Et juste comme ça, je me suis dit que je n'avais pas besoin de chercher très loin.
Ça fait des mois que je bataille avec une forme d'effondrement intérieur pas très maîtrisable, sans savoir pourquoi. Pourquoi j'ai l'impression d'aller plus mal que quand j'avais de gros problèmes ? Pourquoi je me sens en paix avec moi et pas avec ce concept étrange qu'est la vie ?
Depuis que j'ai écrit, décrit, mes dix dernières années, ça s'éclaircit.
Si je devais être parfaitement honnête, la période sombre avait même démarré avant, mais il y avait de grandes joies, aussi, pour compenser.
J'ai réalisé que depuis fort peu de temps, je ne suis plus en combat permanent. Proches malades ou blessés, enfant en difficulté, galères diverses sont derrière moi, au moins pour un temps.
Je crois que mon système nerveux n'a pas encore compris. Qu'il est en vigilance constante vis-à-vis de ce qui pourrait arriver, qu'il ne sait plus bien fonctionner au calme, sans menace immédiate sur quelqu'un que j'aime.
Depuis que, de mes doigts sur le clavier, les mots se sont frayé un chemin jusqu'à mon cerveau, une forme d'apaisement s'installe.
Je ne sais pas si c'est vraiment ça, la cause de ces moments où je me suis demandée à quoi ça servait, au juste, d'être vivante. Mais je crois, au moins en partie. On verra bien.
Je voulais faire ce billet audio un peu plus tôt mais la toux et la voix cassée ont été un peu handicapantes. Alors c'est aujourd'hui. Et comme d'hab la retranscription pour qui préfère lire, ou ne peut pas mettre le son ou whatever reason vous avez de ne pas écouter. Ce qui est dommage car il y a aussi des chansons, à écouter, mais vous faites bien comme vous voulez.
C’est un peu contre-intuitif, pour une personne comme moi, d’aller assez souvent voir, ou plutôt écouter, des concerts, selon l’endroit où je me trouve dans la salle, et qui est placé devant moi. Parce que je suis une sauvageonne qui n’aime pas les foules, parce qu’il fait chaud, parce que le son est fort, parce qu’il y a plein de choses qui m’agressent un petit peu, ou qui m’agresseraient beaucoup si c’était dans mon quotidien, mais qui, là, fonctionnent. Ou en tout cas, le plaisir que j’y prends est largement supérieur à la contrainte. J’ai toujours aimé voir la musique comme si elle coulait des gens qui la font.
Je ne sais pas si vous avez vu les Get Back Sessions, ce documentaire sur des sessions d'enregistrement des Beatles, ça me fascine. On a l'impression que la musique part de leur cœur, passe par leurs doigts, leur corps, se diffuse via les instruments, qu'ils sont la musique. Et c'est ça que je cherche, c'est ça qui m'émeut énormément.
Quand j’étais lycéenne, j’avais une bande de copains qui était dans une classe, ça ne s’appelait pas CHAM à l’époque, mais ils y faisaient de la musique, on y préparait les élèves à la professionnalisation. Ces élèves fréquentaient le conservatoire en plus de leurs cours au lycée, évidemment. Je me souviens d’être allée plein de fois en salle de répèt ; on démontait quasiment le piano d’études qui était là, on enlevait tout ce qu’on pouvait enlever pour qu’il sonne à mort.
Et puis moi, je me collais à côté et j'écoutais des notes et des notes déferler. C'était comme une bulle. Et c'est un peu ça que je cherche dans les concerts.
Alors ces derniers temps, j'ai vu The Divine Comedy, il y a quelques semaines, c'était hyper chouette. Les marqueurs "Neil Hannon" était au rendez-vous. Est-ce que j'ai connecté émotionnellement ? Peut-être un peu moins que d'habitude, mais j'étais contente de le voir. L'indicateur, c'est : est-ce que j'étais exaspérée par quelqu'un dans la salle ? Et la réponse est oui, la famille derrière moi qui emmenait tous ses enfants. J'ai trouvé ça super chou. Et en même temps, les coups de pied dans le siège derrière. Les "Noé, tiens-toi bien. Les gens écoutent, tu déranges" et tout...[1]. C'était insupportable. Et si j'avais été complètement, complètement dedans, je crois que je l'aurais moins remarqué.
Et puis, la semaine dernière, je suis allée voir Sprints au Cabaret Sauvage, cette petite salle absurdement faite, et très chaleureuse néanmoins. Je pense qu'on a tous besoin de Karla Chubb dans la vie, cette meuf est folle, elle met une énergie de dingue à traverser la salle dans tous les sens, sur les mains du public qui la porte, avec sa guitare, avec son micro, en allant se commander du vin, en repartant, j'ai beaucoup de tendresse pour cette fille, et j'espère qu'elle ne va pas s'abîmer en vieillissant. C'était musicalement absolument génial. J'avais adoré leur album à sa sortie. Bref, j'ai passé un très bon moment. Si ce n'est que comme toutes les fois où je vais quelque part (il faut savoir que je ne suis pas grande du tout) il y a forcément trois mecs immenses, potentiellement avec des afros ou des coupes de cheveux envahissantes, devant moi. J'avais envie de filmer une chanson de ce concert pour quelqu'un. Et la seule façon de le faire de façon efficace, c' était d'être debout sur les banquettes. Parce que même avec deux marches de différence, il y en a un qui était juste devant et qui était encore plus grand que moi.
Et puis, c'est toujours un bon test, le Cabaret Sauvage, c'est dans le parc de la Villette. Pour ceux qui ne connaissent pas Paris, c'est tout près du Zénith. Et c'est un endroit qui est curieusement hyper inaccessible de chez moi. Ça prend à cette heure-ci au moins une heure et demi pour rentrer en transports en commun alors qu'il y a 10 km[2]. Donc j'avais laissé ma voiture au parking de la Cité des Sciences et je craignais un peu le retour parce que ça fait passer par des endroits un peu trop... calmes pour la nuit.
Et finalement, ça s'est bien passé, je suis bien rentrée et mon retour n'a pas gâché la joie du concert.
Deux jours après, je suis allée voir Searows à la Bellevilloise avec mon amie S.
Searows, je vous en avais parlé, c'était la première partie de Tamino et ce môme... J'ai entendu un jour trois notes et demi sur Deezer, dans une playlist lancée au hasard, et il m'a attrapée. J'ai une tendresse infinie pour ce môme. Je disais l'autre jour que j'étais contente de partager un peu de mon temps sur Terre avec lui. C'était magnifique. Sa première partie, Amos Heart, un mec de Portland aussi, il est arrivé avec sa casquette et son air de péquenaud, puis il a fait des blagues. Et il a joué très folk tradi, pas très loin de la folk américaine des années 60 . Ma came, l'endroit où je suis née à peu près, avec le rock anglais. Et c'est curieux parce que ses arrangements albums sont beaucoup plus complexes, mais j'ai vraiment aimé beaucoup. Et Searows... tout, tout, tout.
Je lui souhaite le meilleur à ce môme. J'ai confirmé l'impression que j'avais depuis la première seconde, parce qu'il a une voix qu'on confond facilement avec celle d'une femme, et une apparence assez androgyne. Et puis, donc il y avait quelque chose d'un peu ambigu. A la sortie de son album en janvier, il était très soutenu par Ethel Cain. J'ai eu un petit sourire à me dire que ces petites créatures jolies ne traînent pas ensemble par hasard. Et effectivement, j'ai lu quelques temps après que Searows était un mec trans, peut-être que je transfère un peu de mon affection maternelle pour ces jolies âmes tourmentées et sensibles, qui me rappellent quelqu'un qui vit à deux portes de la pièce où je me trouve actuellement.
J'ai vu aussi qu'il avait dit qu'il ne pensait pas pouvoir être trans et artiste. Et ben putain, la Bellevilloise entière à pleurer, à avoir envie de le prendre en ses bras, à accueillir tout ce qu'il avait à offrir. Je peux pas vous dire comme c'était beau.
Et c'est pour ces instants-là, rien que d'en parler, j'ai la larme qui remonte, alors que vous vous en foutez, vous n'étiez pas là, si ça se trouve, vous n'aimez même pas ce genre de musique-là, que je vais voir des concerts.
Notes
[1] Il y avait aussi un Aloys, je n'ai pas les prénoms des deux autres enfants, en revanche.
J'avais l'impression d'avoir été drastique mais à chaque fois que je regardais sur les étagères, je tombais sur une merde infâme.
Mais bon, la flemme.
Eu égard à ma dévotion pour la Qualité, j'ai combattu cette dernière au cours de duels épiques.
(En réalité : plusieurs semaines de mise en route sur l'air de "Je pourrais quand même mettre (insérer ici un auteur ou type de livres) à la boîte à livres, puis un jour, dans un sursaut imprévisible d'énergie, saisir les ouvrages en question, les mettre dans le caddie à courses en prévision du prochain tour au marché. Rentrer avec le sentiment du devoir accompli et tomber nez à nez avec une merde infâme sur mes étagères. Rinsee and repeat.)
Ça donne d'ailleurs de drôles de scènes. Quand je vide mon caddie dans la boîte à livres, une antique personne se pointe généralement. Souvent elle vient déposer, aussi. Et chacune des parties en présence tente de fourguer à l'autre le contenu de son chariot. Parce qu'on préfère donner nos livres (même les merdes infâmes) que de se douter que la bouquinerie, installée sur le marché à trois pas d'ici, vient se servir allègrement à gratos pour revendre nos trésors merdes infâmes à 1 €, ou 2.
Je suis ravie de vous annoncer que les miens ont une durée de vie en boîte assez courte ; ils doivent faire les beaux jours de la caisse à sous en métal de la bouquinerie.
Bref, ces rencontres occasionnent parfois des scènes épiques. Pas plus tard que samedi, je me retrouve avec un papy féroce négociateur (dans un genre "ayez pitié de moi"). Est-ce que j'ai mis dans mon chariot ses deux Tahar Ben Jelloun contre la promesse ferme qu'il ne tenterait même pas de se débarrasser de ses CD-ROM neufs, vierges, encore emballés, auprès de moi. Bien sûr les bouquins n'ont jamais quitté mon chariot et seront déposés dans la boîte à la prochaine occasion. Pourquoi ces salamalecs ? Pour le plaisir d'un échange rigolo, en ce qui me concerne, ce qui, bien sûr, représente un poids supplémentaire à charrier, mais hey.
Je me retrouve donc dans une situation inédite depuis des décennies : il y a un peu de place dans mes étagères. Un peu plus que l'équivalent de ma pile à lire "physique" en cours.
Ce genre de signaux qui n'ont qu'une réponse possible : j'ai de la place, ergo je peux acheter des livres.
(Quand je pense qu'il est des gens pour employer des techniques aussi rationnelles que "un entré, un sorti", ça me déprime vaguement).
Un jour de grande purge et de changement d'étagères - je pense que c'était le contenu de la première des trois Expedit vidée. Je sais que certains d'entre vous vont tenter de zoomer, bande de petits curieux. Octobre 2021
Il faut quand même que je vous raconte pourquoi j'ai sauté sur l'occasion de deux compliments et demi pour me lancer dans des versions audio pour le blog !
Il y a longtemps, quand j’étais étudiante en Lettres Modernes — ce qui laisse un petit peu de temps pour vaquer à d’autres occupations, surtout quand, comme moi, on n’est pas très assidue en cours — je me suis fait entraîner par un copain dans une émission de radio étudiante, sur notre radio locale : Radio Ginglet la Boucle, aka RGB 99.2.
Il y avait là Pépé Funky et quelques autres figures locales. C’était évidemment hyper amateur, et même presque inaudible. J’ai un souvenir ému du mec à la technique, Noël Dos Santos, qui m’a appris à peu près tout ce que je sais du montage audio. Je pense à lui beaucoup, ces derniers temps, parce qu’Audacity, c’est quand même plus simple que de couper des bandes, les scotcher, et se rendre compte qu’on a coupé un peu trop… plutôt qu’un peu pas assez.
Il m'est resté de cette époque beaucoup de joie et de très bons souvenirs.
Et puis, à la fin de ma maîtrise — je ne sais même pas quel est l’équivalent aujourd’hui, un M1, je pense — j’avais très envie d’entrer dans un troisième cycle qui me préparerait à faire de la radio plus tard. Ça a foiré.
J’avais mon concept. Ça s’appelait « Dessine-moi un roman » et j'’aurais aimé inviter des gens à me parler des romans qui les ont marqués. Bon… ce concept n’est peut-être pas très original, et il est mort avec la bifurcation vers la fin de mes études et le début de ma vie pro.
Et puis voilà. Quelques années plus tard, j’ai lancé un podcast pour le boulot. Ça a bien marché, et ça m’a rappelé des choses que j’aimais.
Mais je me disais : flemme. Enfin non, pire que flemme : pas le temps. Et puis pour faire quoi, au fond ?
Et puis finalement, les balades avec ma voix dessus ça a plu à… trois personnes. Du coup, je me suis sentie totalement légitime pour acheter un micro, faire des versions audio, ou de bloguer à l’oral et retranscrire ensuite.
Et maintenant, vous êtes coincés. C’est horrible. C’est tragique, ce qui vous arrive.
Enfin, tout ça pour dire que j’ai toujours beaucoup aimé la radio. Et qu'aujourd’hui, je ne sais pas si ça va me mener très loin, si ça va durer très longtemps… mais ça m’amuse de me retrouver face au micro, le casque sur les oreilles, dans une ambiance qui ressemble un peu à ça, de loin,.
On pense toujours, quand on entend l'expression "à vol d'oiseau" à une ligne droite, sans détour, le plus court chemin possible, d'un point à l'autre.
J'ai une jolie distraction, dans la vie, que ce soit des fenêtres de ma maison —en particulier celles de la cuisine— ou du toit du bureau, j'ai des oiseaux à regarder.
Je suis nulle en marques d'oiseaux, apparemment je ne fais pas la différence entre un pigeon et une tourterelle. Globalement ça m'intéresserait plus de savoir s'ils s'appellent Gertrude ou Toby que de connaître leur race.
On s'en fout.
Depuis longtemps, quand je les regarde, j'ai l'impression qu'ils jouent. Souvent je les vois s'élancer, faire du toboggan sur un courant d'air. Tourner comme pour le plaisir, faire "comme si" ils se... laissaient tomber. Planer sans but apparent, ou compréhensible par une profane comme moi.
Aucune idée de la véracité de cette théorie, mais tout ça pour dire que je ne les trouve pas très efficaces, ces vols d'oiseaux.
Et puis l'autre soir, en raison d'une conversation, je me suis retrouvée à calculer les distances d'où je suis à vol d'oiseau...
710,63 km de mes parents
499,76 km de chez Kozlika et Franck
506,04 km de chez Luce
11,5 km de la place de la Bastille
8,20 km du bureau
5 264,86 km de ma tante
5 496,68 km de mon amie N.
3,30 km seulement de chez S
1,07 km de chez A. (et c'est presque pareil à pied)
578,61 km de chez Tante Pim
16 739,47 km de chez E, mais plus pour très longtemps. Presque un demi-tour du monde.
(Quoi faire de ces informations ? À part se dire que les oiseaux ne sont pas si sérieux qu'on le dit ?)