Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

lundi 23 mars 2026

Snob

Or donc, à cause de vous (!!!) j'ai acheté un micro de bonne qualité. Parfois je raconterai des trucs dedans et les retranscrirai pour celles et ceux qui préfèrent lire, parfois je vais écrire puis lire, on verra. Mais sachez que le micro, couplé avec le logiciel qui va bien, permet de faire des voix ultra bizarres, vous n'êtes donc pas du tout à l'abri du fait que je fasse des pitreries de gamine avec.

Alors, il semblerait que certaines personnes, que je ne vais pas citer, mais parmi lesquelles mon père, trouvent que je suis un tout petit peu snob dans mes choix culturels.

Bien. Une fois ceci posé, on peut aussi dire que c'est partiellement vrai. C'est-à-dire que j'ai décidé que, globalement, j'aimerais privilégier la qualité à tout autre critère.

Et comment on définit la qualité en art ? Eh bien, vous avez deux heures[1].

En ce qui me concerne, j'aime bien des œuvres qui viennent me poser des questions, voire me les hurler aux oreilles, me mettre dans des états émotionnels avancés.

J'aime bien quand ça me fait réfléchir longtemps après. Et j'aime bien qu'on me raconte bien une bonne histoire. Donc c'est assez large.

Je dois confesser que j'ai vu assez récemment LOL 2.0, non pas parce que je m'attendais à une œuvre de qualité, mais par une sorte de nostalgie de la très jeune fille qui était en pamoison devant La Boum, qui espérait bien devenir une Poupette, plus tard, et qui aurait bien aimé être un peu plus Sophie Marceau, dans sa vie.

Bon, il se trouve que ce point-là est complètement foiré, mais comme je l'ai raconté assez récemment, j'ai quand même dîné un soir avec Claude Brasseur – pas en tête-à-tête, mais avec Claude Brasseur – et donc une partie de ma mission est accomplie. Pour le reste, on repassera plus tard.

Voilà.

Et donc c'est ainsi qu'avec toute cette snobitude – snobinité ? snobinarderie ? – avec tout ce sens du snob, je suis allée voir Projet: Dernière Chance avec Lomalarchovitch samedi.

On avait vaguement dit qu'on irait voir Jumpers. Et puis en fait, il est allé le voir avec son grand frère et son père. Et tout ce que le monde avait à m'offrir, c'était une version VF.

Et donc, je lui ai dit : “Bof ! Et si on allait voir ça plutôt ?”

Il m'a dit : “C'est quoi ?”

J'ai dit : “Je crois que c'est une bromance entre Ryan Gosling et un rocher.”

Et je remercie mon fils d'être assez ouvert et plein d'humour pour trouver que c'était une bonne idée.

On s'est installés dans une très grande salle de l'UGC des Halles, au premier rang, pour avoir de la place pour les pieds. Et puis pour avoir de la place pour poser nos affaires, au cas où la salle serait pleine. Et puis pour être plongés en direct dans les étoiles.

Ma foi, on a passé un super bon moment. Je me souvenais que Joëlle avait dit du bien du roman. Et c'est une bonne histoire, bien menée. Et c'est effectivement une bromance entre Ryan Gosling et un rocher.

Tous ceux que les histoires atypiques emmerdent n'iront donc pas voir ce film. Ou alors peut-être qu'ils les aiment bien, mais seulement dans les films.

En tout cas, on a passé, nous, un très bon moment. Mon fiston a beaucoup rigolé. Il est ressorti en me disant : “Est-ce que toi aussi, t'as un peu pleuré à tel et tel moment ?”

Je lui ai dit : “Oui, oui, mon chéri, j'ai un peu pleuré.” Et même beaucoup.

On a passé une fort bonne journée. D'autant plus qu'on avait dévalisé, peu de temps avant la séance, la Fnac des Halles.

Donc, amis de la culture, j'ai acheté trois mangas et vu un film commercial avec mon fils. Voilà ce que c'est qu'une snob.

Aujourd'hui, je suis allée voir Rue Málaga aux 5 Caumartin. Nous étions quinze personnes à avoir eu la même idée.

Il se trouve que ce film est programmé dans moins de dix salles à Paris. C'est vous dire que ça va faire un tabac, et que c'est dommage, parce que ce film le mérite.

Il s'agit d'une très belle histoire de femme qui vieillit et qui refuse de quitter l'endroit où elle est née, où elle a grandi et où elle a vécu, où elle a aimé, où elle a élevé sa fille.

C'est Carmen Maura qui joue le personnage principal, et j'ai été subjuguée par sa beauté, par sa force, par sa liberté, par le fait qu'elle était réjouissante du début à la fin du film.

C'est un putain de bon film, dont on ressort assez heureux. En tout cas, moi, j'étais très heureuse de l'avoir vu, malgré le gang de très vieilles personnes qui étaient derrière moi et qui ont commenté à voix assez haute l'ensemble des pubs, des bandes-annonces et du film.

Quoi qu'il en soit, voilà comment on est snob en cinéma.

Retrouvez-moi pour de prochaines… Non, je rigole.

Je voudrais préciser, de façon à ce que ma rigueur scientifique puisse être transmise à absolument tous les lecteurs de ce blog, que ma méthode est infaillible.

Pour choisir ce que je vais voir, je m'en remets, en énorme partie à une martingale que trop peu de gens utilisent : le hasard.

Une affiche, un pitch, un livre recommandé, un coup de cœur sur trois images aperçues, et me voilà partie avec enthousiasme et avidité.

Je vous recommande cette méthode parce qu'elle offre bien des surprises — pour le pire et aussi pour le meilleur.

Le cinéma UGC du Forum des Halles vu de l'extérieur

Note

[1] Y a un mec qui en a fait un bouquin entier, culte sur plusieurs générations, Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes. C'est vachement bien. Aucune utilité pour comprendre ce billet mais vraiment vachement bien.

jeudi 19 mars 2026

Un coming out

Pour des raisons de générations, de contacts avec l'Orient au cours de leurs vies et je ne sais quoi encore, il y avait une sorte de postulat dans mes deux foyers de grands-parents selon lequel les tapis persans, c'est bien.

Assez tôt, j'ai eu un avis divergent sur le sujet.

D'abord pour des raisons de goût. Bon. La sensibilité esthétique ça ne se discute pas.

Et aussi pour des raisons d'incrustation de crasse sur plusieurs décennies, quelle que soit la puissance des aspirateurs sollicités.

Je sais, un tapis, ça se bat, mais vu la taille et le poids de ces engins (ne parlons pas de l'absence totale de maniaquerie de certains d'entre nous), la manœuvre est un peu délicate.

Et puis est venu un jour assez récent où mon père a fait son coming out.

Il a admis qu'après des années de conditionnement, il n'aimait en fait pas les tapis persans.

Tout le monde de soupirer, il était enfin temps de se dire la vérité : aucun d'entre nous ne les aime, ouhlala quel soulagement que de se le dire enfin ! Toutes ces années pendant lesquelles nous avons souffert en silence, chacun de notre côté !

Résultat des courses, l'objet de notre commun dégoût n'a pas bougé d'un cil. D'abord les tapis, ça vaut une blinde, et puis il est situé dans une pièce à grand passage, ses franges sont usées, certaines zones ont blanchi, il est sale malgré les efforts inlassables de ma mère, les griffes des chiens multiples ne l'entament pas, et puis par quoi le remplacer ?

Bref, l'immuable tapis persan nous enterrera tous.

Mais on est bien contents de ne pas l'aimer de concert.

Blacky, grand chien noir selon le modèle communément admis dans la famille, roulé en boule sur l'objet de notre détestation.
Blacky, grand chien noir selon le modèle communément admis dans la famille, roulé en boule sur l'objet de notre détestation., mars 2026

mercredi 18 mars 2026

Les fins de journées dans le 9e

Juste pour archiver quelque part.

Et je colle ici la transcription de ce que je raconte pour les allergiques au son allumé (dommage, j'aime bien ma voix, vous loupez !)

Hier, j'avais rendez-vous avec une amie pour dîner. Alors, on a dîné tôt, mais j'étais à 10 minutes de mon bureau. Il était peu question que j'y reste jusqu'à l'heure fatidique. Donc, je me suis promenée. Je suis passée par la rue La Bruyère, où il y a cet atelier avec des sculptures de Florence Séchaud qui m'attirent toujours un peu quand je passe par là. Et donc là, j'ai pris le temps de me poser, de les regarder. C'est au 44 rue La Bruyère, si vous souhaitez aller voir de plus près. Et puis j'ai fait des rencontres, comme ce copain, qui m'a fait une fête bon faire quelques secondes après. Il faut dire que j'ai eu du succès avec les chiens parisiens, eu égard à mes fortes odeurs de chat. Passer devant le musée de la Vie Romantique, dans lequel je n'ai jamais foutu les pieds, je le confesse, j'en ai honte. C'est à 8 minutes de mon bureau, j'irai, promis.

Et puis la rue Chaptal, où on avait rendez-vous, et qui est piétonne sur ce tronçon là, parce qu'il y a une sortie d'école notamment, donc c'est une magnifique illustration de ce que ça fait, la rue aux enfants. Et là, j'ai tout traité en noir et blanc, en plus parce que ça, forcément, ça rappelle les clichés anciens des maîtres de la photo de rue, et des enfants qui jouent, mais il y avait quelque chose. On sait évidemment que les gens qui sourient, qui vivent, qui sont là, et qui ont l'air heureux ne le sont pas forcément ou pas complètement, ou qu'ils ont des sujets graves aussi. On est dans un quartier plutôt bourgeois où la vie matérielle n'est pas forcément très difficile, mais il y a d'autres formes de souffrances.

Et pourtant, tout ce qu'il y avait de palpable dans cette rue, c'était ce petit air printanier, ces enfants joyeux, ces familles contentes de se retrouver. Et moi, j'ai fait des photos un peu crado. J'avais peur de m'approcher trop, j'avais peur de prendre les enfants en photo, etc. Finalement, je passais totalement inaperçue, y compris devant ce grand parleur à côté de qui je me suis établie finalement.

jeudi 12 mars 2026

Ouvrir une porte

Depuis quelques jours, je bénéficie de trois mois gratos sur Cafeyn. Et oui, j'ai bien pensé à résilier pour ne pas commencer à payer 11,99 € par mois pour constater que je l'utilise finalement peu.

En attendant, je lis la presse un peu plus régulièrement que d'habitude. J'en profite pour fouiner du côté de l'art (musique, ciné, photo, tout ça).

Et.

Je m'ennuie.

De façon agressante.

En fait, ça n'est pas seulement de l'ennui. C'est de la colère, aussi.

Qui pourrait, s'il vous plaît, empêcher tous ces gens de nous expliquer à quel point ils savent ? Comme leur culture est large, comme leur avis est pertinent ?

Moi, quand on me parle d'un livre, d'un film, de musique, d'une expo, j'aime qu'on m'ouvre une porte. Juste assez pour jeter un coup d'œil, me captiver un peu. Me donner envie. Et c'est tout.

De longue date, les critiques et chroniqueurs qui se paluchent sur leur bon goût me font chier. Il arrive même qu'on ne soit pas totalement sûr, au bout de leur papier, qu'on a vraiment parlé de l'œuvre en question. Du mec qui écrit, oui, en long, en large, en travers. De celui ou celle à l'origine de ce dont on parle ? Peut-être. Surtout s'il y a des banalités à ressasser.

Si ces magazines m'étaient accessibles en papier, je les fermerais rageusement avant de les envoyer valser dans la pièce tellement ça m'horripile.

Fort heureusement, c'est en ligne que je les parcours, que j'ai tout oublié une fois arrivée à la fin et que je ferme l'onglet d'un seul clic (oui mais un clic définitif, impoli, fâché).

Une dernière chose. Le prochain qui écrit "une ode à..." (la joie, la vie, l'enfance, n'importe quoi), je le cloue au mur.

Ouvrez juste la porte, merde. Juste un tout petit peu[1].

La porte entrouverte d'un immeuble parisien.

Un jour, quelqu'un m'a dit que je faisais de la photo de seuil. Je n'ai évidemment pas compris ce dont il s'agissait : je ne suis pas équipée intellectuellement pour ça. Mais j'ai fait des photos de portes et de couloirs, du coup. (Non, pour de vrai, rien à voir.)

Note

[1] Et si un jour je vous dis que vous m'avez donné envie de lire / voir / écouter quelque chose, soyez conscient de la valeur du compliment.

lundi 9 mars 2026

Le livre sorti du sac

L'autre jour, il faisait un temps insolent à Paris, la vie était plutôt douce et c'est devenu le jour du premier déjeuner en terrasse de l'année (enfin : en trottoir, on est à Paris). Oui, en mars. Et, si je ne m'en souviens pas forcément d'une année pour l'autre, j'ai toujours une tendresse pour cette première. J'aime être dehors quand il fait bon, que le soleil ne brûle pas mais que l'air est doux, qu'on rentre la peau un peu frémissante d'avoir pris l'air, autant d'un coup.

Bref, il faisait bon, l'intérieur des assiettes était savoureux, la conversation bâton rompait quand pile au bon moment, comme si le dialogue avait été écrit[1], comme si quelqu'un avait soufflé "maintenant, c'est maintenant que tu fais ton entrée", un type débarque à côté de notre table, précédé par un "bonjour les amis !" énergique et souriant.

Je vous résume le pitch : le mec vend des livres qu'il trimballe dans un grand sac de sport en échange de quelques pièces pour manger (sinon, son repas sera un verre d'eau (sic)).

Il se trouve que ma pile à lire, quelques minutes plus tôt, venait de grandir de quelques livres et que j'avais un peu de méfiance vis-à-vis du contenu du sac. Mais le type était tellement bien tombé, avec une énergie communicative, parfaitement assorti au moment, que je me suis mise à fouiller dans mon sac pour en extraire mon portefeuille, que je croyais garni de quelques grosses pièces et d'un billet de cinq euros.

(J'ai en général une idée assez floue du liquide que j'ai, quand j'en ai, la plupart du temps : pas. Les pièces et billets me filent entre les doigts sans que je sache pour quel usage.)

Dix balles.

Dix balles et quelques pièces rouges, c'est tout ce que j'ai.

Ça ne se fait pas, de demander la monnaie sur un billet de dix à un mec qui fait la manche, n'est-ce pas ? (Vous me rendrez sept euros et 50 centimes, mon bon monsieur). Un conflit se joue en quelques secondes dans mon cerveau : oui mais bon si ça se trouve c'est un escroc ? Mais qui ferait ça pour le plaisir enfin, ma pauvre ?! Même toute trouée qu'elle est, ta pyramide de Maslow est probablement mieux remplie que la sienne, dix balles, ça lui fait quoi ? Peut-être deux repas ? Il le vend tellement bien, allons.

Je lui file mes dix balles sous le regard de celui qui partage mon repas et qui doit finir par savoir que je suis une grande cinglée. Je veux dire, je ne gagne pas assez ma vie pour partir en vacances loin à tout bout de champ ou me loger dans mes quartiers préférés de la capitale, mais je ne suis pas non plus à dix balles près. Et puis il a touché un truc dans mon cœur, ce mec sorti de nulle part, tant pis, tant mieux, ça part dans le grand karma, à force de cracher en l'air ça nous retombe dessus, si ça se trouve à force de jeter des billets de dix balles en l'air il y a des trucs cool qui vont me pleuvoir dessus, un jour ? (Hélas, rien en vue.)

Je refuse le livre, en revanche, mon tote-bag est bien garni, ma table de chevet d'1,80 m de long aussi. Le type s'indigne, je me dis dans le dedans de moi que peut-être dans son dedans à lui, ça n'est pas possible, des sous contre rien, alors je me laisse faire, deux mecs rieurs fouillent le sac, je finis par repartir avec un polar choisi par le grand gars qui après quelques questions sur sa veste finit par s'en aller en claironnant "Stop à la dépression !" assorti du V de la victoire.

Depuis je maudis les créateurs d'émojis qui foutent des espaces indésirables et de mettre partout où je peux un beau hashtag #✌️StopALaDépression

(Bon, c'est pas comme si un hashtag...)

Et puis le jour suivant est venu et, depuis, le bonheur ruissèle sur moi c'est un enchaînement de journées de merde. Comme quoi l'instant karma, c'est uniquement dans le mauvais sens que ça marche. Quand tu envoies de l'amour et des thunes dans le monde, autant le faire de la manière la plus désintéressés qui soit, ça ne rapporte rien, ça n'empêche ni l'épuisement de te pulvériser, ni les emmerdes de t'emmerder, ni les larmes de couler. Alors que putain.

Mon chat roux, ObiWan, tranquillement installé, patte posée dessus, sur le livre "Le chien d'Ulysse" de Jim Nisbet.

Note

[1] Encore que s'il avait été écrit, tout le monde aurait trouvé ça téléphoné tellement ça venait à point nommé.