. 2026