Et ça s'est mal passé. Mais on en reparlera, pas aujourd'hui.
En revanche ça fait quelques jours que je me dis qu'il faut absolument que je vous enseigne comment détecter un lien de parenté entre deux individus sans test ADN.
Il suffit de deux tickets de cinéma.
Prenons, par exemple, un presque adolescent, qui a vu la bande-annonce de Plus fort que moi (le titre en VO : I swear!, est tellement plus savoureux) et manifesté l'envie de le voir.
Prenons une séance de lundi de Pâques dans un ciné indépendant de Paris, notoirement connu par la moyenne d'âge de ses spectateurs (autour de 80 ans quand je suis là, disons).
Prenons quelques minutes d'attente avant que la salle se vide des spectateurs de la séance précédente.
Et le gamin de glisser à l'oreille de sa mère dans la file d'attente : "J'ai l'impression d'être dans Jurassic Park".
Longue vie, bien sûr, à ce ciné qui restera ouvert encore longtemps, j'espère.
Quant au film, Lomalarchovitch a beaucoup aimé. Il a ri, pleuré. Et résumé l'accent écossais en ; on dirait des faux russes qui parlent anglais. Parfait.
Et juste comme ça, je me suis dit que je n'avais pas besoin de chercher très loin.
Ça fait des mois que je bataille avec une forme d'effondrement intérieur pas très maîtrisable, sans savoir pourquoi. Pourquoi j'ai l'impression d'aller plus mal que quand j'avais de gros problèmes ? Pourquoi je me sens en paix avec moi et pas avec ce concept étrange qu'est la vie ?
Depuis que j'ai écrit, décrit, mes dix dernières années, ça s'éclaircit.
Si je devais être parfaitement honnête, la période sombre avait même démarré avant, mais il y avait de grandes joies, aussi, pour compenser.
J'ai réalisé que depuis fort peu de temps, je ne suis plus en combat permanent. Proches malades ou blessés, enfant en difficulté, galères diverses sont derrière moi, au moins pour un temps.
Je crois que mon système nerveux n'a pas encore compris. Qu'il est en vigilance constante vis-à-vis de ce qui pourrait arriver, qu'il ne sait plus bien fonctionner au calme, sans menace immédiate sur quelqu'un que j'aime.
Depuis que, de mes doigts sur le clavier, les mots se sont frayé un chemin jusqu'à mon cerveau, une forme d'apaisement s'installe.
Je ne sais pas si c'est vraiment ça, la cause de ces moments où je me suis demandée à quoi ça servait, au juste, d'être vivante. Mais je crois, au moins en partie. On verra bien.
Je voulais faire ce billet audio un peu plus tôt mais la toux et la voix cassée ont été un peu handicapantes. Alors c'est aujourd'hui. Et comme d'hab la retranscription pour qui préfère lire, ou ne peut pas mettre le son ou whatever reason vous avez de ne pas écouter. Ce qui est dommage car il y a aussi des chansons, à écouter, mais vous faites bien comme vous voulez.
C’est un peu contre-intuitif, pour une personne comme moi, d’aller assez souvent voir, ou plutôt écouter, des concerts, selon l’endroit où je me trouve dans la salle, et qui est placé devant moi. Parce que je suis une sauvageonne qui n’aime pas les foules, parce qu’il fait chaud, parce que le son est fort, parce qu’il y a plein de choses qui m’agressent un petit peu, ou qui m’agresseraient beaucoup si c’était dans mon quotidien, mais qui, là, fonctionnent. Ou en tout cas, le plaisir que j’y prends est largement supérieur à la contrainte. J’ai toujours aimé voir la musique comme si elle coulait des gens qui la font.
Je ne sais pas si vous avez vu les Get Back Sessions, ce documentaire sur des sessions d'enregistrement des Beatles, ça me fascine. On a l'impression que la musique part de leur cœur, passe par leurs doigts, leur corps, se diffuse via les instruments, qu'ils sont la musique. Et c'est ça que je cherche, c'est ça qui m'émeut énormément.
Quand j’étais lycéenne, j’avais une bande de copains qui était dans une classe, ça ne s’appelait pas CHAM à l’époque, mais ils y faisaient de la musique, on y préparait les élèves à la professionnalisation. Ces élèves fréquentaient le conservatoire en plus de leurs cours au lycée, évidemment. Je me souviens d’être allée plein de fois en salle de répèt ; on démontait quasiment le piano d’études qui était là, on enlevait tout ce qu’on pouvait enlever pour qu’il sonne à mort.
Et puis moi, je me collais à côté et j'écoutais des notes et des notes déferler. C'était comme une bulle. Et c'est un peu ça que je cherche dans les concerts.
Alors ces derniers temps, j'ai vu The Divine Comedy, il y a quelques semaines, c'était hyper chouette. Les marqueurs "Neil Hannon" était au rendez-vous. Est-ce que j'ai connecté émotionnellement ? Peut-être un peu moins que d'habitude, mais j'étais contente de le voir. L'indicateur, c'est : est-ce que j'étais exaspérée par quelqu'un dans la salle ? Et la réponse est oui, la famille derrière moi qui emmenait tous ses enfants. J'ai trouvé ça super chou. Et en même temps, les coups de pied dans le siège derrière. Les "Noé, tiens-toi bien. Les gens écoutent, tu déranges" et tout...[1]. C'était insupportable. Et si j'avais été complètement, complètement dedans, je crois que je l'aurais moins remarqué.
Et puis, la semaine dernière, je suis allée voir Sprints au Cabaret Sauvage, cette petite salle absurdement faite, et très chaleureuse néanmoins. Je pense qu'on a tous besoin de Karla Chubb dans la vie, cette meuf est folle, elle met une énergie de dingue à traverser la salle dans tous les sens, sur les mains du public qui la porte, avec sa guitare, avec son micro, en allant se commander du vin, en repartant, j'ai beaucoup de tendresse pour cette fille, et j'espère qu'elle ne va pas s'abîmer en vieillissant. C'était musicalement absolument génial. J'avais adoré leur album à sa sortie. Bref, j'ai passé un très bon moment. Si ce n'est que comme toutes les fois où je vais quelque part (il faut savoir que je ne suis pas grande du tout) il y a forcément trois mecs immenses, potentiellement avec des afros ou des coupes de cheveux envahissantes, devant moi. J'avais envie de filmer une chanson de ce concert pour quelqu'un. Et la seule façon de le faire de façon efficace, c' était d'être debout sur les banquettes. Parce que même avec deux marches de différence, il y en a un qui était juste devant et qui était encore plus grand que moi.
Et puis, c'est toujours un bon test, le Cabaret Sauvage, c'est dans le parc de la Villette. Pour ceux qui ne connaissent pas Paris, c'est tout près du Zénith. Et c'est un endroit qui est curieusement hyper inaccessible de chez moi. Ça prend à cette heure-ci au moins une heure et demi pour rentrer en transports en commun alors qu'il y a 10 km[2]. Donc j'avais laissé ma voiture au parking de la Cité des Sciences et je craignais un peu le retour parce que ça fait passer par des endroits un peu trop... calmes pour la nuit.
Et finalement, ça s'est bien passé, je suis bien rentrée et mon retour n'a pas gâché la joie du concert.
Deux jours après, je suis allée voir Searows à la Bellevilloise avec mon amie S.
Searows, je vous en avais parlé, c'était la première partie de Tamino et ce môme... J'ai entendu un jour trois notes et demi sur Deezer, dans une playlist lancée au hasard, et il m'a attrapée. J'ai une tendresse infinie pour ce môme. Je disais l'autre jour que j'étais contente de partager un peu de mon temps sur Terre avec lui. C'était magnifique. Sa première partie, Amos Heart, un mec de Portland aussi, il est arrivé avec sa casquette et son air de péquenaud, puis il a fait des blagues. Et il a joué très folk tradi, pas très loin de la folk américaine des années 60 . Ma came, l'endroit où je suis née à peu près, avec le rock anglais. Et c'est curieux parce que ses arrangements albums sont beaucoup plus complexes, mais j'ai vraiment aimé beaucoup. Et Searows... tout, tout, tout.
Je lui souhaite le meilleur à ce môme. J'ai confirmé l'impression que j'avais depuis la première seconde, parce qu'il a une voix qu'on confond facilement avec celle d'une femme, et une apparence assez androgyne. Et puis, donc il y avait quelque chose d'un peu ambigu. A la sortie de son album en janvier, il était très soutenu par Ethel Cain. J'ai eu un petit sourire à me dire que ces petites créatures jolies ne traînent pas ensemble par hasard. Et effectivement, j'ai lu quelques temps après que Searows était un mec trans, peut-être que je transfère un peu de mon affection maternelle pour ces jolies âmes tourmentées et sensibles, qui me rappellent quelqu'un qui vit à deux portes de la pièce où je me trouve actuellement.
J'ai vu aussi qu'il avait dit qu'il ne pensait pas pouvoir être trans et artiste. Et ben putain, la Bellevilloise entière à pleurer, à avoir envie de le prendre en ses bras, à accueillir tout ce qu'il avait à offrir. Je peux pas vous dire comme c'était beau.
Et c'est pour ces instants-là, rien que d'en parler, j'ai la larme qui remonte, alors que vous vous en foutez, vous n'étiez pas là, si ça se trouve, vous n'aimez même pas ce genre de musique-là, que je vais voir des concerts.
Notes
[1] Il y avait aussi un Aloys, je n'ai pas les prénoms des deux autres enfants, en revanche.