Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

mardi 29 mai 2012

Passage à l'essoreuse à salade

Ca secoue, quand même, ces derniers mois.

Ca secoue, ça fait peur, ça noue les tripes.

Des mots, par milliers, pour se dire des choses importantes et des petits riens, pour se dire les liens.

Ca secoue en bien, aussi. La maison n'est plus une maison "des filles" et ça c'est une vraie bonne nouvelle, à laquelle je dois beaucoup d'équilibre dans les phases qui ont secoué.

Le fait est que, quand même, là, je suis épuisée.

Rassurée : ceux qui nous ont joué des tours vont bien. Avec de l'espoir qu'on s'offre quelques mois (années ? décennies ?) sans grande trouille majeure.

Et épuisée comme quand on décompense. Quand les nuits de sommeil n'y suffisent plus, quand il faut aller chercher dans les réserves et que c'est une fatigue de plus.

Vivement les vacances, qu'on se repose, j'espère.

Et qu'on profite les uns des autres, puisque c'est ça qu'il faut retenir, avant tout : maintenant tout le monde va bien.

vendredi 25 mai 2012

Comment thé ?

Il en boit des litres à la chaîne et ne peut envisager de sortir de la maison sans en avoir deux ou trois mugs dans l'estomac. Au bas mot.

Le premier, pour moi, est bien souvent au bureau, en arrivant.

Je le bois tiédi, parfois froid, et donc bien plus lentement. En général il refait déjà chauffer de l'eau que je n'ai pas fini ma première tasse.

Il a un art de le verser, un doigt posé sur le couvercle de la théière, qu'avec mes petites mains je ne peux pas égaler, alors j'en mets plus à côté que lui.

Il en a une connaissance quasi encyclopédique, j'en ai des approches plutôt "çui là je l'aime et pas çui là".

J'ai arrêté de le sucrer depuis qu'il m'a virtuellement lapidée avec des sucrettes en sachet :p

J'ai hâte de notre prochain thé, tous les deux. Avec un peu de chance et par la magie d'une brève concordance d'emplois du temps, demain après-midi ? Sinon dimanche matin, au réveil...

mercredi 23 mai 2012

Stabat Mater Dolorosa

Curieuse concordance des temps, bousculades de sensations...

Mardi dernier j'écoutais une femme ordinaire et extraordinaire à la fois parler du sacrifice maternel, au sens : la mère fera toujours tout pour ses enfants avant elle. (On parlait là de survie et pas de confort, de conditions si précaires qu'il n'était pas question de parler de petits conforts du quotidien).

Ses mots avaient quelque chose de très universels, elle qui vient de l'autre côté de la Méditerranée. On ne parlait pas de culture, de religion, de civilisation, mais de tripes maternelles, d'un instinct venu du fond des âges et qui fait qu'en premier, on protège nos petits, on les met hors de danger.

Ca n'excluait pas les pères, bien qu'elle ait exclu celui de ses enfants, ça ne leur enlevait rien, ça disait juste quelque chose qui devient évident quand on entend les premiers pleurs de son enfant, quand tout se passe bien. Simplement.

Alors le soir on a écouté le Stabat Mater de Pergolesi. Et bien que très peu (en fait, pas du tout) catholique moi-même, je ressentais dans mes tripes cette femme, debout, entre colère et souffrance animale, entre vibration vers son fils et désespoir. Elle est la mère du Christ qu'on crucifie, mais elle est surtout toutes les mères quand les enfants sont en danger, petit ou grand. La musique de Pergolesi réussit à rendre ça, étonnamment fort, dans mes tripes et dans mon cœur.

J'en ai parlé ensuite à une amie qui va bientôt être une maman avec l'enfant dans les bras, et plus à l'intérieur de sa tête et de son ventre.

Et puis mercredi soir vous savez ce qui s'est passé et c'était mon tour d'être pétrie d'angoisses, de peur, de force, d'impuissance, d'amour et de colère.

C'était moi la mère debout, et contre ma poitrine s'endormait ma fille épuisée, branchée à l'oxygène, en attendant qu'on la monte et qu'on la mette au lit.

Pour le moment on est encore un peu choquées, Cro-Mi et moi, de ce qui s'est passé. Ca va mieux, jour après jour. Je lui parle, elle-même fait son petit chemin, je crois, pour mettre tout ça derrière, pour apprendre de cet épisode.

Mais il y avait, à chaque instant, ce lien entre nous, ce quelque chose qu'elle n'a qu'avec moi et que je n'ai qu'avec elle. Si puissant.

Je suis heureuse d'être sa mère, et heureuse que ça soit elle ma fille.

lundi 21 mai 2012

Le souffle

Souvenirs de premiers jours, souvenirs de mammifère. Son apaisement à sentir mon souffle près du sien, la clé des débuts de sieste, parfois.

Moi, comme toutes les mères du monde, à aller écouter le sien, toutes les nuits, parfois plusieurs fois. Elle respire.

Puis de façon moins inquiète, mais quand même, presque tous les soirs, aller l'écouter dormir, souffle régulier, ronflements parfois.

Les premières inquiétudes, il y a trois ans. Son souffle qui s'emballe et qui devient toux. Asthme. Apprivoisement. Parfois. Peurs, aussi. Heureusement, pas souvent, l'asthme. Trop souvent pour elle, pour moi, mais pas vraiment souvent.

Et puis mercredi soir, enfant grise, souffle court. Sirènes, cahots de la route, l'oxygène dans son nez, la main de sa maman autour de la sienne.

Mercredi soir parce que depuis mercredi matin l'asthme était là, sans aucune des raisons qui le provoquent habituellement, mais bien là. Et que personne à l'école n'y avait rien fait. Vague indifférence. Pas de température.

Il n'y en a eu qu'un pour douter et même celui-ci n'a pas pris le téléphone pour m'appeler. Alors qu'ils savent qu'elle risque. Alors qu'ils ont tout pour la soigner. Alors qu'ils avaient tout en main pour stopper la crise.

Mais ils n'ont rien fait, alors sirènes, cahots de la route, oxygène dans son nez, puis aérosols toute la nuit, machines qui bipent, saturation dans les choux, rythme cardiaque de dingue.

Et mon impuissance à faire autre chose qu'à être là. A me faire engueuler par les toubibs comme si c'était moi qui l'avait laissée s'étouffer, à ne pas répondre, ne pas hurler, parce que l'essentiel c'était son souffle et le chiffre bleu qui peine à remonter.

Et puis trois jours. Trois jours avec des tuyaux et des médicaments, et des piqûres et des contraintes, et des plateaux télé dégueu et une seule chaîne pour enfants. Trois jours et la fête d'anniv à annuler, celle qu'elle attendait depuis si longtemps.

Trois jours avec quand même quelques petites choses bien. Voir que papa et maman sont présents, tous les deux, près d'elle, même séparés. Voire que l'Enchanteur est là quand il peut, qu'il s'occupe de tout ce qu'il peut, et qu'il tient à elle si fort. Mère et fille touchées. Recevoir le cadeau d'anniversaire de grande de maman en avance, en consolation.Entendre les copines dans le téléphone. Recevoir en avance le cadeau d'anniversaire de son amoureux, livré par sa mère. Discuter de ce qu'il convient de faire quand on se sent en danger, être fière des compliments des grands sur sa maturité.

Mais trois jours enfermée, trois jours à rayer de la carte, trois jours à courir après le retour du souffle.

Elle a six ans aujourd'hui, ma Cro-Mignonne. Et si je ne réussis pas encore à faire abstraction de ce qui aurait pu être si, si je sais que chaque jour de ma vie je serai préoccupée de son souffle, je suis heureuse de le lui avoir donné, ce souffle de vie, un 21 mai 2006 à 17h25.

Retour Cro-Mi

De retour à la maison, la chasse aux médicaments.

lundi 14 mai 2012

Voix d'outre tombe

L'autre soir, je parlais avec ma tante au téléphone, et entre le décalage horaire, les soucis de sa maison parisienne, et puis peut-être que je l'ai sortie de la sieste, elle avait la voix un peu voilée, un peu enrouée.

Et ça m'a fait tout bizarre, parce qu'à deux ou trois moments, avec le phrasé et les mots, on aurait cru ma grand-mère.

A cela rien de très anormal, ma grand-mère était sa mère.

Mais ça m'a fait un truc qui m'a fait des trucs bizarres dans le creux du ventre, que d'entendre quelques nano secondes "cette" voix (qui a mobilisé tant de temps au téléphone, il faut bien le dire), même si je savais que ce n'était pas "sa" voix.

Rememberance of things past et toutes ces sortes de choses.