Depuis que je ne vais plus à l'école, quelques décennies, donc, j'apprends majoritairement seule, en autodidacte.
Encore que ça soit une idée fausse de se dire qu'on apprend seul(e). Il y a toujours un truc qu'on grapille de quelqu'un qui sait. La grosse moquerie qui nous cingle et nous marque au fer rouge, quitte à se rendre compte des années après que la parole d'expert était une connerie. Les tutos. L'immersion. La répétition, la tentative d'imitation. L'erreur qui se transformera peut-être en savoir.
Tiens d'ailleurs, c'est amusant, parce que cette façon d'apprendre dans mon coin est directement liée au fait que je viens d'un endroit où il n'y a pas beaucoup de place entre le début de l'apprentissage et la perfection. Médiocre n'existe pas, apprenti a quelques mérites, mais surtout si le résultat est invisible. Le tâtonnement est honteux, la tentative risible.
Comme quoi, cordonniers, tout ça. Rien ne sert de sortir d'une lignée d'enseignants pour nier le fait que la maîtrise ne vient pas de la reproduction parfaite mais des erreurs sur le chemin. En tout cas, pas quand on peut faire un commentaire désagréable à quelqu'un au passage, histoire de miner les bonnes volontés.
Quoi qu'il en soit, j'apprends, donc, dans un coin d'ombre, pas dans un ordre logique. J'ignore des choses évidentes pour les "bons élèves", ceux qui font les choses académiquement. J'en maîtrise d'autres qui semblent difficiles à atteindre. Et je ne sais jamais vraiment où j'en suis.
Je revendique peu. Je ne parle pas l'italien, je l'apprends. Je n'écris pas, j'ai un blog. Je ne suis pas photographe, je prends des photos.
Avec l'âge et le plus rien à foutre des connards, j'apprends à affirmer mieux. J'apprends à recevoir mieux, aussi.
Il y a trois semaines environ, j'ai passé la journée avec d'anciens et de nouveaux collègues pour le démarrage de la énième façon de travailler. Le soir, dîner sympa, j'étais en bout de table avec les deux personnes qui ne parlaient pas (ou très peu) français.
Et là ça dérape. On parle art, et littérature, et cinéma, avec un mec brésilien qui bosse au Portugal. Enthousiasme mutuel, cette invasion de la soirée par des sujets qui nous animent n'était prévue ni de part ni d'autre. On est contents, on profite. Et le beau ténébreux dont le visage s'illumine lorsqu'il sourit de me demander si par hasard, je ferais des trucs un peu artistiques, dans ma vie. Alors je lui dis que j'écris un peu, et puis que je prends des photos. Quel genre ? Je lui tends mon téléphone sur mon insta photos.
On ne se refait jamais totalement, quand il a fait un O avec sa bouche avec les yeux grand ouverts, je me suis demandé si c'était parce qu'il kiffait ou qu'il trouvait ça risible.
Et lui de me dire que justement, lui aussi est photographe. J'avais des tas de notifs sur insta le temps de rentrer chez moi. Je vais voir ce qu'il fait et j'y trouve du beau.
Depuis on s'envoie des nouvelles en images en plus d'entraîner son français. Et on projette des promenades photo du midi autour du bureau pour son prochain séjour parisien.
Ce n'est pas le seul qui m'a parlé de moi comme photographe, ces dernières semaines. C'est un petit étonnement à chaque fois.
J'essaie de me dire que c'est comme le niveau B1 en italien, c'est venu avec du travail et de la patience. Prenons, donc, avec modestie et humilité, mais prenons.
"Bom Diiiiiiia ! Tudo bem ?" "Bon Jour ! Holy shoe, this pic. Here's Lisboa this morning in return." "I don't edit the flares, I love imperfections." "I fucking love the flares. Exposure is a signature, I love yours." "I like the way you capture love in you pics." "Il est cool ton pigeon. C'est encore plus difficile à photographier que les chats" "C'est vrai, mais il y a un vieillard la bas qui donner a manger aux pigeons. Ça me facilite la tâche."







