L'aîné, 20 ans dans trois mois, me raconte sa soirée de Saint-Valentin : entre potes, ils ont fait des crêpes. Et puis envisagé de regarder Jurassic Park mais sont plutôt allés se coucher, épuisés. Il est vrai que le rythme qui est le sien ne pousse pas aux folles nuits, et qu'il ne me raconte pas tout.
Mais bon, à son âge, je dansais sur les tables d'un pub irlandais sur une base régulière, quoi. Il se marre et me dit qu'au prix de la pinte, ça revient trop cher. Ce pauvre enfant qui croit que je payais mes consommations. Tsss. À quoi serviraient les mecs ?
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Le petit tord le nez quand je lui demande son autorisation de sortie pour vendredi.
C'est une sortie hors des heures de collège et ça ne le tente pas.
"Mais c'est bien, la danse contemporaine, tu vas aimer, je pense".
Il me répond qu'il n'a aucun doute mais qu'il n'aime pas être dehors après 21 heures en hiver (c'est spécifique) ni se coucher trop tard (sauf quand il est pris dans une frénétique partie de je ne sais quoi).
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Mes petits papys.
Je vous jure, j'essaie de leur montrer l'exemple, pourtant. Pas plus tard qu'hier soir je m'envoyais un mojito fraise en trinquant à la santé de mes indélurs. (Une bande de filles indignes et délurées, pour ceux qui ne nous connaissaient pas il y a 15 ans. On avait même un blog collaboratif où on racontait des horreurs, comme quoi les choses chan... oh wait.)
(Et surtout, je sais, je sais, tout ceci n'est qu'une partie de leur vérité, susceptible de changer à tout moment).
Je dois avoir 4 ou 5 billets qui s'écrivent dans un coin de ma tête, aucun assez "prêt" pour se diffuser jusqu'à mes doigts. Et puis ce matin.
Ce matin j'ai traversé l'avenue de Stalingrad, comme plusieurs fois par semaine. Les feux de l'intersection clignotaient orange et c'est toujours la merde car l'avenue est un peu large, tout le monde y arrive comme des cowboys, trop vite, bref, il faut faire gaffe, même quand les feux fonctionnent.
Ce qui ne m'empêche pas de traverser comme un porc.
J'ai eu le temps d'une pensée pour mon fils qui allait traverser, comme un étourdi, lui, quelques dizaines de minutes plus tard, de m'arrêter à l'arrêt de bus pour décider si je l'attendais ou si je continuais ma route vers le train, le nez sur l'app, j'entends un grand choc, je me retourne.
Un type au sol. Et la voiture qui venait de le renverser, arrêtée à côté.
Vu son emplacement sur la route, lui aussi avait traversé comme un porc, mais merde, le chauffeur, que j'entends répéter en boucle "je ne l'ai pas vu, je ne l'ai pas vu"... la maîtrise du véhicule en toutes circonstances ? Ralentir aux abords d'une intersection ? La responsabilité de deux tonnes de tôle contre 80 kilos de vieux monsieur ?
J'ai appelé les pompiers qui m'ont dit que le chauffeur avait déjà prévenu, merci madame, pendant qu'on se parle est-ce que vous voyez s'il est conscient, s'il respire (oui, oui, et le tas de gars qui s'est amassé au milieu de la route est tranquillement en train de l'aider à s'asseoir, putain de formations aux premiers secours, ne le touchez pas, crie quelqu'un pas loin de moi).
Les sirènes sirènent, police, pompiers, le bus arrive. Je monte dedans, un peu choquée.
Mais bon, c'est à ce type qu'il est arrivé quelque chose, pas à moi.
J'envoie un SMS à mon fils pour lui dire : fais gaffe quand tu partiras, les feux sont HS sur Stalingrad, sois prudent en traversant. Il me répond d'un message fait de cœurs. Voilà, j'ai fait les seuls choses pour lesquelles je pouvais être un peu utile.
Je saute dans le métro en me disant que la journée allait être un peu rude, quand même.
Par association d'idée (les rires qui nous prennent alors qu'on ne se pense pas du tout d'humeur) j'ai pensé fugacement à Alice's Restaurant, la version revisité avec la visite à Washington, les dossiers Nixon, bref, cette chanson a le pouvoir de me faire rire à chaque putain de fois. Et quand je dis rire : pas un sourire poli, non, l'éclat de rire bruyant, seule sous mon casque.
Par la magie du hasard et des playlists aléatoires, elle démarre au moment où j'arrive au bureau. C'est drôle, cette chanson sait toujours me trouver quand j'ai besoin d'elle. Je me hâte de poser mes affaires, de faire couler un café et de me jeter sur le toit, sans trop d'illusions sur ce que je vais y trouver : la météo m'a parlé de gris, de pluies fines, rien d'engageant. Je sors de l'ascenseur, aperçoit des traces pastels dans un coin de ciel, me rue (prudemment) vers l'est et....
Deuxième lever de soleil avec présence apparente du soleil de l'année.
J'ai eu une pensée pour ce type en lui souhaitant des surprises joyeuses dans sa journée. Elle a commencé bien plus mal que la mienne, qu'il ait des rebonds de joie encore plus grands. Enfin il la passe sans doute en partie à l'hôpital, mais ne serait-ce que la joie d'être vivant.
Et pour celles et ceux qui ont besoin ou envie de rire, je sais que je l'ai déjà partagée, mais cadeau.
Demain je ne sais pas mais aujourd'hui j'ai envie de partager du doux, du tendre, de la joie, du drôle, du beau.
J'ai toujours rêvé d'avoir une silhouette longiligne, tout en longueur, jambes infinies. La grâce un peu malhabile du jeune poulain à peine levé.
Pour des raisons de genre de coupes de fringues que j'aime. Pour pouvoir croiser les jambes avec une élégance ultime, les décroiser comme si je me dépliais comme une araignée.
Évidemment c'est un rêve impossible, même si je pesais 50 kilos de moins. Ne serait-ce que parce que mes muscles (oui, j'en ai, ça va, au fond, les deux qui se marrent, hein ?) ne sont pas longs et étirés. La bonne nouvelle c'est que quand je pédale, ça envoie du watt. La mauvaise nouvelle c'est que rien au monde ne peut changer ça ; la mort, sans doute, ça reste un peu radical comme glow up.
J'en ai pris mon parti il y a longtemps, hein.
Mais c'est un chemin.
Il y a un truc terrible, c'est que la haine de son corps commence généralement par le regard bienveillant de son entourage qui critique : trop gros, trop maigre, yeux acérés sur des corps pas finis de grandir, puis les copains, la médecine. Le monde entier vous hurle que si vous êtes gros(se) c'est de votre faute. J'en ai déjà parlé plein de fois, n'y revenons pas, si ce n'est par une question que la plupart des gens à poids standard ne se sont jamais posée : pourquoi n'y a-t-il pas (ou si peu) de héros de fiction gros sans autre caractéristique ? Les gros de romans, de films ou de séries sont bêtes, ou méchants, ou ridicules, ou un peu de tout ça à la fois, dans une immense majorité des cas. Représentés en train de s'empiffrer, cantonnés dans des rôles secondaires, ils n'ont droit ni à l'amour ni aux honneurs, ou alors en passant par des phases où ils sont, d'une façon ou d'une autre, humiliés.
Mais personne ne voudrait s'identifier à un héros ou une héroïne grosse, voyons. Ça ne ferait pas vendre. Comment peut-on être gros et rêver pour soi de l'amour, de la tendresse, de la considération ? Nous sommes, partout dans la vie, sommés de rester à notre place de sous-humains. J'ai parlé, déjà, de ma copine qui s'était fait larguer par un mec qui n'assumait pas d'être amoureux d'une femme grosse. (Avec beaucoup plus de points de QI que de kilos, ça fait quand même double tare.)
Va construire une bonne image de toi, avec ça.
Je pense qu'on est toutes passées par des envies de s'arracher de la chair, du gras à pleines mains. À des niveaux de détestation inimaginables. Qu'on s'est fait du mal à coups d'affamements, d'objectifs sportifs intenables. Je crois que dans ces moments la haine de nous se voyait plus que nos kilos, aussi.
Et puis, quand on a du bol, on trouve un chemin vers un apaisement.
De gratitude, même, d'avoir aimé, porté des enfants, d'être là, en pas si mauvais état.
On relativise. Enfin je veux dire, si un mec amoureux n'a pas voulu de moi pour cette raison, ça ressemble plus à un problème à lui qu'à un problème à moi.
On parlait de ça avec des collègues l'autre midi, les unes immenses et élancées les autres moins. Je leur disais que jamais, dans ma vie, il ne m'est arrivé d'être à poil avec un mec pour la première fois et qu'il se lève et parte en disant "non, désolé, pas moyen".
Et puis qui on est avec une seule vie à vivre.
À ce stade du chemin, je sais que si j'étais grande et longiligne, je galèrerais à trouver de la place pour mes jambes partout où je chercherais à m’asseoir, je rêverais de plus de seins, plus de fesses, de pantalons et de pulls assez longs pour couvrir mes membres en entier.
Mardi, dans le métro, il y avait ce type immense dont la tête touchait le plafond. Il ne pouvait pas se tenir debout sans se voûter, se déhancher. Je me suis dit que sa vie devait être bien chiante. Et je me demandais avec un sourire s'il avait rêvé, un jour, d'être plus petit.
Il y a, dans ma façon de vivre ma vie dans tous ses moments, une façon de m'accrocher à des choses qui font du bien, parfois totalement futiles. Dont acte.
Je me lève souvent le matin avec une dalle d'enfer, phénomène amplifié par le fait que je me réveille très tôt, très souvent, et que mon corps a le temps de bien se mettre en route avant qu'il ne soit une heure décente pour risquer un pied hors du lit. Et, évidemment, quand la tête cogite, c'est encore plus tôt.
Les matins de bureau, c'est expédié, pas le temps, juste de quoi ne pas trop avoir le ventre qui gargouille avec indignation dès 10h13, en pleine réunion.
Les jours de télétravail, je prends du temps, je démarre la journée plus tranquillement, mon plateau et un livre à la main, ou de la musique ou une énième vidéo sur la photo. Certes, le moment de solitude sur les toits de Paris me manque mais mon estomac, lui, est plein de gratitude.
Et puis le week-end.
J'intrigue toute la fin de la semaine pour être sûre qu'il y a des restes de fromage. Je sers des portions minimales à l'ogrillon qui me sert de fils puîné en lui faisant la morale sur sa propre consommation du bien commun qu'est la boîte à fromage. Et le samedi matin je m'envoie joyeusement les fins de morceaux avant d'aller en acheter de nouveaux au marché. Récompense anticipée de la sortie sous la pluie à venir.
Le dimanche, depuis quelques semaines, quand il est là, Lomalarchovitch récompense ma trop grande permissivité sur son temps de PC / console par un plateau préparé par ses soins. Ses œufs brouillés commencent à être sérieusement au point. Bon, il n'est pas organisé et tout arrive froid sur mon lit, mais on progresse (et puis c'est tellement chou). Quand il est chez son père c'est mon troisième acte du dimanche : distribuer la pâtée du dimanche aux félins, faire le tour d'arrosage des plantes et me préparer un petit déj de compet. Et oui, je fais attention à ne pas confondre petit déj des chats avec le mien, merci de votre attention.
Les menus varient (parce que j'aime faire selon mes envies et pas de façon immuable), le plaisir, lui, est invariable.
Par ailleurs, j'ai désormais la maîtrise totale de l'infusion du thé et, depuis que je suis la seule adulte sous mon toit (enfin de plus de 20 ans, quoi), je redécouvre la joie immense du thé parfaitement infusé. Joie ineffable.
Ça n'a l'air de rien, on s'en fout un peu, de si j'aime manger le matin.
Mais si vous connaissez la vie, vous savez comme moi ce que représentent ces petites bouffées de joie simple.
(Et les prochains à dire que je suis compliquée, je trouve quand même que je suis assez facile à contenter : des bouquets de bons livres, du fromage et le petit déj au lit de loin en loin ? Honnêtement, je crois qu'il y a pire.)
Je tiens à préciser qu'il n'y avait pas TANT de beurre sur ce muffin, c'est la photo qui rend bizarre (et oui, j'avais soustrait un petit bout de la truffe offerte par mes parents pour me faire des œufs brouillés à la truffe, je suis une mère indigne, signalez moi aux autorités compétentes.), févr. 2026
Cette année, j'ai été recensée (avec le reste des habitants de l'appartement - sauf les chats). C'est la première fois de ma vie adulte.
J'étais assez enthousiaste sur le sujet (on a l'enthousiasme qu'on peut sur les sujets qui se présentent, hein) car la dernière fois qu'on a fait appel à mes devoirs citoyens, il s'agissait d'un tirage au sort en tant que jurée d'assises, et je faisais carrément moins la maline. Fort heureusement pour moi, même si j'imagine qu'il faut représenter "tout le monde", ça n'a pas été plus loin que le premier tour de tirage au sort.
Bref, le recensement = roupie de sansonnet, à côté.
Et puis c'est en ligne, ça prend quelques minutes, aussitôt fait aussitôt oublié.
Lomalarchovitch et moi sommes tombés sur l'agent recenseur alors qu'il faisait le tour des appartements pour remettre identifiants de connexion et consignes. Du coup j'ai expliqué à mon fiston de quoi il s'agissait, les incidences sur les politiques publiques et équipements locaux, le fait que c'était obligatoire. Et l'agent de nous dire qu'il était bien content de me l'entendre dire parce qu'il était confronté à de nombreux refus, de gens qui s'opposaient totalement.
Je me disais que dans mon quartier, il y a sans doute pas mal de gens avec des papiers un peu bricolés, ou en sous-sous-sous location pas très officielle. Et que répondre à ce genre de questionnaire devait être terrifiant.
Et puis S. m'a dit qu'elle avait été recensée aussi (pas cette année) et qu'elle avait été la seule de son immeuble à le faire avant relances musclées.
C'est un peu vertigineux, ce que ça ouvre comme perspectives, sur la confiance entre citoyens et Etat, hein ?
Eh bien bon vertige à vous aussi. Pas de raison que je sois la seule.